Officiellement, Stéphanie Nyota Muliri, 50 ans, est toujours chargée de relations publiques pour la société minière de Bakwanga (Miba) à Kinshasa, en République Démocratique du Congo. Mais la compagnie ne verse plus les salaires depuis des mois et ses 7 000 employés ne travaillent plus.

Stéphanie Nyota Muliri, qui vit à Kinshasa, dénonce l'inaction du gouvernement congolais pour relancer l'économie. 

Cela fait 27 mois que nous ne sommes pas payés. Les difficultés ont commencé avant la crise : nous exploitions le diamant manuellement et nous avions besoin de nouveau matériel pour redémarrer.

Mais aujourd'hui, on nous explique que le cours du diamant a baissé avec l'économie mondiale, que des gros clients comme De Beers ne viennent plus acheter chez nous. La Miba ne trouve pas de nouveaux financements.

La vie est devenue trop dure. Beaucoup de mes collègues ne peuvent plus payer leur loyer et dorment dans des églises. J'ai pu garder mon logement car la maison appartient à une cousine, mais j'ai beaucoup de dettes. On vit comme des mendiants.

Avant, la compagnie nous donnait des vivres, payait l'école primaire et les soins médicaux.  Aujourd'hui, nous manquons de médicaments, les enfants n'étudient plus.

J'ai quatre enfants. Ma fille aînée habite à Londres, elle m'envoyait de l'argent mais elle vient de perdre son travail. Je ne peux plus aider mon fils étudiant en Afrique du Sud.

J'ai commencé à la Miba en 1987 comme ouvrière et à force d'expérience, je suis devenue agent de protocole. Quand on a toujours travaillé, c'est démoralisant de s'arrêter. Je vais à la messe, je fais pousser de la nourriture dans le jardin pour économiser, je regarde la télévision... Je m'ennuie.

Parfois je vais à la Miba, on ouvre le bureau, puis on le referme. Je croise des collègues qui me demandent 500 francs congolais (0,50€) parce que leurs enfants n'ont pas mangé.

L'État est notre actionnaire majoritaire, il doit faire quelque chose pour que des investisseurs aient aussi envie de s'impliquer. Il y a encore beaucoup de diamants dans nos concessions au Kasaï !"