Boutros, un de nos observateurs à Madrid nous envoie ce texte sur la crise économique espagnole. Le contenu n'a pas été vérifié par France 24.

 

Même sans la crise financière internationale, le modèle économique espagnol n'était pas viable. La crise mondiale a seulement provoqué la crise espagnole qui aurait eu lieu de toute manière.

En premier lieu, l'adhésion à l'Union Européenne a donné lieu au versement de très importantes subventions. Celles-ci n'ont pas été utilisées à des fins de recherche et de développement pour rendre l'industrie compétitive (à ce titre l'Espagne est en queue de peloton des pays de l'OCDE: pour les dépenses de R&D) mais essentiellement pour améliorer les infrastructures, en particulier routières et ferroviaires, qui en avaient effectivement très besoin.
Ceci a conduit a enrichir les sociétés de construction et BTP qui ont investi leurs bénéfices dans des diversifications hors d'Espagne.

Pour le reste, l'Espagne a bâti sa croissance sur la dette. Les sociétés espagnoles sont endettées à hauteur de 31 % de plus que la moyenne des sociétés de l'UE.

Si l'on prend en considération que l'Espagne est avant-derniere (en 2006) pour sa recherche mais aussi que l'Industrie espagnole est la moins productrice de l'Union Européenne, on commence à avoir une idée de l'ampleur du problème. Cet état de fait se traduisait, fin 2007, par un déficit de commerce extérieur très elevé (plus de 10 % du PIB).

L'adhésion a l'Euro a protégé l'Espagne, contrairement à ce qui s'était passé avant, de dévaluations successives.
Et aujourd'hui, l'Espagne n'est plus compétitive.

Le pays a tout misé sur le développement de deux secteurs d'activité qui représentent chacun à peine plus de 10 % du PIB.

-La Construction
L'Espagne a construit énormément de logements. Pour ce faire a recruté de la main d'oeuvre étrangère. Puis, a commencé un cercle vicieux. On s'est mis à construire pour les nouveaux arrivants. Les banques, empruntant sur les marchés extérieurs, se sont mis à prêter à des conditions déraisonnables. Jusqu'à 50 ans de taux variable. Ce qui rendait les remboursements très sensibles à la hausse des taux. Ce qui s'est justement passé. Bien que ne représentant que 10 % du PIB, le secteur a été financé par le système bancaire espagnol à près de 60 % de certaines Caisses d'épargne, surtout celles de la Côte Méditerranéenne, ont souvent plus de 90 % de leurs encours sur le secteur immobilier ses encours de crédits totaux. Ce qui est assez incroyable (ces 60 % comprennent les crédits hypothécaires aux particuliers, les crédits aux constructeurs, les crédits aux promoteurs immobiliers). Les gens ont acheté des appartements financés à 100 % dans un marché hyper spéculatif et il est arrivé ce qui devait arriver: la bulle a éclaté, la valeur des appartements a baissé alors que les prêts sont maintenant plus élevés, bien souvent, que la valeur. A cela il faut ajouter un endettement très élevé des particuliers (un des plus hauts d'Europe) pour acheter d'autres biens de consommation.

Le chômage grimpant (le cap des 20 % sera certainement dépassé), les chômeurs ne peuvent plus payer leurs mensualités hypothécaires et retournent leurs habitations aux banques espagnoles qui les revendent à prix comptable et non à la valeur réelle (ce qui constitue une nouvelle bombe à retardement pour l'économie).

-Le Tourisme
Le parc hôtelier de l'Espagne est suranné, les tarifs sont très élevés, le personnel mal formé.
L'Espagne se trouve en concurrence directe avec des pays tout aussi ensoleillés, disposant d'hôtels plus récents et de personnels mieux formés (Croatie, Turquie, Bulgarie...) et des côtes moins bétonnées.
D'où la baisse constatée en 2008 qui va s'accroître avec les effets de la crise Européenne.


Quelles solutions ?
Si l'on peut imaginer une sortie de crise pour l'économie mondiale, ce sera beaucoup plus difficile pour l'Espagne qui de surcroît à un mauvais niveau de formation (dernier pays avec Le Portugal dans l'OCDE pour le niveau intellectuel des adultes - dernier rang également pour les Universités).

Pour rendre à nouveau l'économie Espagnole compétitive, il conviendrait idéalement de sortir de l'euro et de procédés à une dévaluation massive en même temps qu'un effort considérable serait fait en formation et R&D. Ce qui est impossible politiquement.

Une autre solution consisterait à baisser les salaires fortement. Également très difficile à faire. Les geler alors ? Ce serait une solution plus "acceptable" pour les partenaires sociaux; mais que va t-il être de l'inflation, à moins que tous ces plans de sauvetage ne finissent pas avoir des effets inflationnistes ? Bref, la situation est très préoccupante. José Luis Rodríguez Zapatero n'a guère de marge de manoeuvre, surtout que, comble de malheur, le surplus budgétaire et la dette étaient les seuls points positifs du système. Or en l'espace de deux ans, le déficit va passer de + 2% à -4% du PIB et la dette va grimper à 60 % du PIB."

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