Des graffitis à l'effigie de Yang Jia fleurissent sur les murs de Pékin. Pourtant Yang a été condamné à mort et exécuté, le 26 novembre, pour avoir assassiné six policiers. Pourquoi a-t-on transformé ce tueur en icône?

Le 1er Juillet 2008, Yang Jia, 28 ans, entre masqué dans le commissariat de Zhabei, dans le nord de Shanghaï, et poignarde six policiers. Devant la justice, le jeune homme reconnaîtra sans ciller sa culpabilité et expliquera avoir agi par vengeance.

Il ajoutera avoir été par deux fois victimes de maltraitances policières. D'abord à Taiyuan, dans la province du Shanxi, où il aurait été battu pour avoir doublé dans la queue au guichet de la gare. Un passage à tabac qui lui valu une commotion cérébrale et trois dents en moins. Puis, il y a un an, au commissariat de Zhabei, à Shanghaï, où il a été une nouvelle fois roué de coups par des officiers de police qui le soupçonnaient, à tort semble-t-il, d'avoir volé un vélo.

Yang avait adressé plusieurs plaintes aux autorités pour que les policiers soient sanctionnés. En vain. En désespoir de cause, Yang Jia a donc choisi de se faire justice lui-même.

Son procès a passionné les Chinois. Tout au long de la procédure, et même après son exécution, des blogueurs ont fait campagne pour demander que les officiers responsables des passages à tabac soient eux aussi traduit en justice. Le visage de Yang Jia est aujoud'hui placardé dans le rues de Pékin et même imprimé sur des tee-shirts.

Yang Jia avant l'arrestation et au tribunal

Photo de Yang Jia issue de son site Internet perso.

 

Photo postée sur le forum bbs. Yang Jia lors de l'ouverture de l'audience le 13 octobre.


"Il est l'exemple que nous devons suivre."

Wei Qin, retraitée, a participé à la manifestation de soutien à Yang le 13 octobre à Shanghaï. Elle a ensuite passé une quinzaine de jours en détention. Elle brandissait un drapeau sur lequel était écrit : "Notre maître de lame est immortel."

La manifestation s'est organisée d'une manière très spontanée. Les gens ont appris la date de l'ouverture de l'audience de Yang via Internet et ils se sont rendus devant le tribunal.

Je soutiens Yang Jia, parce qu'il a osé se révolter contre les autorités. Il est l'exemple que nous devons suivre. Beaucoup de paysans vont à Pékin pour dénoncer auprès de leur gouvernement central les injustices du gouvernement local. Ils mettent plein d'espoir dans le Parti communiste, mais le parti ne les écoute pas. Et ils finissent par mourir de froid dans la ville. C'est idiot que des gens croient encore à tel point en ce parti, jusqu'à en mourir."

 

Manifestation de soutien à Shanghai

 

Photos postées sur le forum BBS.

Manifestation le 13 octobre devant le tribunal, quelques jours avant l'annonce de son exécution.

 

 

Slogan sur les tee-shirt: "Pour chaque chose, vous devez me donner une explication. Si vous ne parlez pas, c'est moi qui vais le faire." (If you do not give me a statement, then I will give you a statement.)

On retrouve aussi ce slogan sur Internet: "Plutôt que de traîner une injustice avec moi toute la vie, je préfère violer la loi."

"C'est un citoyen ordinaire qui a fait quelque chose d'extraordinaire : lutter contre la police"

Chang Xiongfa, ancien professeur, milite pour les droits de l'Homme à Shanghaï. Il a participé à la manifestation de soutien à Yang Jia le 13 octobre devant le tribunal de grande instance de Shanghaï.

Je soutiens Yang Jia, non pas pour ce qu'il a fait, qui n'était pas acceptable, mais pour son esprit de révolte contre les autorités, et notamment contre la police, qui opprime en permanence ses citoyens. J'admire son courage. C'est un citoyen ordinaire qui a fait quelque chose d'extraordinaire : lutter contre la police. C'est quelque chose que les autres n'osent pas faire. Il l'a fait et il ne l'a jamais regretté, jusqu'à sa mort.

Si un tueur reçoit autant de soutien dans le pays, c'est parce que le peuple a beaucoup de choses à reprocher à la police. La police à Shanghaï a une très mauvaise réputation : elle s'immisce partout, elle traite les citoyens comme des esclaves. Elle ne respecte pas la loi et suit uniquement les désirs personnels des dirigeants. Ceux qui ont également subi des injustices font naturellement de Yang Jia leur "leader d'opinion".

Après la manifestation du 13 octobre, j'ai passé trois jours en garde à vue et ils m'ont interrogé pendant 23 heures interminables. Ils m'ont traité comme si j'étais un criminel. Ils me demandaient comment je connaissais les personnes présentes au rassemblement et qui avait fabriqué les tee-shirts. On ne m'a donné aucune justification pour cette interpellation. C'est entièrement illégal."

Yang Jia sur les murs de Pékin

 

Postées sur le forum KDS.

Les internautes mènent l'enquête

Sur son blog, Feng mène l'enquête sur les mauvais traitements dont aurait été victime le tueur.

Le titre de son billet : "On ne soutient pas Yang Jia, mais on soutient la vérité !" L'explication officielle de la police est trop simple. Yang Jia (...) a été amené au commissariat et il y est resté six heures. Qu'est-ce qui s'est passé pendant ces six heures ? Pourquoi la police ne transmet-elle pas ses notes sur cette interpellation ? S'il n'y a pas eu d'injustice, pourquoi était-il à tel point furieux qu'il a voulu tuer des policiers ?

Si le gouvernement veut préserver sa crédibilité, il lui faut rendre public tous les documents qui concernent cette affaire. C'est le seul moyen de faire taire les rumeurs."

 

Le blogueur "Black White Cat" condamne le manque de transparence de la police.

L'affaire Yang Jia a aussi permis de tester la nouvelle réglementation en vigueur depuis mai sur la transparence de l'information. En octobre, un avocat, Hao Jingsong, a rempli plusieurs demandes d'accès à des documents auprès de la police des transports de Taiyuan, la police de Shanghaï et le département de police Zhabei. Concernant l'incident de 2006 à la gare du Shanxi (...), mais aussi sur la détention de Yang Jia à Shanghaï en octobre. Mais le 11 novembre, il a reçu ces lettres (voir photo) : ses demandes n'entraient pas dans le cadre de la nouvelle règlementation."

 

 

Photos postées sur le blog de "Black and white cat".