ITALIE

Les boutades de Berlusconi : sexiste ?

Tollé en Italie après cette déclaration du Premier ministre Silvio Berlusconi : il y aurait trop de "jolies filles" en Italie pour les protéger du viol, faute de "soldats pour les escorter". Sexiste ou plaisantin ? Nos Observateurs en Italie commentent la dernière bourde en date du roi des gaffeurs.

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Tollé en Italie après cette déclaration du Premier Ministre Silvio Berlusconi : il y aurait trop de "jolies filles" en Italie pour les protéger du viol, faute de soldats pour les escorter. Sexiste ou plaisantin ?

En réponse à une série de viols particulièrement brutaux commis à Rome ces dernières semaines, le Premier ministre italien a annoncé que 30 000 soldats seraient déployés pour sécuriser les rues des grandes villes italiennes. La mesure ne fait pas l'unanimité : les 3 000 soldats déjà en poste dans les rues italiennes ne sont pas parvenus à baisser le taux de  criminalité du pays, et certains prétendent que Berlusconi veut créer un État policier. Mais ce qui agaça plus que tout fut la boutade du Premier ministre, qualifiée de "profondément choquante " par la députée d'opposition et ancienne ministre Giovanna Melandri. Ce n'est pas la première fois que le Premier ministre se fait épingler pour ses remarques sexistes. Mais il n'est pas le seul : en réponse à sa dernière déclaration, Alessandra Mussolini, la petite-fille du dictateur fasciste, a dit que "si l'Italie a autant besoin de soldats c'est parce qu'il y a trop de brutes".

 

Les internautes réagissent

"Vous avez vu cette vilaine fille. Elle en a de la chance - elle peut se promener sans escorte!"

Postée sur Flickr le dessinateur  Livio Bonino.

 

Montage par "edoardo.baraldi". Sur la gauche, le ministre des affaires publiques Renato Brunetta et sa compagne, un designer italien.  

"Ma réaction a été de rire (...) Je ne donne pas d'importance aux plaisanteries occasionnelles, mais aux questions de fond"

Caterina Carosi est collaboratrice au Sénat pour le "Peuple de la liberté", le parti de Berlusconi actuellement au pouvoir. Elle travaille sur les droits de l'homme.

C'est un non-évènement qui a pour seul but de montrer du doigt le gouvernement. Plutôt que de commenter la plaisanterie, je préfère m'arrêter sur la démystification orchestrée par les medias et par l'opposition. Le vrai problème, c'est la façon dont les médias choisissent les sujets dont ils vont parler. Ils se focalisent sur le côté léger de certaines déclarations, et finissent par en oublier les discussions politiques. Berlusconi a dit beaucoup de choses sur ce que fera son gouvernement pour régler ce problème. Mais les journalistes préfèrent insister sur ses blagues.

Les autres pays font certainement plus attention au politiquement correcte, et je ne critique pas leurs choix, mais ils devraient  comprendre que notre approche de la politique est parfois différente. Alors s'ils parlent des plaisanteries, qu'ils parlent aussi des décisions politiques.

Ma réaction a été de rire, c'est peut-être du aux conditions dans lesquelles je travaille. Ici au parlement, on travaille beaucoup et sur des sujets sérieux, alors je ne donne aucune importance aux plaisanteries occasionnelles. Je ne pense pas que Berlusconi soit sexiste. Le gouvernement non plus d'ailleurs."

"Ses déclarations sur le viol ne traduisent pas du tout les vues de la majorité."

Cynthia Martens est auteure et traductrice free-lance. Elle habite à Milan, où elle travaille dans la communication. 

Berlusconi, fait régulièrement des commentaires qui horrifient les Italiens, et ses déclarations sur le viol ne traduisent pas du tout les vues de la majorité. Mais même si elles sont prises sur le ton de la plaisanterie, ses propos sont choquants parce qu'ils sous-entendent les points suivants : premièrement,  les femmes sont violées parce qu'elles sont belles. Deuxièmement, seules les (jeunes) femmes sont violées. Troisièmement, le viol répond à la recherche de satisfaction sexuelle. Quatrièmement, face à une très jolie fille, les hommes ne peuvent s'empêcher de la violer, c'est plus fort qu'eux.

Or tous ces sous-entendus sont entièrement faux. Hommes, femmes et enfants de tous les ages, qu'ils soient beaux ou laids, peuvent-être violés. Le but d'un viol n'est pas la satisfaction du désir, mais l'expression du pouvoir. En outre, la supposition que les hommes sont incapables de se retenir, de maîtriser leurs désirs, est insultante. La plupart des hommes ne sont pas des violeurs.

J'ajouterai que Berlusconi fait preuve d'une logique incorrecte lorsqu'il prétend qu'on ne peut pas faire grand chose parce qu'il y aura toujours des violeurs. Il y a toujours eu des violeurs, comme il y a toujours eu des meurtriers et des voleurs. Cela ne veut pas dire pour autant qu'ils doivent agir impunément, ni que la loi les protège."