ISRAËL

Les juifs et l’Europe

Ce texte nous a été envoyé par Joel Schalit, l'un de nos Observateurs pour Israël. Lire la suite...

Publicité

Ce texte nous a été envoyé par Joel Schalit, l'un de nos Observateurs pour Israël. Il a également été publié sur Jewcy.com.

Dire que les juifs ont une relation complexe avec l'Europe serait un grossier euphémisme. Ce qu'ont vécu les juifs d'Europe a modelé le rapport du sionisme à ce continent, perçu comme une zone écœurante et étrangère, synonyme de racisme et de génocide. Pourtant, l'Europe est aussi idéalisée. Elle incarne le modèle de ce que pourrait être une nation juive, et beaucoup d'Israéliens ont rêvé de faire partie de l'identité européenne.

Toutefois, dans les années 1960, à la fin de la décolonisation, au moment où la France et le Royaume-Uni se sont séparés de la plupart de leurs colonies, le sentiment européen envers Israël a subi une évolution. Après avoir été considérée, après la Seconde Guerre mondiale, comme une zone libérée, à la croisée entre l'Occident et le Moyen-Orient, Israël est devenue, après la guerre des Six jours de 1967, et au fur et à mesure que le conflit palestinien se développait, l'incarnation de tout ce dont l'Europe d'après-guerre essayait de se détacher.

Ce changement de position vis-à-vis de l'Etat d'Israël a été perçu par de nombreux juifs comme du racisme, mais aussi comme une hypocrisie de la pire espèce. Comment les Européens pouvaient-ils condamner Israël alors qu'ils avaient inventé le colonialisme moderne et perpétré d'innombrables génocides, non seulement contre les juifs, mais contre les populations indigènes sous leur tutelle ? Pour nous, ni l'expérience du nazisme, ni la montée du libéralisme en Europe de l'Ouest, ne suffisent à expliquer ce revirement.

Et la vague d'immigration venue du Maghreb que connaît l'Europe depuis les années 1960 n'a pas permis d'atténuer ces critiques. Si les Européens n'étaient pas des antisémites hypocrites qui essayent de soulager leur culpabilité post-coloniale en nous la mettant sur le dos, ils étaient de toute évidence sous l'influence de cette nouvelle population musulmane, radicalisée au fil des années par leur religiosité toujours plus forte. Cette communauté, qui est l'équivalent européen de la communauté juive des Etats-Unis, influence forcément l'opinion publique européenne. Et si on regarde les relations qu'entretient l'Union européenne avec les riches pays arabes, tout devient parfaitement clair. Voilà en tout cas comment les Israéliens perçoivent l'Europe.

Ces inquiétudes sont compréhensibles, mais la situation a toujours été bien plus complexe que ça. L'antisémitisme existe, mais en aucune mesure il ne peut être la seule explication de la politique européenne. Que l'Europe doive héberger un grand débat sur la politique étrangère d'Israël, malgré les conflits qui l'ont traversée et son histoire, est indubitable. La politique européenne n'est pas antisémite et ne l'a jamais été depuis le Seconde Guerre mondiale. Les juifs sont plus libres dans la société européenne que jamais. Il suffit de regarder la composition des gouvernements britanniques, français, ou le développement de la population juive en Allemagne. Il faut aussi reconnaître que tous ces Etats européens soutiennent Israël, malgré son conflit avec les Palestiniens, et malgré le fait que l'opinion publique de ces pays soit extrêmement critique envers la politique israélienne."

 

Brixton Market, Londres.

 

Des posters d'Israël affichés sur un kiosque près de Dei Transité, à Milan.

 

Azione Giovani est un mouvement de jeunes lié au parti d'extrême droite Alliance nationale. Comme beaucoup de partis conservateurs européens, ce groupe dit soutenir Israël tout en plaidant une solution à "deux Etats" pour le conflit israélo-palestinien. Photo prise sur Corso Vittorio Emanuele à Milan.

 

Brick Lane, Londres.