FRANCE

Les étudiants font bloc, au risque de perdre leur année

Depuis plus de trois mois, étudiants et enseignants s'opposent aux réformes de la ministre de l’Enseignement supérieur, au risque, pour les premiers, de voir toute une année partir en fumée. Nos Observateurs, l'un favorable au blocage, l'autre contre, nous emmènent au cœur du conflit. Lire la suite et voir les vidéos...

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Le "printemps des chaises", à l'université Stendhal de Grenoble. Posté sur Flickr par filipe ferreira.

Depuis plus de trois mois, étudiants et enseignants s'opposent aux réformes de la ministre de l’Enseignement supérieur, au risque, pour les premiers, de voir toute une année partir en fumée. Nos Observateurs, l'un favorable au blocage, l'autre contre, nous emmènent au cœur du conflit.

Pourquoi cette grève ? La loi LRU (relative aux libertés et responsabilités des universités, NDLR), approuvée par le Parlement à l’été 2007, prévoit que les universités françaises accèdent à l’autonomie en matière de budget et de gestion du personnel. Elle a été vivement critiquée par la plupart des syndicats d'étudiants et d'enseignants. Ces derniers craignent une privatisation du système universitaire et le renforcement des inégalités entre établissements. La réforme du statut des enseignants-chercheurs, annoncée un an plus tard, a achevé de pousser les professeurs dans le camp de la contestation. Depuis, le gouvernement doit affronter une formidable coalition sur les campus de France.

Sur les 83 universités que compte l’Hexagone, une vingtaine ont été touchées par des blocages, partiels ou totaux. À Bordeaux-III, où les cours ont été suspendus le 2 février, les étudiants sont appelés à voter aujourd’hui sur la reconduite du blocage. Pour les partisans de la levée, c’est désormais la dernière occasion de rattraper le semestre et boucler les examens avant l’été. Mais si les "bloqueurs" se disent également inquiets face au spectre du redoublement, il s’agit pour eux de défendre l’université française comme service public - coûte que coûte.

ACTUALISATION (12/05/09) : Les étudiants et membres du personnel de Bordeaux-III ont voté à 57,46% en faveur de la motion qui prévoyait la reprise partielle des cours, avec maintient de la mobilisation.

Occupation du ministère de l'Enseignement supérieur, le 7 mai 2009

Le 7 mai dernier, le ministère de l'Enseignement supérieur a été brièvement occupé par des étudiants qui ont réclamé la démission de la ministre, Valérie Pécresse, et dénoncé les réformes en cours. L'épisode a donné lieu à une centaine d'interpellations.

Postée sur Dailymotion par sorbonnard2009.

La Sorbonne revote la grève le 7 mai 2009.

Postée sur Dailymotion par sorbonnard2009. 

CONTRE : "Le comble, c’est que de nombreux bloqueurs ne sont même pas des étudiants"

Rémi Martial est étudiant en droit à l’université de Paris II (Panthéon-Assas) et délégué national de l’UNI, syndicat étudiant opposé au blocage des universités.

Ce blocage est tout à fait illégitime, d’autant plus qu’il a été voté par des assemblées illégitimes, organisées par des manifestants de façon à étouffer toute forme de dissidence. Les "AG" sont quasi-quotidiennes, et lorsque les organisateurs s’aperçoivent qu’ils risquent d’être minoritaires, ils suspendent la session. Nos militants essaient d’y assister, mais ils sont régulièrement chahutés, voire insultés. Le comble, c’est que de nombreux bloqueurs ne sont même pas des étudiants ! La semaine dernière, la police a dû intervenir pour évacuer l’université de Caen, où des manifestants avaient endommagé un laboratoire ; sur les 21 personnes interpellées, 14 n’étaient pas des étudiants et ont passé la nuit en cellule de dégrisement. Bien entendu, nous soutenons les réformes du gouvernement. Voilà des années que nous demandons plus d’autonomie pour les universités, sans quoi elles ne peuvent faire face à la concurrence internationale. Ces mesures vont également améliorer l’insertion professionnelle des étudiants ; qui plus est, l’exécutif a apporté de nombreuses modifications à son texte pour satisfaire enseignants et étudiants. Mais nous faisons face à des jusqu’au-boutistes qui sont en train de saborder l’université française."

 

POUR : "[Notre motion] prévoit une reprise partielle des activités pédagogiques, organisée par les enseignants et les étudiants, sans toutefois cesser la mobilisation"

Étienne Maury est étudiant à Bordeaux-III et membre de l’Unef, un syndicat étudiant de gauche. Les étudiants de Bordeaux-III sont appelés à voter aujourd’hui sur la reconduite du blocage général de l’université, qui dure depuis le 2 février.

Les étudiants vont s’exprimer sur deux motions. D’un côté, il y a la solution de compromis soutenue par la direction de l’université et par les syndicats, à l’exception de la confédération étudiante (syndicat "réformiste"). Celle-ci prévoit une reprise partielle des activités pédagogiques, organisées en tandem par les enseignants et les étudiants, sans toutefois cesser la mobilisation. De l’autre côté, la motion B préconise une reprise immédiate des cours avec l'organisation des examens en juin. Depuis le début du blocage, le 2 février, nous avons été très largement d’accord avec les enseignants, qui ont d’ailleurs voté la grève à l’unanimité. Certains ont organisé des cours hors les murs, afin de sensibiliser les étudiants aux dangers de cette réforme. Durant les "AG" (Assemblées générales, NDLR), nous avons donné la parole à tout le monde. C’est même plutôt les anti-blocage qui ont essayé de perturber les assemblées, allant jusqu’à lancer des œufs en direction de la tribune."