Image : Obi-Akpere sur Flickr

Pourquoi manifester contre un sommet qui s'attèle au problème du gaspillage de l'eau sur la planète ?  Parce que, pour certains, ce sommet donne trop d'influence à ceux qui, dans un contexte de pénurie, veulent faire de l'eau un produit marchand.

Le Forum mondial sur l'eau a débuté hier pour sept jours. Il s'ouvre peu après la publication d'un rapport alarmant de l'ONU sur la question : les effets conjugués du réchauffement climatique et du boom démographique pourraient générer des "guerres de l'eau" tout autour du globe. La population mondiale va en effet passer de 6 milliards aujourd'hui à 9 milliards en 2050, alors qu'il existe déjà aujourd'hui près d'un milliard de personnes qui n'ont pas accès à l'eau potable et que la plus grande partie de la réserve d'eau douce du monde est stockée dans les glaciers.

Face à un tel bilan, personne ne conteste que la question de l'eau est cruciale, mais le Forum mondial, organisé à Istanbul, peut-il accoucher de solutions concrètes ? Plusieurs centaines de manifestants ont déboulé dans les rues de la capitale turque pour dénoncer les dérives possibles de ce sommet. Leur slogan : "L'eau n'est pas à vendre". Plusieurs organisations ont également pris position contre le Forum. Corporate Europe Observatory l'accuse de vouloir "privatiser l'eau" ; International Rivers de favoriser la construction de grandes infrastructures (barrages, etc.) néfastes pour l'environnement.

"Il ne s'agit pas de 'privatiser l'eau'"

Stuart Orr, qui participe au forum, étudie les modes de consommation de l'eau pour le WWF.

Les manifestants ne sont pas toujours bien informés. Ils ont raison de critiquer les réunions ministérielles, mais au niveau des tables rondes il y a des discussions passionnantes sur la façon d'amener l'eau aux populations. Comme des pays, par exemple la France, ont décidé de privatiser la gestion de leur eau, il est tout à fait normal que des entreprises soient présentes à ce forum. Mais il ne s'agit pas de 'privatiser l'eau'. Ici, on s'intéresse aussi à des initiatives locales, basées sur des communautés : des projets d'épuration en Afrique, ou la disparition des ressources en eau sur les plateaux tibétains. Ce forum, ce n'est pas uniquement un groupe de personnes qui se demandent comment s'approprier plus d'eau."

"Les entreprises privées n'ont pas envie d'investir dans les pays en développement"

Peter Bosshard, membre d'International Rivers, participe au forum à Istanbul. Deux membres de sa délégation ont été interpellés et expulsés hier à la suite de la manifestation.

Il est très difficile pour nous de participer réellement à cet événement. Et quand on cherche à se faire entendre, on se fait arrêter. Ce n'est pas un forum, c'est une foire commerciale.

Les ministres présents au forum appellent à une 'augmentation significative' des investissements dans les infrastructures de traitement de l'eau, mais ils favorisent un modèle de développement basé sur les grands barrages et les vastes réseaux de canaux d'irrigation. Or, ce ne sont pas des solutions profitables aux populations qui n'ont pas accès à l'eau potable. Il faut mettre en place des solutions plus ingénieuses, moins lourdes, et qui font appel aux compétences et aux ressources des pauvres - des techniques 'low cost'.

Il est évident que les entreprises privées n'ont pas envie d'investir dans les pays en développement. Ils préfèrent travailler dans des zones plus profitables. Nous nous en prenons particulièrement à la France parce que ses entreprises, notamment Vivendi, sont particulièrement importantes dans ce secteur. Espérons que la crise financière les fasse réaliser que privatiser l'eau n'est pas la bonne solution."

Des manifestants ont affronté la police hier

Vidéo publiée sur LiveLeak.