GRECE

La révolte grecque peut-elle enflammer l’Europe ?

Les Grecs ne décolèrent pas, au contraire. Des militants de la gauche radicale ont déployé une banderole sur l'Acropole mercredi pour appeler à une mobilisation au niveau européen. Un nouveau mai 68 est-il en marche en Europe?

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Les Grecs ne décolèrent pas, au contraire. Des militants de la gauche radicale ont déployé une banderole sur l'Acropole mercredi pour appeler à une mobilisation au niveau européen. Un nouveau mai 68 est-il en marche en Europe ?

Les banderoles affichaient leurs messages en quatre langues différentes. La première indiquait simplement "Résistance", la seconde "Le 18 décembre, manifestation de soutien dans toute l'Europe". Elles ont été jugées "inexcusables" par le porte-parole du gouvernement, et la police grecque est intervenue en moins de deux heures pour les faire enlever.

Des étudiants européens nous donnent leur avis sur le mouvement grec et sur sa possible contagion.

Vous aussi, donnez nous votre avis

Postée par "Synaspismo"

"Notre génération est plus réceptive aux résultats du foot qu'à l'injustice sociale"

Jonathan Teuma est étudiant à Madrid.

Au début, on a senti un semblant de révolte et il y a eu quelques altercations avec la police à Madrid et Barcelone. Mais plus personne n'a l'air de s'y intéresser maintenant.

L'apathie politique est assez répandue en Espagne. Il n'y a aucun mouvement organisé qui soutienne les manifestations en Grèce. C'est vrai que nous avons les mêmes soucis, comme le manque de travail et les salaires trop bas. Mais ici, les gens sont plus déçus qu'en colère. On n'aurait jamais atteint le même niveau de violence que là-bas, même si le même événement déclencheur avait eu lieu ici. Notre génération est plus réceptive aux résultats du foot qu'à l'injustice sociale. Tant qu'ils ont de quoi vivre et qu'ils se marrent un peu, ils sont contents. Personne n'a envie de se battre contre les problèmes sociaux."

"Il suffirait d'un débordement policier pour faire exploser la poudrière"

Damien Ramage est étudiant à l'IEP de Paris. Il est le responsable international du syndicat étudiant UNEF.

Nous sommes derrière les étudiants grecs à 200 %. On s'est rassemblé vendredi dernier devant l'ambassade et on a exprimé publiquement notre soutien. Notamment leur demande de démission du gouvernement. La mort de Malik Oussekine [bavure policière pendant une manifestation en 1986] avait abouti à la démission du ministre de l'Éducation.

C'est toute une génération qui est méprisée aujourd'hui en Grèce. Les médias filment les cocktails Molotov lancées par une frange radicale des manifestants, mais c'est l'arbre qui cache la forêt. Nous, on soutient les milliers de manifestants qui sont moins visibles, mais qui se battent pour leurs droits sociaux.

Les gouvernements européens ont peur que la violence ne se propage. Mais de quelle violence parle-t-on ? La violence sociale est déjà partout. Les jeunes la subissent quotidiennement. Avant la génération "700 euros", il y avait la génération CPE. Tous les pays d'Europe sont déjà en lutte. Mais il ne s'agit pas de transposer la violence que connaît la Grèce en France. On ne va pas tout faire brûler parce que ça brûle là-bas.

Mais ce qui est sûr, c'est que que la rentrée de janvier sera très tendue. Comme en Grèce, il suffirait d'un débordement policier pour faire exploser la poudrière créée par la politique de Sarkozy."

"Ce qu'on espère, c'est ne plus voir de policiers se promener avec des armes à feu"

Edd est illustrateur à Londres. Il a prévu de participer à une marche de soutien aux manifestants grecs à Londres samedi prochain.

J'ai fait cette bande dessinée parce que j'ai été très choqué qu'un gamin de 15 ans ait pu être tué par balle. Et cet événement me semble lié à plein d'autres choses qui se passent dans le monde et qui ne devraient pas se passer. La police est la même partout. Ce n'est pas vraiment une force positive.

Londres a connu les mêmes bavures, on se souvient encore de Jean-Charles de Menezes, abattu par un policier en 2005.

Les communautés anarchistes de Londres se mobilisent pour exprimer leur solidarité, mais je doute que ça se transforme en émeutes. Ce qu'on espère, c'est ne plus voir de policiers se promener avec des armes à feu."

 

 

Samedi, un gamin de 16 ans a été tué par balle par un policier à Athènes.

Assassiné dans la rue par un malade en uniforme.

Aujourd'hui, je suis devant l'ambassade de Grèce.

Et je regarde des amis (des camarades ?) détruire le drapeau grec sur le balcon de l'ambassade.

Hier, j'ai regardé "Valse avec Bachir",

Un film israélien sur les massacres de Sabra et Shatila en 1982.

Il y a quatre jours, deux Palestiniens ont été tués par des colons israéliens alors qu'ils travaillaient sur leur terre.

Tous ont été tués par des jeunes imbéciles qui portaient des armes qu'ils n'ont pas le droit d'utiliser.

Et puis, il y a les drones qui tuent en Afghanistan, et dans neuf mois le plus grand marché d'armuriers du monde revient à Londres.

Je suis bien content d'avoir pu exprimer ma solidarité avec Alexis (et avec tous ceux qui résistent en Grèce). Mais je ne peux pas m'empêcher de penser que ce n'est pas assez dans ce monde de m.... !!

"Souvenez vous que ce sont toujours les autorités qui tuent les gens, ce sont toujours les puissants qui tuent les faibles".

Un grand père à son petit fils, phrase entendue par hasard, lors un rassemblement à la mémoire d'Alexis Grigoropoulos.