ALGERIE

Le marché noir à la rescousse du pouvoir d’achat

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Près de 2 millions d'Algériens sur 8 millions d'actifs travaillent au noir. Un manque à gagner pour le gouvernement d'Abdelaziz Bouteflika estimé entre 3 et 6 milliards d'euros. Mais si cette économie parallèle est un fléau pour les autorités, Souheil, étudiant à Constantine, nous explique comment, en pleine crise économique, les contrefaçons et les petites combines permettent aux Algériens de sauvegarder leur pouvoir d'achat. Ce texte n'a pas été édité ou vérifié par la rédaction de FRANCE 24.

Si l'Algérie n'est pas gravement touchée par la crise financière c'est parce que nous n'utilisons ni crédit, ni carte visa, et parce que nous ne dépensons pas d'argent. D'ailleurs, nous n'en gagnons pas beaucoup non plus.

Je suis lycéen, mon père est directeur d'une usine de ciment, ma mère est professeur à l'université. Nous sommes considérés comme une famille riche en Algérie. Pourtant mon père ne gagne que 60000 dinars par moi, soit 600 euros, et ma mère l'équivalent de 500 euros. Mais en allant au marché, on se rend compte qu'en Algérie, avec seulement 100 euros, on a de quoi manger pour plus d'un mois. Le pain est à 7.5 dinars [moins de 10ct d'euro], la pomme de terre à 2,5 dinars le kilo.

On trouve aussi des produits importés, comme des baskets Adidas ou des téléphones portables, à des prix très élevé pour les Algériens. Ces produits qui sont à la portée de très peu de gens. C'est pour ça que le marché algérien compte beaucoup sur la contrefaçon, qui provient pour l'essentiel de Chine. C'est un vrai moyen de faire des économies pour nous. Pour le même modèle, avec la même marque, la fausse paire coûte 25 euros, alors que la vraie est à 130. On trouve aussi de faux Ipod. D'ailleurs ici, le téléchargement, la violation des droits d'auteur, tout est permis. On trouve tout : films et musique, même les plus récents. Les prix dépendent uniquement du support : un CD c'est 50 dinars [40ct d'euro], un DVD c'est 100 dinars. Si vous avez 5 films sur un DVD, ce sera toujours 100 dinars.

Si vous essayez de vendre un DVD au prix du marché, c'est-à-dire 60 euros (6000 dinars), vous vous faites traiter d'escroc. Pour les chaines de télé, c'est pareil, on achète un récepteur numérique à 20 euros et on se retrouve avec 3000 chaines. J'ai des amis qui viennent régulièrement acheter ces produits en grosse quantité pour les ramener en France.

L'Algérie est un pays riche avec une population pauvre. Mais on a nos propres méthodes de survie, différentes de celles des européens."