ITALIE

Immigrés, intégrez-vous !

Une nouvelle campagne officielle sur l'immigration couvrent les murs des villes italiennes. Un pizzaiolo égyptien, une servante philippine et un ouvrier sénégalais portent le même message : vous avez le droit de vivre en Italie, mais à condition de vous intégrer. Des affiches qui ne plaisent pas à tous nos Observateurs italiens. Voir la campagne et lire la suite...

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Une nouvelle campagne officielle sur l'immigration couvrent les murs des villes italiennes. Un pizzaiolo égyptien, une servante philippine et un ouvrier sénégalais portent le même message : vous avez le droit de vivre en Italie, mais à condition de vous intégrer. Des affiches qui ne plaisent pas à tous nos Observateurs italiens.

Sur ces affiches, chaque travailleur immigré clame un vieil adage en langue locale (napolitain, milanais, etc.). On peut également y lire : "Respecter la loi italienne facilitera votre vie et celle de vos proches. Vivre en Italie est votre droit, mais cela dépend de vous. Consultez le manuel pour l'intégration." Pour certains, c'est un bon message adressé aux immigrés, qui doivent impérativement intégrer la culture et la langue italienne. Pour d'autres, cette campagne est caricaturale. Elle viserait surtout à rassurer les Italiens de souche et ferait passer un message douteux : faut-il abandonner sa culture et devenir un "vrai" Italien pour mériter le droit d'asile ?

Ce billet a été rédigé avec la collaboration de notre Observateur à Milan, Alberto Celani

Le pizzaiolo égyptien

"Personne ne nait en sachant tout. Wassef, Egypte, est napolitain depuis trois ans".

La servante des Philippines

"Ca ne fait pas mal, n'aie pas peur. Patricia, Philippine, est romaine depuis cinq ans".

L’ouvrier sénégalais

"Je suis ici pour travailler. Aziz, Sénégal, est milanais depuis cinq ans".

"Les immigrés doivent avoir conscience de leurs devoirs envers l'Italie"

Sokol Dhana est un Albanais vivant en Italie depuis sept ans. Il est diplômé en informatique de l'université de Biococca, à Milan.

Je pense que ces affiches auraient dû être faites il y longtemps. L'Italie n'était pas préparée à cet afflux d'immigration et il est salutaire de lancer des campagnes qui facilitent le processus d'intégration. Les étrangers devraient être perçus comme une communauté utile et non pas dangereuse. Or la plupart des Italiens n'entendent parler des immigrés que lorsqu'il y a des crimes.

En même temps, je pense que les immigrés doivent avoir conscience de leurs devoirs envers l'Italie. J'adore donc l'idée de faire parler des immigrés en langues locales. C'est un exemple parfait d'intégration, mais sans contrainte. Tout le monde peut apprendre ces langues, pour mieux s'intégrer, mais ce n'est obligatoire ni à l'école ni à l'université.

Ces affiches sont un bon moyen de convaincre les deux parties qu'elles ont tout intérêt à vivre ensemble."

"Il s'agit simplement de rassurer l'opinion publique"

Maurizio Pagani est président d'"Opera Nomadi", une association d'aide aux Roms.

Cette campagne du gouvernement est représentative d'une nouvelle tendance assimilationniste qui oublie la nécessité d'un échange entre les cultures et d'une meilleure compréhension du phénomène migratoire. C'est aussi une tentative d'uniformiser les personnes, leur mode de penser et de s'exprimer, pour correspondre à un idéal italien (comme le revendique la Ligue du Nord), qui d'ailleurs n'existe pas. Cette campagne s'insère dans un ensemble de nouvelles lois destinées à discriminer de façon systématique les immigrés (exemple : la hausse du coût du permis de séjour, le taux d'imposition discriminatoire pour la création d'entreprise, etc.).

 

En même temps, le gouvernement est totalement sourd aux réels besoins sociaux des immigrés. De toute évidence, ce type de campagne n'est d'aucune utilité concrète pour les immigrés ; il s'agit simplement de rassurer l'opinion publique et de renforcer l'idée que les immigrés constituent une menace pour les Italiens (pour le marché du travail, la couverture sociale, la culture et les valeurs)."