Photo: Holden Leeds.

Le film "The Wreslter", avec Mickey Rourke, a récemment rappelé au grand public que la vie d’une star du catch, hors du ring, est loin d’être idyllique. Un catcheur professionnel de New York, "Brimstone", raconte son quotidien sur les Observateurs.

Pour certains, le monde du catch professionnel est glamour, gratifiant et excitant. Aux Etats-Unis, les catcheurs sont considérés comme de véritables stars, des athlètes adulés chaque soir par une foule en délire. Mais au-delà du strass et des paillettes se cache une réalité plus sombre que l'on retrouve dans les pages faits divers des journaux. Encore récemment, un catcheur célèbre, Martin "Test", a été retrouvé mort chez lui, à 33 ans, apparemment à la suite d'une surconsommation de drogues. Souvent blessés, sous pression, la plupart des catcheurs meurent jeunes, ou finissent en tout cas leur vie dans des conditions difficiles.

"Je ne suis pas un monstre génétique"

"Brimstone" (1m88, 125kg, 34 ans) est un catcheur professionnel indépendant de New York.

J'ai toujours été un fan du catch professionnel. J'adore le côté théâtral et en même temps physique de cette discipline. Personnellement, j'ai été inspiré par des légendes du milieu comme The Undertaker, Shawn Michaels ou Ultimate Warrior.

Tout a commencé pour moi alors que je couvrais une convention de catch en 1996 pour un journal local. Iron Sheik m'a fait remarquer qu'avec mon physique je pourrais probablement devenir catcheur et il m'a conseillé de m'entraîner. Bret Hart m'a ensuite pris en aparté pour me dire que si je souhaitais réellement devenir catcheur, il m'aiderait et me donnerait des pistes. Peu de temps après, j'ai vu une pub pour une école de catch qui allait ouvrir dans le Queens à New York. Bret s'est renseigné pour moi et il m'a suggéré de m'y inscrire.

Je ne pensais pas que l'entraînement serait aussi dur, mais je m'y suis fait. Il est impossible de survivre dans cette industrie si tu n'es pas fort et très motivé. Beaucoup de gens pensent être à fond dans cette discipline, mais 95 % d'entre eux abandonnement, souvent dès la première semaine, parfois même le premier jour!

C'est un mode de vie très rude. Les catcheurs de la WWE [World Wrestling Entertainment] sont sur la route 320 jours par an et leur condition physique s'en ressent. Ceux de TNA [Total action non stop Wrestling] ne voyagent pas autant, mais ils enregistrent trois shows par jour. Ce rythme est extrêmement éprouvant pour le corps.

En tant que catcheurs, on est confrontés à différents niveaux de pression. Il y a la pression liée à la popularité, car il faut remplir les salles si l'on veut continuer à travailler. Il y a également le stress lié à notre condition physique. Il faut être au top tout le temps et  faire attention à son image, même hors du ring. Ensuite, il y a la pression de la performance : on raconte une histoire au public à travers un combat de 5-10 minutes, on a pas le droit à l'erreur.

La pression est certes très différente de celle que subit l'employé lambda, mais elle peut nous anéantir physiquement. Aujourd'hui, beaucoup de jeunes pensent qu'ils doivent être des monstres bourrés d'hormones pour se faire une place au sein de la WWE ou du TNA. C'est triste de voir des amis tomber dans certains travers. Récemment, nous avons par exemple perdu Andrew "Test" Martin, mort à 33 ans, probablement à cause de la drogue. Ça me déprime.

Je ne suis pas un monstre génétique. Quand j'entraîne des catcheurs, ils doivent être sains. Si j'apprenais que l'un de mes élèves prend des produits stupéfiants, je lui ferais passer l'envie de recommencer! Je n'admets ni la drogue ni l'alcool. Même le fait de fumer constitue pour moi un problème. Tout ceci n'a rien à faire dans notre discipline. Je déteste entendre les gens cracher sur le monde du catch et dire que seul les catcheurs commettent des abus. On retrouve les mêmes problèmes dans le baseball, le football américain, le football. Les gens s'acharnent sur nous à cause de notre look et des personnages que nous interprétons.

Je ne ressens pas la même pression que beaucoup de catcheurs simplement parce que je suis content de tracer ma propre route. "Brimstone" est mon business. J'ai déposé mon nom, mon look, mon personnage. J'ai construit un univers marketing autour de ma personne. J'ai de nombreux partenariats avec des chaînes de télévision, une ligne de vêtements BrimWEAR qui sort bientôt, des cartes, une BD, une autobiographie, plusieurs productions cinématographiques... Dans ce business, je construis ma carrière moi-même.

Comme partout ailleurs dans l'industrie du divertissement, il y a beaucoup de trahisons et de coups bas. Beaucoup de gens sont jaloux de mon succès et tentent de me mettre des bâtons dans les roues. C'est puéril et je ne laisse jamais ce genre de choses m'atteindre.

Certains disent que le catch c'est du bidon. Mais faites-moi confiance, ça fait mal ! Si je te tombe dessus tu vas le sentir, peu importe comment tu te protèges. Je viens de faire deux combats en une nuit. Le premier était très facile, je n'ai pris que deux coups et pourtant j'ai réussi à me faire mal. Je ne sais pas ce qui s'est passé, mais à la fin du combat, ma main droite toute entière était gonflée. Au final, on se retrouve avec de l'arthrite et beaucoup de douleurs.

Je soutiens de nombreuses œuvres de bienfaisance car je crois qu'il est juste de rendre un peu de ce que l'on gagne. Je suis particulièrement impliqué dans la fondation de lutte contre l'arthrite, parce que c'est un sujet qui me touche. D'ici quelques années, je vais probablement devoir vivre avec toutes sortes des douleurs inimaginables.

Par ailleurs, comme nous sommes tous des entrepreneurs indépendants, nous n'avons, pour la plupart, pas d'assurance-maladie. Nous ne sommes pas considérés comme des athlètes, mais comme des comédiens, à condition d'avoir joué dans un film. Si ce n'est pas le cas, il nous est impossible d'intégrer les syndicats de gens du spectacles comme l'AFTRA ou le SAG.

Nous avons un groupe appelé Wrestlers Rescue ; une fondation créée par Dawn Marie pour aider les catcheurs une fois leurs carrières terminées. Il est important d'aider ceux qui ont porté haut les couleurs de notre discipline et apporté tant de joie aux fans, maintenant qu'ils se retrouvent seuls avec leurs blessures. Ces gars sont des légendes vivantes, même si aujourd'hui certains d'entre eux peuvent à peine bouger.

J'adore le catch pour tout ce qu'il ma apporté et permis de faire. J'ai hâte de voir mon fils faire carrière dans ce business. Il a 7 ans et il est tout bonnement incroyable. Une fois qu'il sera en âge de prendre cette décision, je lui léguerai mon nom de scène."