FRANCE

Centre de rétention de Mayotte : "Un régime d’exception (…) indigne de la République"

Libération.fr a publié aujourd'hui une vidéo prise à l'intérieur du centre de rétention de Mayotte. Les immigrés y dorment à même le sol et vivent dans des conditions d'hygiène d'un autre temps. Bien que Mayotte soit une collectivité d'outre-mer française, le droit de la métropole ne s'y applique en effet pas en matière d'immigration.

Publicité

Libération.fr a publié aujourd'hui une vidéo (voir plus bas) prise à l'intérieur du centre de rétention de Mayotte. Les immigrés y dorment à même le sol et vivent dans des conditions d'hygiène d'un autre temps. Bien que Mayotte soit une collectivité d'outre-mer française, le droit de la métropole ne s'y applique en effet pas en matière d'immigration.

Selon Libération, cette vidéo a été tournée en octobre 2008 à l'intérieur du centre de rétention administrative (CRA) de Pamandzi à Mayotte. Ce jour là, le CRA accueillait 202 retenus, alors qu'il n'est habilité à recevoir que 60 personnes. Les hommes sont entassés et dorment sur des matelas de fortune ; l'espace cuisine déborde d'ordures.

La situation n'est pas nouvelle. Un rapport de la Cimade, un organisme habilité à inspecter les CRA français, raconte une visite effectuée par ses équipes en novembre 2007 : "Aucun nécessaire de couchage ni aucun nécessaire de toilette, prévu dans le règlement intérieur, n'est distribué aux personnes retenues. Aucun espace réservé aux familles, ni aucun espace "enfant" (pas de table à langer, pas de lit pour bébé, pas de jeux). (...) Pour les repas, il n'y a pas d'assiettes ni de couverts, les gens mangent avec les mains en se regroupant autour de cinq gamelles en fer blanc".

Toujours selon le rapport de la Cimade, les procédures d'arrestations massives de personnes sans papiers ont débuté à Mayotte en octobre 2005 lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l'Intérieur. Plus de 16 000 personnes ont été reconduites à la frontière en 2007, sur une population totale de 186 000 habitants.

Nous avions déjà posté un billet sur les centres de rétentions en métropole. Les conditions de vie y sont certes difficiles, mais pas à ce point.

Posté par libération

"Un régime d'exception (...) indigne de la République"

Pierre Henry est le directeur général de France terre d'asile, une association qui accompagne les demandeurs d'asile.

Nous savons que le centre de rétention de Mayotte est une zone de non-droit, ou en tout cas une zone de droit ‘différencié' [la loi de juillet 2004 sur l'immigration établit un cadre réglementaire dérogatoire pour Mayotte]. Au bout du compte, le problème est qu'il n'existe pas de contrepouvoir à l'autorité du préfet. Ce dernier prononce la plupart du temps l'avis de reconduite à la frontière avant même que la demande d'asile ait été enregistrée. Or, contrairement à ce qui a cours en métropole, un avis de reconduite à la frontière ne peut pas, à Mayotte, faire l'objet d'un recours suspensif. Quant à la procédure de demande d'asile, si d'aventure l'immigré peut y avoir accès, elle est gérée par vidéoconférence avec l'OFPRA. Ensuite, en théorie, les demandeurs d'asile ont la possibilité de faire appel de la décision de l'OFPRA, mais en pratique ça n'arrive pas car il faudrait qu'ils soient envoyés en France pour être jugés, ce qui coûte bien trop cher.

Il est vrai que la situation de Mayotte est particulière. Les demandeurs d'asiles affluent des îles comoriennes voisines et la situation migratoire y est donc sensible. Mais le régime d'exception qui y a été instauré est indigne de la République."