CHINE

"Tous les matins, je redeviens chômeur sous le pont de Liu Li"

Jia Ze Wei est l'un des quelque - travailleurs migrants - qui ont quitté leur village pour aller travailler à Pékin, ou dans les plus riches régions du pays. Depuis deux mois, Jia Ze Wei s'installe chaque matin sous le pont de Liu Li, dans l'ouest de la capitale, pour faire des petits boulots et envoyer de l'argent à sa famille.

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   (Crédit : Ana F.)

Jia Ze Wei est l'un des quelque 150 millions "mingong" chinois - travailleurs migrants - qui ont quitté leur village pour aller travailler à Pékin, ou dans les plus riches régions du pays. Depuis deux mois, Jia Ze Wei s'installe chaque matin sous le pont de Liu Li, dans l'ouest de la capitale, pour faire des petits boulots et envoyer de l'argent à sa famille.

                    "Il est interdit de chercher du travail à cet endroit", indique la banderole. (Crédit : Ana F.)

Jia Ze Wei, travailleur migrant à Pékin, ne lit pas les journaux, n'a pas accès à la télévision ni à la radio, mais il sent que les temps sont de plus en plus durs en termes d'emploi.

Depuis deux ans, je viens ici tous les matins. Je peux faire n'importe quel travail dans le bâtiment : charpenterie, peinture, menuiserie, etc. Cette année, je suis venu à Pékin après le Nouvel An, au mois de février. J'ai pu remarquer que cette année était plus dure.

En 2008, je gagnais près de 60 yuans [6,7 euros] par jour. Au total, j'ai réussi à envoyer presque 4 000 yuans à ma famille. Aujourd'hui, quand je suis chanceux, je peux arriver à 40 yuans [4,6 euros]. Mais il faut payer le logement et la nourriture. Quand je travaille, je dépense 15 yuans par jour pour un dortoir à "mingong", au sous-sol d'un bâtiment. C'est comble, sale et bruyant mais vers 19 heures, je suis tellement épuisé que je m'endors tout de suite. Lorsque la chance ne me sourit pas, je ne peux pas me permettre de dépenser davantage, donc je dors dans le hall de la gare. En ce moment, ça va car il fait bon, mais en février, c'était plus rude.

Pour manger, c'est le même principe : si j'ai travaillé, je m'achète un bol de nouilles et de la soupe de tripes de chèvre pour 8 yuans. Si je n'ai rien trouvé, je prends du "mantou" [pain à la vapeur], j'en achète trois ou quatre pour seulement 1 yuan.

Je ne peux pas rentrer au village même si je n'habite pas si loin que ça [Han Dan est à 392 km au sud de Pékin]. Le billet de train pour rentrer chez moi vaut 60 yuans, mais la plupart des "mingong" viennent du Gansu ou de Henan. Ils ont payé 300 yuans. Maintenant, ils sont coincés : ils ne peuvent pas se permettre de dépenser autant d'argent pour rentrer chez eux.

Mais on ne peut pas rester ici, c'est interdit. C'est un endroit connu pour le travail au noir. Dès que l'on voit arriver la police, on part et... on revient plus tard."