Asser Yasser, une jeune Egyptienne vivant au Caire, s'est faite insulter et molester par un groupe de jeunes hommes en rentrant de son travail. Ces incidents ont beau être quotidiens en Egypte, la blogueuse renommée a décidé de lancer des poursuites pour attirer l'attention sur des pratiques devenues une mauvaise habitude dans son pays. Déboutée par la justice, son cas a provoqué un vif débat sur le Web égyptien et renforcé les campagnes anti-harcèlement.

Les résultats d'une enquête menée en 2008 sur plus de 1 000 femmes, égyptiennes et étrangères, par le Centre égyptien des droits de la femme signalaient que 83 % des Egyptiennes et 98 % des étrangères avaient rapporté avoir été victime de harcèlement sexuel. Et ceci quelque soit leur âge, leur origine sociale, ou la façon dont elles étaient habillées.

Selon les conclusions de l'enquête, le harcèlement, contrairement à ce que l'on pourrait penser, n'est pas lié à la façon qu'ont les femmes de s'habiller puisque 71,5 %  d'entre elles portaient des foulards ou des vêtements couvrants (et 19,6 % portaient de véritables burkas).

L'Egypte, en tant que destination touristique, pâtit de ce traitement infligé aux femmes. A tel point que le ministère du Tourisme diffuse en ce moment des clips mettant  les hommes en garde sur les conséquences de tels comportements.

Le Centre égyptien des droits de la femme a lancé de son côté une campagne baptisée "Rendre nos rues plus sûres pour tous" . Il demande qu'une loi soit votée pour punir les harceleurs.

Manifestation contre le harcèlement au Caire

Des manifestants contre le harcèlement en novembre 2006. Photo postée par Gregory Keske sur le groupe Facebook "Stop au harcèlement sexuel en Egypte".

“Le pays entier y perd”, un clip lancé par le ministère du Tourisme

Sur ce clip, on peut voir une scène d’harcèlement typique dont sont victimes certaines touristes européennes dans les marchés. A la fin, la voix off dit "Si vous harcelez les visiteurs, vous n’êtes pas le seul à y perdre. Le pays entier y perd."

"On se prenait des mains partout"

Juliette M. est Française. Etudiante et candidate à l'agrégation d'histoire, elle est aussi passionnée de voyage. Avec son sac à dos, elle a traversé une douzaine de pays en  Europe, en Asie et en Amérique du Sud.

Je suis partie en Egypte avec une amie pour deux semaines pendant l'été 2003. Nous avions toutes les deux 19 ans. C'est mon pire souvenir de voyage. Ce n'est vraiment pas un pays où on peut voyager de son côté, et encore moins quand on est deux filles !

Où que nous allions, on se prenait des mains partout, que ce soit dans la rue, dans le bus, ou dans le train... Et ils ne le faisaient même pas discrètement. Ils nous mettaient la main aux fesses et parfois même passaient sous notre t-shirt ! Nous faisions attention à mettre des pantalons et des hauts à manche longue, même par 40°C, mais ça ne les arrêtait pas. Des amis franco-égyptiens nous ont expliqué que les femmes ne devaient pas se faire remarquer en public. Qu'elles ne devaient pas rire ou parler fort. Nous avons tout fait pour être aussi discrètes et invisibles que possible. Mais ça n'a absolument rien changé.  Et quand on se mettait en colère et qu'on les repoussait avec force, ça aidait encore moins. Ils rigolaient et ne nous prenaient pas du tout au sérieux.

Les gens essayaient de nous arnaquer ou de nous harceler dès qu'ils en avaient l'occasion. Une  fois, on a essayé de changer un billet de train et le vendeur nous a dit qu'il fallait qu'il nous emmène voir le chef de gare et on s'est retrouvé dans une arrière cours louche. Qui sait ce qu'il voulait faire, en tout cas, on n'a pas essayé de savoir, on est parties. 

Nous avons rencontré une jeune journaliste au Caire qui nous a dit que, globalement, la société égyptienne était devenue beaucoup moins tolérante avec les femmes qui portent des habits occidentaux depuis le 11-Septembre. Même les jeunes actives sont revenues au foulard, qu'elles ne portaient pas il y a plusieurs années.

J'ai l'impression que leur vision de la femme occidentale est le résultat du manque de pudeur et de discrétion de nombreux touristes qui voyagent en groupe organisés ou descendent de leur bateau croisière. Comme ils sont généralement accompagnés de guides, voir de gardes, ils ne courent aucun risque, donc certaines femmes se baladent en haut de maillot de bain ou en robe de plage, ce qui choque beaucoup les Egyptiens. Ils se disent que les Occidentales ne sont pas respectables."