Image postée sur le groupe Facebook Farouk Hosni NO for UNESCO

L'UNESCO doit désigner son nouveau directeur ce soir. Le ministre égyptien de la Culture, Farouk Hosni, semble bien parti pour remplacer le japonais Koïchiro Matsuura à la tête de l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture. Mais un candidat qui a déclaré qu'il fallait "brûler" les livres israéliens est-il le mieux placé pour briguer ce poste ?

De lourdes accusations d'antisémitisme pèsent sur lui. L'année dernière, il a par exemple déclaré à un membre du Parlement égyptien qui s'inquiétait de voir des livres israéliens entrer dans la bibliothèque d'Alexandrie : "Brûlons ces livres et si ça se trouve je les brûlerai moi-même devant vous".  

Des déclarations qu'il a dit "regretter" dans une tribune publiée, en mai dernier, par le journal "Le Monde", tout en appelant ses détracteurs à "examinez une action publique de 27 ans au service de la culture (...) de l'homme, de la création, du livre et des livres." 

Nous avons demandé à nos Observateurs égyptiens et israéliens si l'Unesco avait plus à perdre qu'à gagner avec cette nomination.

"Ce qui est intéressant ici, c'est de voir qu'Israël et la diaspora juive ne parlent pas toujours d'une seule voix"

Joel Schalit est un écrivain israélien qui vit en Italie.

Le plus célèbre des Israéliens de droite, le Premier ministre Benjamin Netanyahou, a dit, en mai, qu'il ne s'opposerait plus à la nomination de Farouk Hosni à la tête de l'Unesco. Les journalistes israéliens y ont vu l'expression de son soutien au président égyptien Hosni Moubarak.

Une décision plus stratégique - il s'agit de sécuriser les négociations avec les Egyptiens à un moment critique du processus de paix - que sincère. Et le fait que cette nomination mette Netanyahou en contradiction avec des interlocuteurs qui partagent d'habitude son franc-parler contre l'antisémitisme, comme Bernard-Henri Levy, Claude Lanzmann ou Elie Wiesel, est assez ironique.

Ce qu'on apprend de cette polémique, c'est qu'Israël et la diaspora juive ne parlent pas toujours d'une seule voix."

"Farouk Hosni s'oppose aux actes de barbarie commis par Israël, mais pas aux Israéliens qui souhaitent vivre en paix avec leurs voisins"

Ahmed Gamal-Eldin travaille dans la communication au Caire, en Egypte.

Les positions de Farouk Hosni envers Israël sont les mêmes que la plupart des politiciens égyptiens. Comme eux, il nourrit de la colère contre les massacres quotidiens menés par l'armée israélienne. Pour autant,  on ne peut pas parler d'antisémitisme car c'est le même Farouk Hosni qui a invité le célèbre musicien israélien pacifiste Daniel Baremboim à faire un concert au Caire, devant les plus grandes personnalités de la société égyptienne. Farouk Hosni s'oppose aux actes de barbarie perpétrés par Israël, mais pas aux Israéliens qui souhaitent vivre en paix avec leurs voisins.

Il suffit de regarder l'attitude du gouvernement égyptien envers Israël pour voir que le temps de la guerre est terminé. Tout les Egyptiens devraient accueillir avec joie cette nomination et je ne vois pas ce qui pourrait l'en empêcher."

"Si l'Unesco choisit Farouk Hosni, l'organisation n'aura plus aucune valeur à mes yeux"

Wael Abbas est l'un des blogueurs égyptiens les plus influents. Son blog : Misr Digital.

Les Egyptiens n'ont jamais vraiment compris s'il était conservateur ou libéral. Moi, je dirais que c'est un hypocrite. En arrivant au pouvoir, il avait les cheveux longs, il semblait plus ouvert que les autres, mais maintenant il flirte avec les conservateurs religieux.

Ça m'est égal qu'il ait dit qu'il brûlerait des livres israéliens. Ce qui est consternant c'est qu'un homme soi-disant de culture tienne de tels propos sur les livres en général et qu'il puisse malgré tout être pressenti pour occuper le poste d'ambassadeur de la culture dans le monde.

Il a eu le temps et le pouvoir de faire changer les choses dans son propre pays, mais rien n'a évolué. A la fin des années 1990, son ministère faisait interdire les concerts de heavy-metal parce qu'il considérait les fans de cette musique, moi-même en étais un à l'époque, comme de dangereux satanistes. J'ai failli aller en prison parce que je m'habillais en noir. Aujourd'hui encore, des magazines et des livres de poésie sont censurés et des intellectuels sont persécutés.

Farouk Hosni travaille pour un régime dictatorial. Et l'Unesco ferait mieux de vérifier son parcours. Son ministère a baigné dans de nombreuses affaires de corruption et d'abus de pouvoir. Il aurait déjà dû démissionner. Si l'Unesco choisit Farouk Hosni, l'organisation n'aura plus aucune valeur à mes yeux. L'Egypte n'est pas un pays libre et ne mérite pas cet honneur."