Image: Oli Kristinn.

Le gouvernement islandais est tombé hier, victime de la crise financière et de mouvements de protestation de plus en plus violents. Parole à des Islandais en colère. 

La situation économique de l'île est catastrophique : le chômage pourrait passer de 1% à 10%, en 2009, et l'inflation galope. Les Islandais ne sont pas coutumiers des mouvements sociaux, mais ils sont aujourd'hui pris à la gorge. Ils sont donc descendus par milliers dans la rue, la semaine dernière, pour demander la démission de leur gouvernement.

L'Islande s'enflamme

Photo : Oli Kristinn

Photo : Oli Kristinn

Photo : Oli Kristinn

 

Une enfant brandit un panneau "nouvelle démocratie". Photo : Inga Helgadottir


"Arrêtez les vautours".Photo : Óli G. Porsteinsson

Photo : Óli G. Porsteinsson

"C'est le genre de chose que l'on voit davantage dans les rues de Paris"

Heimir Karlsson anime une émission de radio à Reykjavik.

"On n'est pas habitué à ces manifestations. On a même pas d'armée ! C'est le genre de chose que l'on voit davantage dans les rues de Paris. Même s'il y a beaucoup de colère, on ne cautionne pas ce genre d'acte. C'est une minorité qui a été violente - quelques dizaines parmi des milliers de manifestants. Les autres essayaient de construire un mur de protection pour les policiers. Et j'ai entendu que certains prévoyaient de manifester contre les manifestations [violentes]. Il n'y 'a qu'en Islande que l'on voit ça !

Mais avec nos ressources naturelles et notre agriculture ultraperformante, personne ne va avoir froid ou faim. Et puis, on a plein de poissons ! Les deux années qui arrivent seront dures, mais on s'en sortira."

"La température ici ne permet pas d'être sans abris"

Kitty Von Sometime vit à Reykjavik.

"Beaucoup de gens que je connais sont allés manifester. Pour certains, je ne m'y attendais pas du tout. Les gens sont furieux contre le gouvernement parce que les fondations de notre pays se sont écroulées. Les banques saisissent les maisons et le nombre de logements sociaux va être divisé par deux. Or ici, la température ne permet pas d'être sans abris. Des gens peuvent mourir.

Les propriétaires sont aussi désespérés. Ils ne trouvent plus de locataires, ils baissent les loyers, mais les mensualités de leurs emprunts augmentent trop. Aujourd'hui, mon loyer ne rembourse pas les frais de mon propriétaire. Les gens disent qu'on a l'impression d'être retourné trente ans en arrière. Il y a plein de produits qu'on ne trouve plus. Parfois, je vais faire mes courses et le magasin a tout bonnement fermé. Ça devient effrayant."

"Un peu comme dans Matrix : Tu te réveilles et tu réalises que tout ça n'était qu'un mensonge"

Páll Ívarsson est concepteur de jeux vidéos à Reykjavik.

"L'écroulement du système financier a été une grosse claque. Un peu comme dans Matrix : tu te réveilles et tu réalises que tout ça n'était qu'un mensonge.

Et maintenant les gens sont en colère. En colère d'avoir été abandonnés, dans le froid, au moment où il fallait payer la note après cette grande fête. En colère contre le gouvernement, qui ne dit pas ce qu'il compte faire pour stabiliser le pays. C'est seulement maintenant que la violence éclate, car c'est seulement maintenant que la plupart des gens sentent les effets de la crise. Après trois mois, ils perdent leur maison, leur travail, leur famille. Mon loyer a augmenté de 30 à 40%. Les épiceries ont augmenté leurs prix de 40%. Et même si je n'ai ni hypothèque ni voiture, je me retrouve avec moins d'argent dans la poche. Mais je n'excuse en rien les actes violents de certains. Ayant moi-même été aspergé de gaz lacrymogène lors des manifestations, je me sens particulièrement concerné."