NIGER

Areva, Nicolas Sarkozy et la crise au Niger : "Je ne crois pas au hasard du calendrier"

Le président nigérien Mamadou Tandja a dissous, le 29 juin, la Cour constitutionnelle qui l'empêchait de briguer un troisième mandat à la tête du pays. Une mesure "mollement" condamnée par la France. Or, il y a deux mois Areva, le géant français du nucléaire, obtenait la signature d'un énorme contrat portant sur l'extraction d'uranium. Une coïncidence de calendrier ?  Actualisation (vendredi 3 juillet 2009, 11h heure de Paris): Areva répond au commentaire de notre Observateur.  

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Le président nigérien, Mamadou Tandja, a dissous, le 29 juin, la Cour constitutionnelle, qui l'empêchait de briguer un troisième mandat à la tête du pays. Une mesure "mollement" condamnée par la France. Or, il y a deux mois Areva, le géant français du nucléaire, obtenait la signature d'un énorme contrat portant sur l'extraction d'uranium. Une coïncidence de calendrier ?

Mamadou Tandja doit céder son fauteuil à la fin de 2009, au terme de son deuxième quiquennat. Le chef de l'Etat nigérien prépare donc un référendum constitutionnel qui lui permettrait de se présenter une nouvelle fois à la présidence. Fermement décidé à mener à bien son projet, il a dissous le Parlement, le 26 mai, parce que celui-ci s'y opposait. Il a également dissous la Cour constitutionnelle, qui l'empêchait d'organiser un référendum sur le sujet, et s'est finalement octroyé, vendredi dernier, des "pouvoirs exceptionnels" pour gouverner par décrets et ordonnances.

Actualisation (vendredi 3 juillet 2009, 11h heure de Paris): Areva répond au commentaire de notre Observateur. Lire leur réaction plus bas. 

Danyel Dubreuil est militant de l'association Survie et spécialiste de la politique d'Areva au Niger.

Je ne crois pas au hasard du calendrier. En janvier, Areva et le Niger signent un contrat de 30 ans [1,2 milliards d'euros, NDLR] pour le développement de la mine d'uranium d'Imouraren. Une négociation qui durait depuis deux ans et à l'issue de laquelle le gouvernement nigérien a finalement renoncé à la plupart de ses demandes. En mars, Nicolas Sarkozy fait une visite éclair au Niger et fait un discours dans lequel il soutient assez clairement Mamadou Tandja. Le 4 mai, on pose la première pierre de cette mine et, comme par hasard, quelques semaines après, le président Tandja se lance dans son projet de réforme constitutionnelle et dissout l'Assemblée nationale.

Je décrypte cette chronologie de la manière suivante. Selon moi, Areva a obtenu son contrat en promettant en échange que la France ne prendrait pas de position trop forte contre les modifications constitutionnelles voulues par le président Tandja.

Areva se défend de prendre des positions politiques. Mais il est évident que dans le cas du Niger, les positions d'Areva et de l'Etat français, son actionnaire à près de 90 %, sont indissociables. C'est d'ailleurs le cas depuis la découverte d'uranium, en 1959, jusqu'à nos jours. L'uranium nigérien est un enjeu majeur pour la diplomatie française. Une fois la mine d'Imouraren ouverte, le Niger représentera un tiers des approvisionnements en uranium d'Areva et sera plus que jamais un élément majeur de la stratégie d''indépendance' énergétique française.

Nicolas Sarkozy a fait un discours annonçant la fin de la 'Françafrique', mais c'est exactement l'inverse qui se produit. Son gouvernement a bien fait une déclaration le 5 juin, et une autre le 30 juin, pour s'inquiéter des projets de réforme de Tandja, mais c'est une prise de position molle et qui ne prévoit aucune sanction contre le Niger ou son président. Or cela aurait été possible et d'autres pays, notamment les Etats-Unis, envisagent de prendre des mesures coercitives (gels des avoirs des dirigeants, remise en cause des accords de coopération, etc.).

