GUATEMALA

"J’ai été assassiné sur ordre du président"

"Si vous êtes en train d’écouter et de regarder ce message, c’est que j’ai été assassiné par le Président Alvaro Colom". Quatre jours après voir enregistré ce message, l’avocat Rodrigo Rosenberg Marzano est abattu en pleine rue.

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"Si vous êtes en train d’écouter et de regarder ce message, c’est que j’ai été assassiné par le président Alvaro Colom". Quatre jours après voir enregistré ce message, l’avocat Rodrigo Rosenberg Marzano est abattu en pleine rue.

Dimanche 10 mai, Rodrigo Rosenberg Marzano se fait assassiner par balles au beau milieu de la capitale guatémaltèque alors qu’il se promenait à bicyclette. Quatre jours plus tôt, cet homme, qui se sentait menacé, avait enregistré une vidéo dans laquelle il accusait le chef de l’Etat d’avoir commandité son meurtre et d’être également responsable des assassinats, le 14 avril dernier, de Marjorie Musa et de son père, l’entrepreneur Khalil Musa. Selon l’avocat, ces meurtres serviraient à couvrir une affaire de détournement de fonds publics et de blanchiment d’argent issu du trafic de drogue qui impliquerait la Banrural, l’une des plus grandes banques semi-publiques du pays.

Le gouvernement a immédiatement démenti ces accusations. Dans une conférence de presse, le porte-parole de la présidence, Fernando Barillas, parlait, lundi, de "conspiration pour déstabiliser le pouvoir". Le même jour, le président Alvaro Colom réfutait à son tour la version de Rosenberg et sollicitait l’aide de la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (CICIG) pour identifier "les véritables responsables de ce crime". Une allocution télévisée qui n’a visiblement pas suffi à faire taire la grogne populaire puisque, depuis mardi, les manifestations pour exiger la démission du chef de l’Etat se multiplient.

Manifestations anti-Colom

Devant le palais présidentiel, mardi. Les manifestants crient "Assassins" ("Asesinos"). L’homme qui parle au mégaphone est un journaliste local. Il demande la démission du président, ce que reprennent en cœur les manifestants ("Que renuncie"), suivi de "Justice" ("Justicia").

 

Vidéo postée sur YouTube par AlvaritoGT.

"S'il a tourné cette vidéo, c’est parce qu'il se sentait en danger et certainement pas pour monter une conspiration contre le gouvernement"

Eduardo Rodas Marzano est le frère de l’avocat assassiné Rodrigo Rosenberg Marzano.

Rodrigo a tourné cette vidéo avec l’aide d’un journaliste. Il a ensuite remis plusieurs copies à son chauffeur, dont il était très proche, et l’a chargé de nous les remettre si quelque chose lui arrivait. Avant son assassinat, nous n’étions au courant de rien. Il nous a tenu à l’écart pour nous protéger. Il ne nous donnait même pas les noms de ses clients. Nous ne savions pas qu’il travaillait sur l’affaire Khalil Musa et n’avions pas la moindre idée de sa situation.

Mais une chose est claire : mon frère était un homme exceptionnel, qui adorait la vie. S’il a tourné cette vidéo, c’est parce qu’il se sentait en danger et certainement pas pour monter une conspiration contre le gouvernement, comme ils essaient de le faire croire aujourd’hui. Je crois mon frère et je ne les laisserai pas salir son nom. Il n’y a pas de complot. Rodrigo avait des preuves sur une affaire sensible et il ne pouvait plus faire marche arrière. Le gouvernement essaie de décrédibiliser les propos de mon frère, c’est pourquoi nous avons besoin d’une pression internationale pour que justice soit rendue".

La vidéo enregistrée quatre jours avant la mort de Marzano (partie 1)

Vidéo postée sur YouTube par jmogarrio.

Bonjour, je m’appelle Rodrigo Rosenberg Marzano, et malheureusement, si vous en train d’écouter et de regarder ce message, c’est que j’ai été assassiné par le président Alvaro Colom, avec l’aide de Gustavo Alejos et de Gregorio Valdez. La raison pour laquelle je suis mort au moment où vous regardez ce message, c’est seulement et uniquement parce que, jusqu’au dernier moment, j’ai été l’avocat de monsieur Khalil Musa et de sa fille Marjorie Musa, lâchement assassinés par monsieur le président Alvaro Colom avec le consentement plein et entier de sa femme Sandra Colom, et avec l’aide de Gregorio Valdez et de Gustavo Alejos [deux conseillers du président]. (...) 

Nous entendons toujours dire qu’il y a un complot contre le gouvernement. Ce n’est qu’une hypothèse. Au contraire, ce que je vous dis n’est pas une hypothèse et n’a rien d’une hypothèse. Ceci est une réalité. Il y a les lettres, les documents, les déclarations. (...)

J’ai quatre enfants extraordinaires, j’ai le meilleur frère que la vie pouvait m’offrir, des amis merveilleux, je vis au Guatemala et j’ai vécu ici toute ma vie parce que c’est mon pays. Je n’ai, ou plutôt je n’avais, aucun désir de mourir, mais le moment est venu où nous, les Guatémaltèques, ne pouvons plus continuer comme ça. Le moment est venu de faire face au voleur, à l’assassin lâche qu’est notre président actuel. (…)

Gustavo Alejos m’a averti directement que si je continuais à dire ce qui s’était passé avec monsieur Khalil Musa et sa fille Marjorie Musa, il allait se charger de me faire taire. Gregorio Valdez m’a dit exactement la même chose et c’est ce qui s’est passé..."