Des radicaux hindous ont fait une descente, samedi dernier, dans un bar de Mangalore, dans le sud-ouest de l'Inde, pour en expulser à coups de pied et de gifle les jeunes filles "déviantes" qui y buvaient un verre.

Source : Daijiworld tv

L'attaque a été menée dans l'après-midi par le Sri Ram Sena (l'Armée du seigneur Ram - Lord Ram's Army), un groupe de fondamentalistes religieux qui combat pour la "moralité féminine", contre les conversions religieuses, les couples de différentes confessions et même la Saint-Valentin, perçue comme une fête occidentale. Cet incident a relancé un débat en Inde sur la "culture des pubs" et sur la place de la femme dans la société indienne. Le ministre indien de la Santé, Anbumani Ramadoss, a condamné cette descente, tout en reconnaissant que ce type d'établissement ne cadrait pas avec le mode de vie indien. Le quotidien local Hindustan Times a quant à lui rétorqué, dans un éditorial, que les extrémistes hindous "prônent des valeurs misogynes et liberticides qui sont plus proches qu'il n'y paraît de celles des Taliban". 

Vidéo transmise par l'un de nos Observateurs indiens

"Aucune des familles des victimes n'a osé témoigner contre les responsables de cette attaque"

Margaret Dabreo est travailleuse sociale à Mangalore. Elle a participé à des manifestations pour protester contre l'attaque des extrémistes hindous.

Ce genre d'incident s'est déjà produit et pourtant les membres du Sri Ram Sena n'ont pas été inquiétés. Quoiqu'en dise le BJP [parti nationaliste hindou, principale force d'opposition, ndlr], ce groupe fait partie de leur famille politique. La culture à Mangalore est en train de changer sous l'influence des extrémistes. Depuis cet incident, les mères ont peur pour leurs filles ? Pourtant, aucune des familles des victimes n'a osé témoigner contre les responsables de cette attaque."

"Les filles ont peur de se montrer en public avec des garçons"

Prabha Kamat, 44 ans, vend des objets d'art à Mangalore.

Un ami à moi, qui habite dans le nord de l'Inde, m'a dit que cela ne pourrait jamais arriver chez lui. J'ai eu terriblement honte. En six mois, il y a eu 14 incidents du même type à Mangalore, mais c'est la première fois que cela fait la une des médias. Les filles ont peur de se montrer en public avec des garçons, surtout s'il est d'une autre religion. A Mangalore, nous sommes plutôt cools normalement, mais là s'en est trop et c'est pour cela que des femmes ont décidé de se révolter [des manifestations de femmes ont eu lieu à la suite de la descente, ndlr]."

"S'ils veulent respecter notre culture, qu'ils commencent par respecter les femmes"

Poorvi, 18 ans, est étudiante à Mangalore. Certaines de ses amies étaient dans le pub le jour de l'incident.

Cette police des mœurs autoproclamée attaque souvent les couples qui fricotent dans les rues de la ville. Mais Mangalore a toujours été un havre de liberté pour les jeunes. Cette descente est tout simplement ridicule. Ils considèrent vraiment les femmes comme inférieures ! Maintenant, on ne va plus se sentir en sécurité. S'ils veulent respecter notre culture, qu'ils commencent par respecter les femmes. Nous sommes dans une démocratie et ils n'ont pas le droit de forcer les gens à faire ce qu'ils veulent."