RUSSIE

L’opposition russe malmenée par la police

La police russe a pris l'habitude de réagir au quart de tour à chaque tentative de rassemblement de l'opposition. Le week-end dernier, des dizaines de manifestants ont fait les frais de sa tendresse légendaire. Les images des violences policières déferlent sur le web russe.

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La police russe a pris l'habitude de réagir au quart de tour à chaque tentative de rassemblement de l'opposition. Le week-end dernier, des dizaines de manifestants ont fait les frais de sa tendresse légendaire. Les images des violences policières déferlent sur le web russe.

Des manifestations sont régulièrement organisées par l'opposition à Saint-Pétersbourg et à Moscou. Des rassemblements qui, la plupart du temps, ne soulèvent pas les foules et se déroulent dans le calme. Mais il n'en faut pas plus pour que la police russe vienne jouer les trouble-fêtes.

Les cortèges de la coalition anti-Kremlin l'Autre Russie commençaient à peine à entonner leur slogan "La Russie sans Poutine" dimanche dernier, quand les forces de l'ordre se sont jetées sur les manifestants. Pas moins de 90 personnes ont été arrêtées à Moscou et 60 à Saint-Pétersbourg. Parmi eux se trouvaient le chef du Parti national-bolchevique, Edouard Limonov et le leader de l'opposition Garry Kasparov.

 

Vidéo postée par "Dreamzomby".

Des opposants au régime du Kremlin se rassemblent à Saint-Pétersbourg. On voit la police procèder aux premières arrestations (2min30sec)

Vidéo postée par Tarlith.

Des manifestants arrêtés à Moscou tentent de s'échapper du fourgon de police où ils sont enfermés.

Arrestations musclées à Moscou

Photos postées par Konstantin Rubakhin sur Livejournal.

 

Photos postées par Vladimir Astapkovich.

Le témoignage d'une manifestante posté sur un forum russe

Anastasia a essayé de participer à ce rassemblement. Elle a publié son commentaire sur un des forums fréquentés par des membres de l'opposition.

Je n'ai pu atteindre ni le cortège ni le meeting. Des policiers m'ont attrapée près de Gostinka [centre commercial situé dans le centre ville] et m'ont jetée dans le fourgon qui leur sert de prison. Je leur ai demandé qui ils étaient et pourquoi ils m'arrêtaient, mais pas de réponse.

Dans le bus, c'était l'enfer. Un gradé de la police (si je me fie au nombre d'étoiles qu'il avait sur son uniforme) a essayé d'arracher les yeux d'un manifestant. Il l'avait abordé près de Gostinka et lui avait juré d'écraser ses yeux avec ses mains et là, dans le bus, il a vraiment essayé de le faire.

Une fille lui a demandé d'arrêter cette mutilation, et le policier l'a attrapé et lui a brisé le nez. Après, il a hurlé 'Tout le monde par terre !' et avec un autre officier de police, ils se sont mis à nous frapper avec des matraques. Puis le bus a démarré et comme par hasard les étoiles du 'gradé' ont disparu peu après. [Le policier aurait utilisé des décorations qui n'étaient pas les siennes pour asseoir son autorité dans le bus, et les aurait enlevées sur la route du commissariat pour éviter que sa hiérarchie ne s'en rende compte.]

Dans la station de police où on nous a emmené, on a tous été accusés d'avoir violé l'article 19.3 (désobéissance à un officier de police) ce qui était totalement faux puisque personne n'avait résisté. Ils ont fait ça pour pouvoir nous garder 48 heures et non pas 3 heures comme l'autorise l'article 20.2. (violation des règles de la manifestation et du rassemblement). Ensuite, tout le monde est passé devant le tribunal... Un policier nous a dit qu'ils allaient appeler des juges qui statueraient immédiatement, sans la présence d'aucun avocat. Il a ajouté que le plus probable serait que le plupart d'entre nous soit envoyée en prison pour 15 jours. Une grossière violation de la loi. Mais ils se foutent de la loi.

J'étais une des seules personnes accusées d'avoir violé l'article 19.3 qu'ils ont laissé repartir. Peut-être que la plainte que j'ai déposé était convaincante, ou qu'ils ont été effrayés par mes crises d'asthme (c'était très difficile de respirer dans un endroit aussi étouffant, j'ai utilisé mon inhalateur, mais ça n'a pas fait effet immédiatement, ça a pu les dissuader de me garder). Je vais appeler les autres, j'ai leurs numéros de téléphones portables.

Je ne veux pas qu'ils s'en sortent après cette histoire de mutilation. Je veux que la victime porte plainte."