BRÉSIL

Un mur pour encercler les favelas

Les autorités de Rio de Janeiro ont lancé un programme de construction de plusieurs murs en béton autour des favelas de la ville. Officiellement, l'objectif est de prévenir la dégradation de l'environnement aux alentours. Mais les habitants des bidonvilles y voient un moyen de tenir la misère à distance des quartiers où habitent les nantis. Lire la suite...

Publicité

©Lucnas Martins / Viva Favela

Les autorités de Rio de Janeiro ont lancé un programme de construction de plusieurs murs en béton autour des favelas de la ville. Officiellement, l'objectif est de prévenir la dégradation de l'environnement aux alentours. Mais les habitants des bidonvilles y voient un moyen de tenir la misère à distance des quartiers où habitent les nantis.

Douze millions d'euros seront dépensés pour la construction de ces enceintes, baptisées "éco-frontières". Il s'agit de palissades en béton armé hautes de trois mètres que même les trafiquants de drogue ne pourront pas dynamiter. Au final, huit favelas seront bientôt encerclées.

Les autorités locales affirme que ces "éco-frontières" visent à freiner la croissance des bidonvilles dans des zones dites de préservation environnementale. Mais le projet divise la ville. Un sondage publié le 13 avril par le journal Folha de Sao Paulo indiquait que 47 % des Cariocas soutiennent le projet, alors que 44 % le réprouvent.

"Ces murs portent préjudice à l'intégration des favelas"

Marcelo Burgos Bauman est universitaire, spécialiste des questions d'urbanisme. Il est aussi membre du centre d'études Droit et société.

La construction de ces murs porte préjudice à l'intégration des favelas ; elle confirme l'idée que la population de ces quartiers représente une menace pour la ville et qu'elle risque de prendre le pouvoir sur l'espace urbain."

"Un élément de ségrégation"

José Mário Hilário est le président de l'Association des résidents de Santa Marta.

L'espace a toujours été limité par des constructions autour des favelas. Dans celle où je vis, il y a d'un côté le domicile du maire, de l'autre une entreprise privée. Alors ici, le mur ne changera pas grand chose. Mais, dans d'autres quartiers, ce sera un nouvel élément de ségrégation."

"Je suis pour"

Lors d'un vote organisé par l'Union pour l'amélioration de la favela de la Rocinha (UPMMR), la plus grande favela d'Amérique latine, 1 111 personnes se sont prononcées contre la construction d'une enceinte, 50 pour. Parmi ces dernières, Maria de Fátima da Silva, 50 ans, femme au foyer, qui habite la Rocinha depuis 25 ans.

Je suis favorable à l'édification du mur car c'est un moyen de préserver l'environnement. Si les autorités n'élèvent pas ces murs aujourd'hui, les gens vont continuer à abattre les arbres et à considérer que ces espaces leur appartiennent."

"Lutter contre les problèmes écologiques"

Icaro Moreno Júnior est le président d'une société de travaux publics, baptisée Emop. Il supervise la construction des "éco-frontières".

La décision a été prise par le gouverneur lui-même, sur la base de statistiques concernant les problèmes environnementaux dans ces zones - déforestation, traitement des déchets, glissements de terrain, etc. - qui ont poussé les habitants des favelas à engager des poursuites judiciaires contre les pouvoirs publics."

Le premier mur, dans la favela de Santa Marta

Photos : Lucnas Martins / Viva Favela

La favela de Santa Marta.

 

 

La construction du premier mur a commencé il y a deux mois dans la favela de Santa Marta, dans le quartier de Botafogo. Les autorités ont commencé par ce bidonville car il s'agit du premier d'où elles ont réussi à expulser les narcotrafiquants. La favela de Santa Marta est aujourd'hui considérée comme un modèle.