Une conversation enregistrée entre un député de la coalition du 14-Mars - victorieuse aux élections législatives libanaises de dimanche dernier - et un prêtre qui aurait refusé de faire campagne pour lui suscite un véritable tollé au Liban. Notre Observatrice affirme que ce type de pratique - corruption, achat de voix, intimidation et menaces - est courant au pays du Cèdre.

Le père Élias Akary appartient à l’Église syriaque orthodoxe, l’une des Églises orthodoxes d’Orient. Il était supposé faire campagne pour le député du Metn Michel Murr, qui domine la vie politique locale depuis plus de 40 ans, dans cette région du Mont-Liban. Alors quand le père Akary a retourné sa veste et rejoint la campagne de son rival, Ibrahim Kanaan, Michel Murr a vu rouge.

Au Liban, ce sont les candidats et leurs partisans qui impriment les bulletins destinés à être déposés dans les urnes. Ils les distribuent la veille des élections ou le jour du scrutin à l’entrée des bureaux de vote. Mais au lieu de distribuer les bulletins de Murr, Akary a distribué ceux de Kanaan. Michel Murr a alors convoqué le prêtre à son siège de campagne et l’a sommé de récupérer tous les bulletins du camp adverse qu’il avait distribués, sous peine d’être arrêté et battu par les services de renseignements du ministère de la Défense. Une menace réaliste puisque le ministre de la Défense n’est autre que... le fils de Michel Murr.

La OTV, une chaîne de télévision proche du Courant patriotique libre (CPL) du général Michel Aoun, est la première à avoir diffusé cet enregistrement, le 9 juin. Le CPL, auquel appartient Ibrahim Kanaan, entend présenter, auprès du Conseil constitutionnel, un recours en invalidation contre l’élection de Michel Murr pour "tentatives de corruption d’électeurs et de menaces assorties de la séquestration d’un prêtre", selon les déclarations faites mercredi par le général Aoun.

L’Association Transparency-Lebanon rapporte, dans un communiqué publié au lendemain des élections, que plusieurs candidats ont versé de l’argent à des électeurs en échange de leur vote : la voix vaut 800 dollars (574 euros) à Zahlé (province de la Bekaa), entre 60 et 100 dollars (entre 43 et 72 euros) à Saïda (sud) et jusqu’à 3 000 dollars (2148 euros) à Zghorta (nord).

Actualisation du 15.06.09 : Accusé de corruption durant un talk show diffusé le 12 juin sur la chaîne libanaise NTV, Ibrahim Kanaan, a réfuté en bloc ces accusations estimant qu’il s’agit là d’« allégations » colportées par le camp adverse suite à l’affaire du père Akary.

"Soudoyer les électeurs est monnaie courante au Liban"

Maha Awada, 27 ans, vit à Beyrouth et travaille dans une compagnie de fret maritime.

 

Ce qu’a dit Michel Murr ne me surprend pas. On se rappelle des pressions qu’il a exercées sur MTV qui avaient conduit à la fermeture de cette chaîne [en 2002, NDLR], lorsqu’il était en froid avec son frère, Gabriel Murr, PD-G de la chaîne.

L’achat de voix en période électorale est monnaie courante au Liban. Des candidats de tous bords y ont recours, même si certains le font plus que d’autres. Nombreux sont les Libanais qui s’attendent à bénéficier, même de façon temporaire, de services fournis par les candidats à la députation.

Une amie m’a raconté que son père s’est rendu récemment à Saïda pour acheter du poisson. Arrivé au marché, il s’est étonné de ne voir que deux pêcheurs et il a posé des questions. On lui a répondu qu’un candidat venait de leur verser 800 dollars à chacun pour voter et qu’ils n’avaient donc plus besoin de travailler avant le mois prochain."

L’enregistrement qui fait du bruit