TERRITOIRES PALESTINIENS - ISRAËL

Gaza : une guerre à huis clos

L'armée israélienne contrôle étroitement la couverture médiatique de son offensive, interdisant notamment aux journalistes d'entrer dans Gaza, tandis que les médias pro-palestiniens tournent en boucle sur des photos de cadavres.

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Image : The Electronic Intifada 

L'armée israélienne contrôle étroitement la couverture médiatique de son offensive, interdisant notamment aux journalistes d'entrer dans Gaza, tandis que les médias pro-palestiniens tournent en boucle sur des photos de cadavres.

Les médias internationaux disposent de très peu d'images en provenance de Gaza. L'armée israélienne ne communique que les vidéos de ses frappes et interdit aux journalistes d'accéder à la zone de conflit - même si l'armée israélienne a promis de laisser huit d'entre eux pénétrer prochainement dans la ville. Côté Web, les connexions Internet sont coupées, donc peu d'images amateurs filtrent sur la Toile. Par conséquent, les médias se reposent presque exclusivement sur les quelques journalistes qui étaient sur place avant l'offensive, (dont Radjaa Abou Dagaa, correspondant de France 24, qui témoigne ici) et sur des contacts téléphoniques sporadiques, pour s'informer de la situation à l'intérieur de la ville. Les sites pro-palestiniens et les télévisions arabes tournent quant à eux en boucle sur des images de cadavres et d'enfants tués sous les bombes israéliennes. La Toile se transforme peu à peu en un champ de batailles entre pro-israéliens et pro-palestiniens. Les commentaires deviennent de plus en plus agressifs et les hackers de tous bords passent à l'attaque.

Nos Observateurs en Israël et à Gaza commentent de l'intérieur cette guerre de l'information. Vous pouvez les contacter sur leur fiche profil.

"Les télévisions israéliennes ne montrent que les vidéos des frappes aériennes fournies par l'armée"

Lisa Goldman est journaliste et blogueuse à Tel-Aviv.

Je regarde à la fois les chaînes arabes, Al-Jazira et Al-Arabia, et les chaînes israéliennes. Le contraste est frappant. Les chaînes arabes font tourner en boucle des images atroces, des corps déchiquetés, des cadavres d'enfants. C'est de la pornographie. Sur les télévisions israéliennes, c'est l'opposé. Elles ne montrent que les vidéos des frappes aériennes fournies par l'armée. Et parfois quelques témoignages de victimes, mais sans illustration. Par exemple, nous ne voyons pas d'images des hôpitaux de Gaza. Il n'y a donc pas vraiment de débat en Israël sur l'aspect moral de cette guerre. Les gens attendent juste de voir si leur armée va être efficace.

Je suis atterrée par l'indifférence des Israéliens. Je parlais hier avec une amie à moi, quelqu'un de bien. Je lui racontais que la fille de 6 ans d'un de mes contacts, un journaliste de Gaza, était en état de choc et qu'elle ne parvenait même plus à marcher. Elle m'a répondu : "Son père n'avait pas qu'à voter pour le Hamas". Après, elle s'est reprise et a précisé qu'elle ne souhaitait pas que des civils souffrent. Mais sa première réaction est révélatrice."

La télé du Hamas piratée

Selon la télévision israélienne Channel 10, les programmes d'Al-Aqsa, la télévision du Hamas, auraient été interrompus hier et momentanément remplacés par les portraits des leaders du Hamas, suivis du message : "Votre temps est compté".

 

"Le premier jour de l’attaque aérienne, j’ai reçu un appel de l’armée israélienne"

Husam El-Nounou est le cofondateur d'une ONG qui monte des programmes de soutien psychiatrique à Gaza.

Le premier jour de l'intervention, j'ai reçu un appel de l'armée israélienne, une voix enregistrée qui donnait les raisons de cette attaque. Et puis un autre hier, pour expliquer que leur intervention contre le Hamas était "une réussite" et me demander de "rester loin des terroristes". Nous n'avons plus d'électricité, donc nous ne pouvons même plus recharger nos téléphones portables. Seules les lignes fixes fonctionnent encore. Nos seules sources d'informations sont les radios locales, Al-Quds et Al Sha'eb. Je pense qu'elles opèrent à partir de studios souterrains ou mobiles."

"Nous avons un correspondant palestinien à Gaza"

Matan Drori est le responsable du service étranger du deuxième quotidien israélien, Maariv, basé à Tel-Aviv.

Les télés israéliennes ne montrent jamais de cadavres, quels qu'ils soient. D'abord parce que nous respectons les morts, ensuite parce que nous ne voulons pas d'images gores sur des chaînes qui sont aussi regardées par des enfants, et enfin parce que ces images ne font que jouer sur les émotions. Même au plus fort de l'Intifada, lorsque des bombes explosaient dans des bus et que des cadavres sans tête gisaient sur le sol, nous n'avons pas montré ces images au public. Que ce soit des cadavres israéliens ou arabes, cela ne change rien.

Nous avons un correspondant palestinien à Gaza. C'est un nationaliste, on ne peut d'ailleurs pas travailler là-bas sans être pro-Hamas. Mais c'est aussi un professionnel. Ça n'est pas facile, mais on arrive à travailler ensemble. Et j'aimerais que les Palestiniens fassent aussi cet effort. Les gens du Hamas sont ravis de parler aux médias israéliens, mais ils refusent de nous écouter."

"Je demande aux internautes (…) de poster un commentaire sur les huit années de tirs de roquettes que nous avons subies"

Niv Calderon soutient l'offensive israélienne en "combattant" sur les réseaux sociaux. Il contribue également à "Aidez-nous à gagner".

Nous luttons pour l'opinion publique. Regardez la BBC, ils sont complètement anti-Israéliens, complètement négatifs. C'est pourquoi je demande aux internautes d'aller sur les sites qui parlent de "500 Palestiniens tués" afin d'y poster un commentaire sur les huit années de tirs de roquettes que nous avons subies. La guerre se mène aussi sur Internet ; cette guerre est multi-plateformes, multilingue et multiculturelle. Nous sommes attaqués aussi. Quelqu'un a repris les photos de la guerre de 2006 contre le Hezbollah que j'avais postées sur Flickr. Et il a ajouté "perdants" et "vaincus" dessus. Je suis fâché et frustré. Alors quand je me suis réveillé samedi, je me suis dit : "On est en guerre, je dois faire quelque chose."

Vu des blogs pro-palestiniens

Source : The Electronic Intifada

 

Source : "Sabbah" sur slide.

 

Vu du Web israélien

A Ashkelon, le 29 décembre 2008. Sur le site The Israel Project.

 

Vidéo postée sur YouTube par l'armée israélienne.