FRANCE - ÉTATS-UNIS

"Les entreprises françaises manquent de souplesse pour licencier"

Jeb B., 50 ans, vient de connaître son deuxième licenciement depuis son arrivée en France, en 1990. Cet économiste franco-américain estime pourtant que les entreprises françaises manquent de flexibilité pour licencier.

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Jeb B., 50 ans, vient de connaître son deuxième licenciement depuis son arrivée en France, en 1990. Cet économiste franco-américain estime pourtant que les entreprises françaises manquent de flexibilité pour licencier.

Le témoignage de Jeb est le quatrième volet de notre série dédiée au chômage, après celui d'Alexander ("Un emploi par tous les moyens"), de Michel Tudeng ("Je suis dans la merde") et de Sophie D. ("Virée en un quart d'heure").

Français d'origine américaine, Jeb B. travaille dans l'Hexagone depuis 1990. Il vient d'être licencié.

Je ne sais pas trop comment je vais m'en sortir financièrement, car je sais que je risque de ne pas retrouver de boulot rapidement, compte tenu de la conjoncture. J'ai des économies en attendant mes indemnités, et le chômage que je devrais toucher en mai.

Économiste de formation, je trouve qu'il existe des problèmes, en France, dans le monde du travail.  

Notre système repose sur une vision simpliste et populiste, dans lequel les chefs sont les méchants et, nous, les pauvres et gentils petits salariés. Quand on est licencié, on râle comme de bons Français en disant que ce n'est pas juste. Mais il ne faut pas chercher la justice dans le monde de l'entreprise. Les sociétés ne sont pas là pour ça, elles sont là pour faire de l'argent. Il ne faut pas se leurrer, on est tous des capitalistes, dès qu'on ouvre un compte en banque. Même Besancenot est capitaliste !

Ici, le salarié est complètement protégé, c'est difficile de le renvoyer. Et les entreprises en pâtissent. C'est paradoxal, car les règles qui ont été mises en place pour protéger les salariés français ont aujourd'hui des effets pervers.

Le monde bouge sans cesse, donc le business doit toujours se réinventer. On voit beaucoup de débats et de manifestations au moment des fermetures d'usines. Certes, c'est triste pour les personnes licenciées, mais une usine ne peut pas garder les mêmes méthodes de production pendant dix, vingt ou trente ans. De toute façon, la mondialisation a permis de créer plus d'emplois qu'elle n'en a détruit en France, car l'Hexagone est l'un des pays qui exportent le plus.  

La France a aussi peur des changements géographiques, c'est difficile pour un salarié de devenir mobile. Aux États-Unis, les individus le sont beaucoup plus. Ce manque de flexibilité pénalise les entreprises, ce qui entraîne des répercussions sur tout le pays, notamment au niveau des investissements. Elles savent qu'à partir du moment où elles engagent deux, dix ou 2 000 personnes, elles sont obligées de les garder.

C'est pour cette raison que je pense que la crise va durer plus longtemps ici qu'aux États-Unis. Elle a commencé en septembre outre-Atlantique, où le taux de chômage a depuis presque doublé, passant de 5 % à plus de 8 %. Mais je prédis que, après deux ou trois mois difficiles encore, nous verrons les effets du programme d'Obama. En revanche, en France, c'est loin d'être fini. Le taux de chômage tournait autour de 7 % ou 8 % en octobre. Je pense qu'il va doubler d'ici la fin de l'année et atteindre 15 % à 16 %.

Aux États-Unis, c'est l'inverse. Les entreprises licencient facilement, ce qui leur permet aussi d'embaucher plus vite, d'où un taux de chômage là-bas qui reste bien inférieur à celui d'ici. En revanche, certaines règlementations françaises ont des effets positifs. Par exemple, des gens qui prennent cinq semaines de vacances sont plus productifs que ceux qui n'en prennent que deux (comme dans le système américain). C'est statistiquement prouvé.

Mais il est faux de penser qu'il n'y a pas d'allocations chômage aux États-Unis. C'est simplement que le système de calcul est différent. Un homme qui gagne 200 000 euros par an ou un ouvrier recevront le même revenu de base. La philosophie américaine est de garantir un minimum de revenus pour le foyer, même si cela implique de changer de style de vie. Aux États-Unis, la plupart des gens retrouvent un boulot rapidement, au point qu'ils ne vont même pas chercher leurs allocations chômage.

Ici, la philosophie est d'aider le chômeur à maintenir son style de vie, et de ne pas le forcer à prendre un boulot qui peut être fait par quelqu'un avec des qualifications ou une expérience moindres. Donc, l'allocation chômage est basée sur le salaire. Un chômeur avec un niveau bac + 6 n'ira jamais présenter sa candidature à un poste de plongeur dans un restaurant. Aux États-Unis, c'est tout à fait concevable !

Aucun pays n'est parfait, mais il faut regarder, avec un esprit ouvert, les différents systèmes pour trouver des solutions qui marchent. Je ne dis pas que le système américain est meilleur que le système français. Je suis pour la protection des salariés au niveau de la santé et des aides pour les chômeurs, qui les encouragent à trouver un travail adapté.

Je suis en France car j'avais très envie d'y vivre, mais aussi parce que j'ai toujours cru à cet engagement social qui la caractérise. Et j'y crois encore."