Pourquoi n'a-t-on pas entendu Bernard Kouchner dire, comme il l'a fait à propos du Honduras :''La France condamne fermement le renversement de l'ordre constitutionnel au Niger. J'ai décidé de rappeler notre ambassadeur pour consultations. Cette décision a été prise en liaison avec les partenaires européens de la France présents au Niger. L'avenir du Niger et de cette région est indissociable de la démocratie" ? 

Je le répète, selon moi, Areva a une influence claire sur la politique intérieure de ce pays. Récemment, un des cadres de l'entreprise a fait une déclaration révélatrice du comportement de sa société au Niger. Selon 'Le Canard enchaîné', l'employé a dit que la France devrait aider le gouvernement nigérien à 'mater' les touaregs [le gouvernement est confronté, depuis 2007 dans le nord du pays, à une rébellion touarègue, NDLR]. Il semble que ce cadre d'Areva n'ait en fait pas prononcé le terme 'mater', mais en substance tel était bien son message. Cela n'a rien d'étonnant. Une fois la concession accordée par le gouvernement nigérien, les responsables d'Areva se sentent le droit de disposer de toutes les ressources de la région qu'ils exploitent : l'eau, la terre, l'air... Peu importe l'impact de leur exploitation sur les touaregs qui vivent dans la zone. Pour ne prendre qu'un exemple récent, pour exploiter la mine d'Imouraren, Areva va devoir creuser un trou de 8 km de long, 2 km de large et 150 mètres de profondeur. Alors que les conséquences des 40 dernières années d'exploitation sont très négatives en ce qui concerne la pollution radioactive et la diminution des nappes d'eau, mais également en ce qui concerne la santé des habitants de la zone d'exploitation et celle des travailleurs des sites et de leurs familles, peut-on vraiment croire qu'un tel chantier n'aura pas d'impacts sur les populations touarègues nomades de la région, alors que ces derniers vivent en très grande partie de l'élevage ?"

Areva: "Le permis d'exploitation d'Imouraren n'a rien à voir avec la politique"

France 24 a contacté Areva. L'entreprise a hésité, mais a finalement décidé de répondre au commentaire de notre Observateur. Nous publions ici sa réponse envoyée par courrier électronique.

L'attribution du permis d'exploitation du gisement d'Imouraren à Areva n'est en aucune manière corrélée aux événements politiques en cours au Niger.

La décision prise par les autorités nigériennes en janvier 2009 (soit trois mois avant le séjour du Président Nicolas Sarkozy) de confier l'exploitation du site à Areva renforce les  conclusions de l'atelier de validation de l'Etude d'Impact sur l'Environnement présentée à Agadez en mai 2008.

Cet atelier et l'audience publique qui l'a précédé ont permis aux experts de l'Etat nigérien et de la société civile d'analyser durant cinq jours, puis de valider, les aspects techniques, environnementaux et socio-économiques du projet présenté par Areva.

La reconnaissance de l'expertise minière d'Areva par les représentants de la population a été confirmée par l'attribution en juillet 2008, d'un Certificat de Conformité Environnementale au projet Imouraren.

Ce certificat souligne l'intérêt que porte l'ensemble des Nigériens - représentants de l'Etat, experts d'un organe de contrôle ou membres de la société civile - à la mise en exploitation du gisement d'Imouraren par un groupe industriel tel qu'Areva. Ce soutien a par ailleurs été renouvelé au cours de la cérémonie de pose de la première pierre le 4 mai 2009, à laquelle ont assisté plusieurs milliers de personnes de la région nord ainsi que les plus hautes autorités de l'Etat.

Le processus d'examen et d'attribution du permis d'exploitation du gisement d'Imouraren est transparent. Le groupe fait l'objet de contrôles des autorités locales et nationales, mais également de la société civile qui est régulièrement invitée à se prononcer sur les projets conduits par Areva au Niger, qu'ils soient industriels ou non. Outre les apports en lien avec l'activité minière (impôts et taxes, emplois, formation, construction d'infrastructures...), le groupe consacre chaque année plusieurs millions d'euros aux projets proposés et portés par les communautés locales. Le choix de ces projets se fait en concertation avec les divers représentants de la population nigérienne, conformément au partenariat historique qui unit Areva au Niger depuis plus d'un demi-siècle.