Cette vidéo a été tournée par un contrebandier, avec un téléphone portable, sur la plage libyenne d'al-Zuwarah. Les Africains que l'on voit embarquer espèrent rejoindre l'île italienne de Lampedusa. Un premier Zodiac vient de partir lorsque la police intervient...

Images tournées entre fin mars et début avril. Source : La Repubblica.

Cette vidéo a été publiée sur le site de La Repubblica. Francesco Viviano, le journaliste qui a récupéré ces images, dénonce dans son article la corruption des forces de police locales. Il affirme que les policiers, que l'on voit ici intervenir pour intercepter les clandestins, sont en réalité souvent complices des passeurs. Ils prennent une commission sur les départs et, si l'immigré n'a pas les moyens de payer, ils le font travailler gratuitement pour eux, pendant des mois, avant de l'autoriser à embarquer.

Jeudi, la Libye a annoncé qu'elle acceptait désormais de reprendre les clandestins - Somaliens, Ethiopiens, Nigérians, etc. - interceptés par la marine italienne. C'est un tournant dans la lutte du gouvernement italien contre la l'immigration clandestine. La marine italienne n'est plus obligée d'autoriser le débarquement des immigrés à Lampedusa ; elle peut se contenter de raccompagner le bateau de clandestins sur la côte libyenne.

Le périple de huit mois d'un clandestin : de l'Erythrée à la France, en passant par la Libye et l'Italie

Saïd suit une formation en langues à Anger, en France. Il a fuit l'Erythrée en passant par la Libye et l'Italie.

J'ai entamé mon périple en octobre 2002. D'abord de l'Erythrée au Soudan. Le voyage a duré trente jours, dans le désert. J'ai marché jour et nuit, à la limite de l'épuisement et parfois dans des conditions climatiques extrêmes. Dans la région de Chagrab, à la frontière entre les deux pays, j'étais terrorisé à l'idée de tomber entre les mains de la police. De là, j'ai gagné Khartoum, dans un camion, avec beaucoup d'autres clandestins. Je suis resté 24 heures dans la capitale soudanaise, puis nous avons roulé sept jours jusqu'à Kafoua, en Libye, à bord de deux camions transportant chacun 35 personnes. A chaque fois, j'ai payé pour le transport, mais pour le seul trajet entre Kafoua à Tripoli, j'ai dû donner 100 euros.

J'ai atteint Tripoli en avril 2003. Je suis tout de suite reparti pour la ville côtière de Zouara.

Zouara est le lieu de rassemblement des candidats à l'émigration. Là-bas, on joue à cache-cache avec la police. Sur place, j'ai mis deux mois pour organiser mon départ en bateau. Prix de la traversée : 590 euros.

Nous avons fait plusieurs tentatives. Une fois, nous avons dû rebrousser chemin car l'embarcation, vétuste, était trop dangereuse. Après plusieurs tentatives, nous sommes finalement partis pour de bon.

A bord, nous étions 175 personnes, de diverses nationalités (Erythréens, Soudanais, Libyens, Somaliens...). J'avais très peur. Je me disais que si l'embarcation se brisait, c'était chacun pour soi et Dieu pour tous. Les passeurs nous ont traités comme des chiens. Ils avaient peur, comme nous, mais pour d'autres raisons. Durant 24 heures, je suis passé de la joie - de partir - à la peur, la fatigue, le sentiment d'humiliation, la nervosité. Puis, le soulagement.

Nous sommes arrivés sur les côtes italiennes totalement épuisés. C'était un jour de juin 2003. A Lampedusa, nous avons été hébergés dans un centre d'accueil pour immigrés clandestins. Les autorités locales nous ont donné des papiers provisoires, le temps d'étudier nos cas. Un autre clandestin m'a dit qu'il y avait rien à attendre d'elles. J'ai donc décidé de prendre la fuite. Direction, Rome. Puis de Rome,  j'ai eu de la chance et j'ai pu filer vers la France, où je suis arrivé plus de huit mois après mon départ d'Erythrée."