FRANCE

"Je suis dans la merde"

Depuis le 19 décembre 2008, Michel Tudeng n'a plus de travail. Il fait partie des quelque 80 intérimaires du site d'ArcelorMittal, dans l'est de la France, dont la mission n'a pas été reconduite à la fin de l'année. Lire la suite...

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Depuis le 19 décembre 2008, Michel Tudeng n'a plus de travail. Il fait partie des quelque 80 intérimaires du site d'ArcelorMittal, dans l'est de la France, dont la mission n'a pas été reconduite. Michel est d'autant plus peiné que le 4 février 2008, le président Nicolas Sarkozy s'était engagé à maintenir l'activité de l'aciérie dans sa totalité. Aujourd'hui, Michel s'estime floué et accuse le chef de l'Etat d'avoir menti. Il a surtout du mal à s'en sortir financièrement. Sa femme aussi est au chômage.Michel Tudeng était intérimaire chez ArcelorMittal depuis 28 mois.

J'ai saisi les prud'hommes parce qu'ils ne peuvent pas faire travailler un intérimaire plus de 18 mois. Je veux vraiment gagner ce procès car ils m'ont pris pour un con.

On est à peu près 80 intérimaires laissés sur le carreau. Certains d'entre eux ont été rappelés par Arcelor mais ils ont 15 jours de chômage technique en février et en mars.

Financièrement, je suis dans la merde. Fin janvier, j'ai touché 810 euros, soit 57 % de mon salaire journalier de base. Ce qui revient à dire que j'ai touché 28,95 euros par jour. Franchement, c'est pas beaucoup. Ma femme est au chômage depuis le mois d'août. Son salaire de commerciale était plus bas que le mien mais elle touche un meilleur chômage que mois : 950 euros par mois. Alors, je vais aller aux Assedics. Je me dis que, peut-être, ils ont fait une erreur.

On s'en sort pas, c'est la catastrophe. Cela fait trois mois qu'on n'a pas payé notre loyer (680 euros par mois avec les charges). On va être aidés par un organisme (Cilgere, à Metz) qui va rembourser notre propriétaire. On devra le rembourser à hauteur de 57 euros par mois. Je rembourse aussi Loca-Pass [l'organisme d'aide au logement] qui m'a déjà avancé la caution des trois mois. Je rembourse 35 euros chaque mois. J'ai aussi les impôts à payer 80 euros par mois. Pour les courses, on va chez Norma, un supermarché discount un peu amélioré pour l'alimentation et les produits d'entretien. Notre budget est de 90 euros par mois pour trois. On s'est quand même bien restreints sur la viande et le poisson.

On se serre aussi la ceinture pour les vacances de février. On va aller à la piscine, ça coûte pas cher. Et on va aussi aller au parc d'Amneville. Une amie va nous prêter sa carte. Tout ça, c'est pour le gosse. Moi, si je fais rien, je m'en fous.

Je suis à découvert ce mois-ci, mais j'ai pas le choix. Les banquiers, eux, veulent rien savoir. La dernière fois, on était dans le rouge de 500 euros, j'avais dû passer par une assistante sociale. La CAF [Caisse d'allocations familiale] nous avait aidés à couvrir notre découvert. Mais c'est pas un don, tout ça faut le rembourser !

Pour moi, la sidérurgie, c'est fini. En deux ans et quatre mois, j'ai jamais été embauché mais les autres intérimaires qui ont été recrutés après moi sont aujourd'hui salariés. C'est le piston. C'est comme ça que ça marche de toute façon. J'ai un contact qui m'a donné une piste pour devenir agent de sécurité au Luxembourg. Je vais essayer."

 

FRANCE 2 - 4 février 2009

Retrouvez le témoignage de Sophie D., "Virée en un quart d'heure"