ISRAËL - FRANCE

Sarkozy et Israël

L'un de nos Observateurs en Israël, Joel Schalit, nous fait parvenir son analyse de la politique de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de l'Etat hébreu. Il salue l'initiative actuelle du président français, tout en rappelant que ce sont les Etats-Unis qui restent le pays le plus influent sur Israël. Lire la suite...

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L'un de nos Observateurs en Israël, Joel Schalit, nous fait parvenir son analyse de la politique de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de l'Etat hébreu. Il salue l'initiative actuelle du président français, tout en rappelant que ce sont les Etats-Unis qui restent le pays le plus influent sur Israël.

Le jugement de l'analyste américain Anthony Cordesman a été, sans surprise, pessimiste. Lorsque la BBC lui a demandé si Israël accepterait un plan de cessez-le-feu conçu par le président français Nicolas Sarkozy, il a répondu que les démarches diplomatiques des Européens importaient peu. Selon lui, les opérations militaires d'Israël ne cesseront que lorsque ses forces armées auront accompli tous les objectifs qui leur ont été assignés. Le spécialiste a ajouté, houspillant gentiment son intervieweur, qu'Israël n'arrêterait que si les Etats-Unis l'ordonnaient.

Le scénario est familier. La question posée à Cordesman était de savoir ce qui pourrait mettre fin aux opérations israéliennes à Gaza. La réponse du spécialiste aurait pu être la même pour n'importe laquelle des nombreuses campagnes militaires lancées par Israël ces 30 dernières années (au Liban, à Gaza et en Cisjordanie pendant l'Intifada d'Al-Aqsa). C'est la même chose qui arrive aujourd'hui : le nombre des victimes arabes augmente, les Européens demandent officiellement à Israël d'agir avec modération, tandis que les délégués arabes et européens aux Nations unies travaillent sur un projet de cessez-le-feu. Les Américains, pendant ce temps, protègent Israël.

Pourtant Israël vient tout juste d'accepter de mettre en place un cessez-le-feu quotidien de trois heures, pour permettre aux habitants de Gaza d'obtenir des ravitaillements de secours par le biais de corridors. Hors, bien qu'éloignée du cessez-le-feu total recherché par Sarkozy, cette initiative est le résultat de la pression combinée de ses activités diplomatiques et de l'intense embarras d'Israël après la mort de 40 civils, la plupart des enfants, tués la veille par son armée. Ce cessez-le-feu était le prix à payer pour cette erreur. Mais mentionnons également, car ce n'est pas négligeable, le fait que les Américains ont donné leur bénédiction à cette initiative.

"Ses efforts resteront emblématiques

d'une implication accrue de l'Europe"

Au moment où je rédige ce texte [mercredi soir], l'initiative diplomatique du président français recevait un large soutien international. La proposition de Sarkozy consiste en deux points : le déploiement de forces internationales pour localiser et détruire les tunnels de contrebande à la frontière avec l'Egypte (qui permettent au Hamas de faire entrer ses armes à Gaza) et envoyer une force navale dirigée par les Français pour patrouiller au large des côtes de Gaza. Cette proposition rappelle la solution imposée au Liban il y a deux ans. A la différence qu'aujourd'hui des mesures plus fortes pourraient être prises pour stopper le flot d'armes du Hamas.

Finalement, quel que soit le résultat obtenu par Sarkozy, ses efforts resteront emblématiques d'une implication accrue de l'Europe dans les efforts de paix au Proche-Orient au cours des dernières années de l'administration Bush. Depuis l'intégration de troupes européennes consistantes au sein des forces de la Finul au Sud-Liban en 2006, dans le but de créer une zone tampon entre Israël et le Hezbollah, les gouvernements européens ont essayé de jouer un rôle plus important dans le conflit israélo-arabe. Sous Nicolas Sarkozy, la France s'est donnée beaucoup de mal pour devenir un acteur permanent dans la zone.

L'effort de la France pour se positionner en tant qu'arbitre entre Israël et ses voisins arabes est particulièrement important pour l'establishment politique israélien. Israël et la France étaient en effet des alliés diplomatiques et militaires jusqu'à la guerre des Six Jours (1967), lorsque le président français Charles de Gaulle a décidé de suspendre son aide militaire à Israël après sa prise de contrôle des territoires arabes. Depuis, l'Etat hébreu se lamente d'avoir été laissé tombé par l'Europe et espère un rapprochement, mais à ses propres conditions. 

"L'Europe (...) remplit tout simplement

le vide laissé par les Etats-Unis"

Le gouvernement israélien actuel a fait bon accueil à l'initiative diplomatique de Nicolas Sarkozy. Pour les dirigeants du pays, il s'agit d'une opportunité de rapprocher Israël de l'Europe, après presque quarante ans sous la protection quasi exclusive des Etats-Unis. Pendant le mandat de président de l'Union européenne de Sarkozy, l'UE a clairement amélioré sa relation avec Israël, notamment en lui attribuant le statut d'observateur de l'Union européenne et en établissant des liens plus forts en matière économique, de défense et de sécurité. Il serait difficile de ne pas lier ces changements dans l'attitude de l'Europe aux ambitions de politique étrangère de Sarkozy.  

Pour autant, en dépit de ce rapprochement avec Israël, il semble évident que l'Europe, menée par ses Etats-membres les plus agressifs, remplit tout simplement le vide laissé par les Etats-Unis, qui réduisent leur présence en Irak et se recentrent sur leurs problèmes intérieurs, liés à l'effondrement des secteurs bancaire et immobilier.

Entendre la chancelière allemande mettre la situation actuelle "clairement et exclusivement" sur le dos du Hamas, et le ministre tchèque des Affaires étrangères Karel  Schwarzenberg dire que le "Hamas s'est exclu lui-même d'un dialogue politique sérieux", est en effet tout sauf encourageant. Cela dit, on peut espérer que de telles déclarations sont stratégiques et n'indiquent pas que l'Europe va adopter une vision typiquement américaine de la politique israélienne. Merkel voulait peut être rassurer les politiques israéliens qui voudraient que leurs nouveaux partenaires européens aient l'air plus américains que les Américains eux-mêmes.

Sarkozy et le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ont fait autant de déclarations "pro-Israël" que les Etats-Unis, par exemple en menaçant l'Iran d'une action militaire. Mais le cessez-le-feu obtenu mercredi est déjà à des années lumières de tout ce dont les Etats-Unis auraient pu rêver pendant les huit dernières années. Espérons qu'ils auront beaucoup d'autres initiatives de ce genre."