En juillet dernier, Nicolas Sarkozy, qui s'apprêtait à faire passer une loi sur le service minimum dans les transports publics, annonçait : "Désormais, quand il y a une grève en France personne ne s'en aperçoit." La grève de jeudi n'est pourtant pas vraiment passée inaperçue.

Les transports en commun ont été fortement perturbés jeudi, mais le service minimum instauré par le président français, en août 2007, a tout de même fonctionné. Par exemple, à Paris, un métro sur deux a continué de rouler.  Peut-on dire pour autant que la grève est passée inaperçue ? Selon un responsable syndical français (François Chérèque - CFDT), il s'agissait des "plus grandes manifestations de salariés depuis une vingtaine d'années". Les chiffres oscillent, en effet, entre 1,1 (selon la police) et 2,5 millions (selon le syndicat CGT) de manifestants dans toute la France. Une mobilisation contre la politique sociale du gouvernement, sans précédent depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy.

A Clermont-Ferrand

 

Photos par Hippolytephotography sur Flickr.

La manifestation à Paris

 

Place de la Bastille. Photos par Celine.E sur Flickr.

"Une grève ne crée plus un mouvement de panique"

Dominique Pinson est responsable d'une chaîne de magasins de proximité. Il est aussi membre du conseil national de l'UMP.

"En dehors de la manifestation, Paris était vide comme au mois d'août. On s'aperçoit de la grève parce qu'elle bloque l'activité de la France. Sur une journée comme hier, je remarque une nette baisse de fréquentation dans mes magasins.

Par contre, ce qui est  vraiment différent, c'est qu'aujourd'hui une grève ne crée plus un mouvement de panique. J'ai pris le métro et je n'ai pas vu de foule sur les quais, comme c'était le cas avant. Les gens ont pris leurs précautions et se sont organisés. Beaucoup ont pris leurs RTT et sont restés chez eux. Ils n'ont plus envie d'affronter toutes les galères d'un jour de grève. Je ne pense pas que ce soit le service minimum dans les transports ou dans les écoles qui ait changé grand chose. Tout le monde sait que ce n'est pas efficace pour le moment."

"Les Français ont répondu clairement à Sarkozy"

Arnaud Anciaux est étudiant en droit à Paris II et membre du Mouvement des jeunes socialistes.

"J'étais au rendez-vous à 14h, à Bastille. Et je peux vous dire que la mobilisation a été bien plus forte que ce qu'osaient espérer les partis politiques et les syndicalistes. La préfecture de police a annoncé le chiffre ridicule de 65 000 manifestants à Paris, mais on était 300 000 à manifester à Paris. A 19h30, le cortège était toujours en train de défiler au niveau du métro Filles du Calvaire. Il y avait des personnes âgées, des jeunes, des fonctionnaires, mais aussi beaucoup d'employés du privé. Une vraie mobilisation ! Les Français ont répondu clairement à Sarkozy."

 

Photo par Arnaud Anciaux.

"Quand on voit ce qui s'est passé à l'étranger, comme en Grèce, on est inquiets"

Remi  Martial est membre de l'Union nationale inter-universitaire (UNI) et porte-parole de Stop la grève.

"Le service minimum a bien fonctionné, mais il a besoin d'être renforcé car si les mobilisations persistent, cela ne suffira plus. On était hier matin à la gare Saint-Lazare pour distribuer des tracts antigrèves, parce qu'on sent bien que le mouvement peut devenir beaucoup plus sérieux. Et notamment s'il prend dans les facs. J'ai discuté avec un représentant de l'Unef qui me disait qu'une véritable contestation se met en place. Il y a une montée de l'extrême gauche, avec la crise, la contestation est générale et très politique.  Et quand on voit ce qui s'est passé à l'étranger, comme en Grèce, on est inquiets."