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"Slumdog Millionaire" : une succession de clichés ?

Le film "Slumdog Millionaire" du Britannique Danny Boyle, succès cinématographique mondial, a reçu un accueil plutôt tiède en Inde. Des critiques qui portent sur un scénario aux ficelles un peu grosses et sur la succession de clichés qui émaillent cette fresque de la misère en Inde. Nos Observateurs sont allés vérifier sur place...

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Photo: Akshay Mahajan

Le film "Slumdog Millionaire" du Britannique Danny Boyle, succès cinématographique mondial, a reçu un accueil plutôt tiède en Inde. Des critiques qui portent sur un scénario aux ficelles un peu grosses et sur la succession de clichés qui émaillent cette fresque de la misère en Inde.

Le héros de "Slumdog Millionaire", un enfant du bidonville de Dharavi, à Bombay, décroche le jackpot en participant au "Qui veut gagner des millions ?" local. Cet illettré tire les réponses aux questions de ses expériences personnelles, prétextes à des scènes de flash-backs qui exposent la pauvreté, la violence et les conditions de vie déplorables des populations.

Le film a déjà raflé cinq Golden Globes et compte pas moins de onze nominations aux BAFTA Awards, l'équivalent britannique des Oscars.

En Inde, cette production made in England, dont le scénario s'inspire du best-seller "Q and A" du diplomate et écrivain indien Vikram Swarup, est loin de faire la même unanimité.

Sur ce blog  on lit que le film est "une collection de clichés sur la noirceur du tiers-monde pour le plaisir d'un public du Premier monde".

Nos Observateurs se sont rendu sur les lieux du tournage, dans le bidonville de Dharavi. Et sur place, la réalité semble dépasser la fiction.

La bande annonce de "Slumdog Millionaire"

"Ils sont ravis de voir qu’après la sortie du film beaucoup de touristes sont venus visiter leur maison"

Anuja Gupta est allé à Dharawi le week end dernier afin d'y récolter des réactions après la sortie du film.

Nombre de personnes que j'ai interrogées m'ont répondu que la vie de Jamil [le héros du film, ndlr] était un peu dramatisée. Mais ils sont contents de savoir que leur bidonville a été montré sous un autre angle. Ils sont ravis de voir qu'après la sortie du film, beaucoup de touristes sont venus visiter leur maison pour voir comment c'était en réalité. Les enfants en particulier sont très excités, ils veulent tous être Jamil. En ce qui concerne l'avenir de leurs enfants, les parents ne veulent pas qu'ils souffrent comme ils ont souffert.  Beaucoup de potiers ne tiennent pas à ce que les enfants reprennent l'entreprise familiale."

"Un film comme 'Slumdog Millionaire' déforme la réalité pour qu’elle colle à l’histoire"

Akshay Mahajan est photographe. Il est originaire de l'Etat de Maharashtra, où se trouvent Bombay et le bidonville de Dharavi.

Une boulangerie de fortune à Dharavi.

Les tuyaux d'évacuation des eaux usées atterrissent dans le quartier 13 de Dharavi.

Des enfants jouent sur les tuyaux dans le quartier 13. 

Un garçon qui gagne sa vie en récupérant de la peinture.

Des enfants jouant à proximité d'égouts.

Personnellement, j'ai l'impression que ces commentaires acerbes [de la critique indienne, ndlr] sont dus à une certaine ignorance concernant les villes et leurs bidonvilles en Inde.

La dure réalité des bidonvilles de Bombay, telle qu'elle est montrée dans le film, existe. Mais en même temps, un film comme 'Slumdog Millionaire' déforme la réalité pour qu'elle colle à l'histoire.

Dans le film, on voit Jamil emprisonné dans un soi-disant 'orphelinat', qui est en fait la façade d'une mafia qui exploite de jeunes mendiants, et je ne pense pas que ça existe. Ensuite, les émeutes durant lesquelles la mère de Jamil est tuée ont effectivement eu lieu, si toutefois l'écrivain fait référence à celles qui se sont déroulées à Bombay en 1992.

Le film se veut réaliste mais en même il raconte une incroyable histoire d'amour. Je ne pense pas que ce soit le meilleur moyen de comprendre les bidonvilles.

Mais c'est vrai qu'en marchant dans les ruelles on sent l'espoir. Les pauvres d'Inde viennent ici pour travailler, à la recherche d'un nouveau départ."

"L'âme du film est indienne"

Loveleen Tandan est co-réalisatrice du film.

[Le titre] n'avait pas l'intention d'insinuer que tous les Indiens sont des chiens. Pour ce qui est de savoir dans quelles mesures le film est indien, et bien... son âme est indienne. Une histoire indienne, écrite par un diplomate indien, avec un style qui est célébré dans le cinéma indien depuis des années. En fait, quand j'ai lu le script pour la première fois, j'ai eu l'impression de voir un hommage aux grands Salim et Javed [duo de réalisateurs célèbre dans le cinéma indien, ndlr]. Mis à part Dev Patel [acteur principal], tout le casting est indien et une grande partie de l'équipe, comme le montre le générique final, est indienne. Quatre des dix nominations - dont  trois pour A. R. Rahman [le comédien qui joue le chef de la mafia] et une pour Resul Pookuty [opérateur du son] reviennent à des Indiens."

"La peinture qu'a faite Danny Boyle est réaliste"

Soumir Kar, un de nos Observateurs à Bombay a photographié Dharavi en 2006, avant le tournage du film.

Un garçon prend son bain du matin.

Un garçon fait des petits paquets de riz pour préparer le Tiffin [déjeuner léger] de la classe ouvrière de Bombay. Les Tiffins seront livrés par les dabbawallahs [des livreurs qui ne sont pour la plupart jamais allés à l'école].

 

De ce que j'ai vu de Dharawi, la peinture qu'en a faite Danny Boyle est réaliste. Oui, c'est négatif. Mais si le gouvernement met en valeur les critiques, c'est parce que le film donne à voir la réalité. Mais si les politiciens indiens n'ont pas de problème à laisser les gens dans une telle pauvreté, alors ils ne devraient pas avoir de problème à la montrer non plus."