©Alida Vanni. Une école en Tanzanie.

Moszy, un albinos de 18 ans, est arrivé sur la côte espagnole, il y a deux semaines. Il affirme avoir fui le Bénin par crainte de se faire tuer dans le cadre d'un rituel sacrificiel. Son cas, largement commenté dans les médias espagnols, rappelle que, dans plusieurs pays d'Afrique, certains sorciers sont toujours persuadés que posséder une partie du corps d'un albinos confère des pouvoirs magiques.

L'albinisme est une maladie génétique et héréditaire caractérisée par l'absence de pigmentation de la peau, des poils, des cheveux et des yeux, en raison de l'absence de mélanine. Voir également le reportage de FRANCE 24 sur les albinos de Tanzanie.  

"Nous sommes des êtres humains comme les autres"

Mzawa Iddi Jagame est membre de la Société des albinos de Tanzanie. Son témoignage et les photos qui l'accompagnent ont été recueillies par Matteo Tortone et Alessandro Baltera (Olmo Production).

En Tanzanie comme dans le reste de l'Afrique subsaharienne, Il est très difficile de faire respecter notre dignité. Nous sommes des êtres humains comme les autres, nous avons seulement besoin de plus de soins. On doit notamment faire en sorte que notre peau soit bien protégée du soleil équatorial. Et, dans les classes, on doit s'arranger pour être devant, sinon on ne peut pas lire le tableau.

La Société des albinos de Tanzanie a été fondée en 1979 et reconnu par l'État en 1982. Il y a trois ans, nous avons obtenu la création d'une journée nationale des albinos, tous les 26 avril. Cette année, elle sera célébrée à Mwanza, la capitale de la province la plus concernée par les massacres d'albinos."

 

©Alida Vanni.

Société des albinos de Tanzanie. Les photos ont été recueillies par Matteo Tortone et Alessandro Baltera.

"Souvent, leurs mères refusent de les allaiter"

Catia Gregoracci est la fondatrice de l'Association pour les jeunes handicapés albinos du Cameroun et d'Afrique (AJAHCA). Orpheline, elle a été adoptée par deux parents albinos.

Au Cameroun, les gens savent très peu de choses, voire rien, sur l'albinisme. Il y a beaucoup de superstitions. Les albinos sont traités comme des parias et leurs parents ne les envoient pas à l'école. Souvent, leurs mères refusent de les allaiter. Avoir un enfant albinos est souvent une cause de divorce pour un couple. Jusqu'à présent, nous nous limitions à la recherche de familles adoptives pour les albinos orphelins mais, désormais, nous leurs construisons aussi des maisons où ils peuvent se sentir en sécurité. Nous voulons qu'ils soient autonomes et qu'ils retrouvent confiance. À terme, on aimerait aussi que le gouvernement soutienne notre cause."

 

Daniel (à gauche) et George (à droite) ont tous deux été abandonnés par leurs parents. L'AJAHCA leur a trouvé des familles d'accueil.

"Une vieille croyance dit que, lorsque qu'il y a une éruption volcanique, seul le sang des albinos peut calmer le dieu de la montagne"

Stefan est arrivé en Italie il y a deux ans après avoir fui le Cameroun, où il est né. L'Italie lui a accordé l'asile humanitaire. Il vit actuellement à Turin. Formé au journalisme, il est, pour l'instant, sans emploi.

J'ai quitté mon pays pour échapper aux discriminations dont sont victimes les albinos comme moi. On parle de plus en plus de la souffrance des albinos de Tanzanie, mais la situation est la même au Cameroun. Les gens pensent que certaines parties de nos corps ont des pouvoirs miraculeux, qu'elles peuvent apporter la richesse, faire gagner des élections ou être utilisées dans les élixirs d'amour. Dans le Sud-Ouest du Cameroun, où j'ai fait mes études, une vieille croyance dit que, lorsque qu'il y a une éruption volcanique, seul le sang des albinos peut calmer le dieu de la montagne.

Quand j'avais 15 ans, on a retrouvé le corps de mon frère, albinos lui aussi, avec le cœur et les testicules arrachés [information non vérifiée par FRANCE 24]. J'ai dû vivre caché. C'était très dur de tenir bon face au mépris des gens. Mes parents ont insisté pour que je reçoive une éducation normale, mais c'est très difficile pour les personnes comme moi qui ont une vue très faible. J'ai tout de même réussi à sortir de l'université avec un diplôme en journalisme et en littérature anglaise.

On doit faire tout notre possible pour éduquer la société camerounaise, par exemple pour que les parents soient informés des risques de cancer de la peau causés par l'albinisme. Il faut convaincre les gens, et le gouvernement, de laisser les albinos jouer un vrai rôle dans la société."