Italie

Les rugbymen de L'Aquila, héros et martyrs du séisme

L'équipe de rugby de L'Aquila a perdu l'un de ses joueurs dans le séisme de lundi, le pilier Lorenzo Sebastiani (en haut à droite). D'autres, à l'instar de Dario Pallotta (bas-centre), sont salués comme des héros pour leur rôle dans les sauvetages.

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L'équipe de rugby de L'Aquila a perdu l'un de ses joueurs dans le séisme de lundi, le pilier Lorenzo Sebastiani (en haut à droite). D'autres, à l'instar de Dario Pallotta (bas-centre), sont salués comme des héros pour leur rôle dans les sauvetages.

La cité médiévale de L'Aquila, au centre de l'Italie, est l'un des hauts lieux du rugby européen. Elle a été dévastée par un tremblement de terre d'une intensité de 6 sur l'échelle de Richter, le lundi 6 avril, à 3h32 du matin. Depuis le tremblement de terre, les joueurs de l'équipe locale se retrouvent au cœur de l'actualité. L'un d'entre eux, Lorenzo Sebastiani, figure parmi les 207 victimes officiellement recensées. Certains de ses co-équipiers ont, quant à eux, contribué à sauver des vies, à l'instar de Dario Pallotta.

Merci à Alberto Celani, l'Observateur italien qui nous a mis en contact avec ces rugbymen. L'héroïsme de ces joueurs ne l'étonne pas: "L'Aquila est connue en Italie comme une équipe de joueurs forts et déterminés, qui ne lâchent jamais."

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"J’ai entendu des appels à l’aide et je me suis précipité dans leur direction"

Dario Pallotta, 25 ans, est arrière dans l'équipe de L'Aquila Rugby. Après avoir activement participé aux opérations de sauvetage, ils nous raconte le lendemain du séisme.

Après le tremblement de terre, tout le monde s'est précipité dehors pour échapper aux immeubles qui s'effondraient. Alors qu'on se dirigeait vers la place principale, j'ai entendu la voix d'une femme qui appelait à l'aide, alors je me suis dirigé vers le bruit. Elle était coincée à l'intérieur de sa maison. L'escalier s'était effondré et bloquait la porte, donc j'ai dû la défoncer avec mon épaule. La tuyauterie était défoncée et l'appartement était repli d'eau, ça puait le gaz. J'y ai trouvé une vieille femme et son mari : je les ai soulevés sur mes épaules et je les ai transportés dehors.

Ensuite, j'ai entendu que l'on avait besoin d'aide pour évacuer l'hôpital principal, où plusieurs étages menaçaient de s'effondrer. On s'est donné le mot dans l'équipe et on s'est retrouvés là-bas. On a aidé à évacuer les patients ainsi que le matériel de survie. Ils ont installé un hôpital de fortune dans un champ voisin.

Notre stade est devenu un immense camp de refugiés, qui accueille les victimes du séisme. On est épuisés et anéantis, mais personne ne veut quitter les lieux. On sent les secousses secondaires - il y a eu un deuxième tremblement assez important, ce matin. Mais, pour l'instant, on reste pour faire tout ce que l'on peut pour aider."

 

"Les autorités n’ont pas assez communiqué sur les risques de séisme"

Emmanuel Giacoponi est Argentin, il joue dans l’équipe de L'Aquila Rugby, depuis octobre 2008. Comme la majorité de ses coéquipiers, il était dans la résidence des joueurs, endormi, au moment où le séisme a eu lieu.

Je me suis réveillé au son des murs qui tremblaient et des cris qui fusaient. J'ai enfilé quelques vêtements en vitesse et je suis sorti avec mon colocataire. Après quelques minutes chaotiques, on s'est dirigé vers un parking souterrain en dehors du centre-ville, avec plusieurs dizaines d'autres personnes.

Notre résidence a été relativement épargnée par la secousse. Le seul de mes coéquipiers qui soit mort, Lorenzo Sebastiani, passait la nuit chez des amis, en plein centre-ville. Ils ont retrouvé son corps hier, mais n'ont réussi à l'identifier que ce matin, grâce à un tatouage. C'est un drame terrible : on formait un bon groupe, une bonne équipe, il était un des plus jeunes. Perdre un proche est terrible dans tous les cas, c'est pire quand c'est aussi soudain.

Depuis, les autorités encouragent les habitants à évacuer la ville, au cas où il y aurait un autre séisme. Le centre-ville est interdit d'accès. Notre équipe a une semaine de congé, le temps que chacun organise un peu ses affaires. Tous les entrainements sont suspendus, parce que les stades sont utilisés pour accueillir des tentes d'hébergement d'urgence. Demain, je vais essayer de récupérer quelques affaires chez moi : en ce moment, je n'ai que les vêtements que je porte. Ensuite, j'irai à Udine, la ville où je jouais avant, jusqu'à lundi. Après ça, je ne sais pas ce que l'avenir nous réserve. Continuer de jouer à L'Aquila ne me fait pas peur, mais les infrastructures sportives, ainsi que notre résidence, ont été très endommagées : cela me paraît difficile. Depuis janvier, il y a des petits séismes, qui sont devenus de plus en plus intenses. Je ne comprends pas pourquoi les autorités n'ont pas davantage communiqué sur les risques de tremblement de terres graves et sur la conduite à adopter en cas de secousse. Cela aurait permis de sauver des vies, y compris celle de mon coéquipier Lorenzo."

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Source: site officiel de l'Aquila Rugby