MAROC

Au chômage, Kawtar, juriste, cherche n'importe quel emploi

Kawtar a perdu son travail de juriste il y a environ cinq mois. Bénéficiant pourtant d'un contrat à durée indéterminée - le fameux CDI -, la jeune femme, qui venait d'être embauchée, s'est fait licencier. Tout comme les autres nouveaux arrivants dont la société a voulu se séparer, faute de pouvoir les payer.

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Kawtar, jeune marocaine, a perdu son travail de juriste il y a environ cinq mois. Bénéficiant pourtant d'un contrat à durée indéterminée - le fameux CDI -, la jeune femme, qui venait d'être embauchée, s'est fait licencier. Tout comme les autres nouveaux arrivants dont la société a voulu se séparer, faute de pouvoir les payer.

Aujourd'hui, Kawtar se sent désemparée car elle ne reçoit aucune indemnité. Et compte sur ses modestes économies pour payer ses charges. Mais jusqu'à quand ?

"La société ne nous a pas versé d'indemnités de licenciement et ne nous pas donné de préavis"

Je suis au chômage depuis février 2009. Je travaillais pour une imprimerie, qui faisait aussi de la communication dans l'événementiel. La direction nous a clairement dit qu’en raison de la crise financière, elle ne pouvait plus payer les salaires. J’ai été licenciée au bout de quatre mois de travail alors que j’avais un CDI. Sur les 200 salariés que comptait l'entreprise, une vingtaine de personnes a été remerciée. Ceux qui n’ont pas été licenciés ont subi des baisses de salaires, des réductions de leurs heures de travail… La direction avait dit qu’elle licencierait les personnes les moins nécessaires et les dernières personnes recrutées, mais ce n’était pas vrai. Ils ont profité de la situation économique pour liquider des personnes qui ne s’entendaient pas très bien avec la direction.

La société ne nous a pas versé d’indemnités de licenciement et ne nous pas donné de préavis. Les gens ont eu peur de porter plainte contre l’employeur par crainte de souiller leur réputation et de ne pas retrouver du travail.

Actuellement, je vis de mes économies personnelles. Je partage un appartement à Casablanca avec mon frère et j’ai des charges à payer.

Je ne reçois aucune aide de l’Etat parce qu’il n’y en a pas. Il existe un organisme d’Etat, 'Aamala' qui verse des aides aux chômeurs pendant six mois seulement. Au-delà de ces six mois, les chômeurs doivent compter sur eux-mêmes. Personnellement, je n’ai pas eu recours à ce système parce que les délais d’attente peuvent atteindre un an. Le pire est que le versement de ces aides n’est pas automatique. Ils peuvent trouver n’importe quelle raison pour priver un candidat de ces aides.

Actuellement, je cherche du travail. J’ai contacté des cabinets de recrutement qui jouent les intermédiaires en communiquant nos CV aux employeurs. A mon avis, le travail de ces cabinets demeure inefficace. Leur but est de récolter un maximum de CV et proposer énormément de candidats à leurs clients, les employeurs.

Moi, je suis juriste de formation. J’étais première de ma promotion (master spécialisé dans le droit des affaires à la faculté de droit de Fès). Ils m’ont proposé des petits boulots, comme téléopératrice dans des centres d’appels. J’ai accepté parce que j’ai besoin d’argent mais j’ai vite laissé tomber parce que les conditions de travail sont très contraignantes. C’était trop stressant, et puis ce n’est pas un travail stable. Ils peuvent virer les gens dès qu’ils veulent. Du coup, je suis toujours au chômage.

Pour résumer, au Maroc, un chômeur se sent seul. Il a une famille, pas de ressources. Comment faire quand on est pas sûr de retrouver un travail ? Le marché du travail est très limité. Il n’y pas beaucoup d’opportunités dans le secteur privé. Dans le public, ce n’est même pas la peine d’espérer trouver quelque chose si personne ne peut vous pistonner. Les gens passent des concours, où le nombre de candidats s’élève à 500 personnes, pour choisir, à la fin, un seul et unique heureux élu. Vous imaginez la déception des autres."