FRANCE

Loi contre le piratage : "Déconnecter les internautes est inimaginable aujourd'hui"

"Inadaptée" et "liberticide" pour les internautes, mais attendue comme le messie par des maisons de disques fragilisées, la loi contre le piratage sur Internet examinée demain à l'Assemblée promet des débats animés.

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A l'appel du collectif "La quadrature du Net", les internautes répondent à la loi "Création et Internet" en procédant au black-out de leurs sites, blogs ou profils. Postée sur Flickr par Bricefwi.

"Inadaptée" et "liberticide" pour les internautes, mais attendue comme le messie par des maisons de disques fragilisées, la loi contre le piratage sur Internet examinée demain à l'Assemblée promet des débats animés.

En cinq ans, l'industrie du disque a enregistré une chute de 50 % de son chiffre d'affaires, une baisse qu'elle impute presque entièrement au téléchargement illégal. Dans ce contexte, le texte proposé par l'Élysée, qui sera défendu demain par Christine Albanel, entend  "défendre les droits d'auteurs sur les œuvres culturelles en ligne".

Votée à la quasi-unanimité par le Sénat en octobre dernier, la loi "Création et Internet" prévoit  la mise en application d'une "riposte graduée" allant jusqu'à la suspension de la connexion Internet. Une riposte pilotée par une Haute autorité indépendante composée de juges, l'HADOPI, qui sera chargée de prévenir les consommateurs et de les sanctionner en cas de récidive.

Les Internautes mobilisés à travers différents mouvements en ligne, parmi lesquels le très actif collectif de "La quadrature du Net", multiplient les actions de dénonciation d'une loi qu'ils disent dangereuse pour les libertés. Pour les défendre dans l'Hémicycle, ils peuvent compter sur la plupart des députés socialistes, qui accusent la loi de mettre en place  "un système de surveillance généralisée de l'Internet", mais aussi sur certains députés de la majorité qui auraient préféré une amende, plus pédagogique selon eux, que la coupure d'Internet proposée par le texte.

Lire également notre billet sur le procès "Pirate bay", le plus grand réseau d'échange de fichiers.

"Pourquoi ne pas imaginer que l'internaute devienne un micro-distributeur à lui tout seul ?"

Pascal Cohet est le porte-parole de la Ligue Odebi et membre de la Fédération informatique et liberté (FIL)

Cette loi vise à interdire le peer-to-peer, [système d'échange où les fichiers sont hébergés sur les ordinateurs des internautes]. Mais on peut aussi bien échanger des fichiers par e-mail. Alors doit-on s'attendre à ce qu'à terme l'HADOPI devienne intrusive, à tel point qu'elle irait fouiller dans les mails des gens ?

L'objectif est de ralentir le processus de court-circuitage des industries culturelles. Mais n'oublions pas que ce sont ces industries qui sont fautives. Elles continuent de vendre principalement des CD même si, aujourd'hui un gamin ne sait même pas ce que c'est. Elles n'ont  pas su s'adapter aux évolutions technologiques.

On va vers la multiplication des acteurs de la distribution et l'extension des droits de diffusion. C'est le sens de l'Histoire.  Alors pourquoi ne pas imaginer que l'internaute devienne un micro-distributeur à lui tout seul ? Et qu'on arrête de dire que cette loi est faite dans l'intérêt des artistes. S'ils ne s'expriment pas, ce n'est pas parce qu'ils sont d'accord avec le texte, c'est parce qu'ils risquent leur contrat avec leur maison de disques."

"L'idée de déconnecter les internautes est inimaginable aujourd'hui"

Aziz Ridouan est le fondateur de l'Association des Audionautes (ADA).

Le projet parle de réglementer les  nouvelles technologies, mais qu'est-ce qui est nouveau ? Voilà 11 ans qu'on peut télécharger des fichiers. Napster, c'était en 1998 !

L'idée de déconnecter les internautes est inimaginable aujourd'hui. Cela voudrait dire les déconnecter du triple-play, donc leur couper également le téléphone et la télévision. C'est aussi bloquer l'intégration sociale d'une personne.  Ils ne se rendent pas compte qu'un ordinateur ne sert pas seulement au téléchargement. On s'en sert aussi pour s'inscrire à l'université, demander une bourse ou "télétravailler".

Et puis, le texte s'attarde sur le peer-to-peer, mais il y a déjà tellement d'autres procédés, comme le streaming ou le P2P crypté. Le texte est déjà obsolète. Le problème du piratage est mondial, ce n'est pas une loi française qui va mettre des frontières sur le Net. 

Cela dit, le projet  passera sans que l'on en change une virgule, parce qu'il vient de tout en haut. Mais ce n'est pas très grave. Comme toujours, il sera contourné."

"Il y aura toujours des mecs pour rouler à 200 sur le périphérique malgré les limitations."

Vincent Frèrebeau a monté la maison de production "Tôt au tard". Il est le président de l'Union des producteurs phonographiques français indépendants.

Cela fait longtemps qu'on attend un cadre pour protéger le droit d'auteur. Dire que le texte est liberticide est absolument faux. Les ayants droits signaleront les infractions à l'HADOPI, dont les magistrats seront en charge de la confidentialité des données.

Si les droits d'auteur venaient à disparaitre, comment paiera-t-on les musiciens, les investisseurs, le matériel, etc. ? Est-ce qu'on décide que, parce qu'il y a une révolution numérique, on ne paye plus personne, au nom du confort de l'internaute ?

Les gens téléchargent parce que, pour l'instant, c'est facile et peu risqué, la loi aura donc un effet dissuasif. Il est évidemment que des gens vont la contourner, comme il y aura toujours des mecs pour rouler à 200 km/h sur le périphérique malgré les limitations de vitesse. Mais tout le monde ne passe pas ses journées à chercher des astuces pour télécharger.

Aujourd'hui, on défend notre métier contre des collectifs de citoyens qui s'allient à des fournisseurs d'accès, comme Free. Dans ma boite, on n'est que 9 ! On est passionné et on a le sentiment de défendre aussi tout un pan de la culture française."

"Les gros poissons n'utilisent plus le P2P"

Aimé Félix est un informaticien français.

La loi Hadopi peut techniquement être efficace pour les réseaux P2P [peer to peer - système d'échange où les fichiers sont hébergés sur les ordinateurs des internautes] . Cependant, une grande partie des téléchargements se fait actuellement à l'aide de services d'hébergement de fichiers en ligne. Ces derniers utilisent le protocole standard http qui se confond avec à une navigation lambda sur Internet.

Les "gros poissons" en particulier, ceux qui transforment le piratage en un réel business et qui sont souvent ceux qui postent les films, n'utilisent plus le P2P. La mode est aux serveurs dédiés et réseaux privés où seules des personnes triées sur le volet peuvent accéder.

Le risque de cette loi est d'inciter les internautes à emprunter eux-mêmes ces chemins et de voir naitre des "zone pirates" beaucoup plus dures à détecter et à fermer. Surtout si ces dernières sont hébergées dans des pays connus pour leur laxisme dans le domaine de la lutte contre le piratage."

Dédé, ça-va-couper !

Posté sur Dailymotion par  dedecavacouper.

 

A l'origine de ces quatres saynettes on trouve l'association de consommateurs UFC-Que choisir?

Par ces parodies, l'association entend dénoncer la "repression disproportionnée du projet de loi Création et Internet, de l'Hadopi et de la Riposte graduée."