SRI LANKA

Les Tamouls de l’étranger en "dépression collective"

Les guérilleros des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) sont aujourd'hui à l'agonie, dans un coin de jungle du nord-est du pays. L'un de nos Observateurs, un Tamoul réfugié en France, nous raconte le calvaire de sa communauté qui vit au rythme des annonces de décès. Lire la suite...

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Les guérilleros des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) sont aujourd'hui à l'agonie, acculés par l'armée sri-lankaise dans un coin de jungle du nord-est du pays. L'un de nos Observateurs, un Tamoul réfugié en France, nous raconte le calvaire de sa communauté qui vit au rythme des annonces de décès.

Les civils sont les premières victimes de l'offensive militaire. Selon l'armée sri-lankaise, il resterait au maximum 70 000 personnes dans la fine bande de territoire encore disputée par les deux camps. Les organisations humanitaires estiment ce chiffre à 200 000. Les Tigres tamouls affirment qu'entre 50 et 100 civils sont tués chaque jour et ont annoncé qu'ils acceptaient un cessez-le-feu, sans toutefois déposer les armes. Le gouvernement, qui ne veut pas entendre parler de reddition, rejette les appels au cessez-le-feu de l'Union européenne et continue de pilonner les Tigres.

Contre-propagande gouvernementale

Ce reportage montre une soi-disant usine de fabrication d'avions de combats du LTTE. Les chaînes de Colombo sont toutes derrière le gouvernement. Avec ce type d'images, elles veulent montrer aux Singhalais et aux Tamouls que les Tigres sont à l'agonie. On voit bien sur cette vidéo à quoi ressemble une usine d'armement des Tigres. Tout le monde sait qu'ils n'ont pas une grande puissance militaire. Mais je ne crois pas, encore une fois, que l'offensive militaire fera taire la rébellion tamoule. Au moins huit Tamouls se sont immolés par le feu à l'étranger. Ce genre de geste montre que la révolte va continuer." 

Propagande tamoule...

D'après les légendes, ces images auraient été tournées le 18 février après un tir d'artillerie de l'armée. Elles ont été publiées par un site tamoul, mais leur origine n'a pas été vérifiée.

On ne sait pas d'où viennent ces vidéos, mais je pense qu'elles ont été tournées par des militants du LTTE. Evidemment, c'est de la propagande. Mais voir ces villages dévastés et ces cadavres, ça nous rappelle ce qu'on a tous vécu au pays. En tous cas, elles renforcent le sentiment nationaliste dans notre communauté.

Nous en voulons aux médias étrangers car ils ne parlent pas assez des massacres commis contre les civils. Le problème est que les journalistes travaillent aux côtés des militaires, et qu'ils ne voient que ce que l'on veut qu'ils voient. Nous, de notre côté, nous recevons des tonnes d'images et d'informations en provenance des sites tamouls. Dans les deux cas, c'est de la propagande. Pourtant, ce qui est sûr c'est que des civils sont massacrés en ce moment même. On ne peut pas parler de bavures, car des hôpitaux et des écoles sont systématiquement visés."

"Les Tamouls de l’étranger vivent une sorte de dépression collective"

Kumar est un jeune Tamoul réfugié politique en France.

Les Tamouls de l'étranger vivent une sorte de dépression collective. Certains craquent et parlent de repartir au pays, même s'ils savent très bien qu'ils ne peuvent pas. Chaque famille organise une veillée funéraire lorsque l'un des siens meurt au pays. J'ai moi-même assisté à quatre veillées ce mois-ci. En plus de la tristesse, nous ressentons une humiliation. Même si nous n'étions pas supporters des Tigres, nous étions fiers de leurs victoires. Les Tamouls sont dénigrés au Sri Lanka. Notre langue n'est pas reconnue par l'Etat, et nous ne sommes pas considérés comme les égaux des Singhalais. Mon peuple est au Sri Lanka depuis plus de 2 000 ans, mais nous ne nous sentons pas sri-lankais et nous ne reconnaissons pas le président comme notre président.

La défaite du LTTE est très dure à vivre pour nous tous. Mais si le gouvernement croit que ce conflit, qui dure depuis 25 ans, va s'arrêter avec une victoire militaire, il se trompe. Il suffit de voir ce qui se passe en Irak. Le conflit a des racines politiques et c'est par la politique uniquement qu'il peut être réglé."