Grèce

Émeutes en Grèce : qui sont les casseurs ?

Depuis ce week-end les médias sont saturés d'images d'affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre. Pourtant les étudiants, à l'origine du mouvement, affirment ne pas être responsables de tous ces actes de vandalisme. Alors qui sont ces jeunes cagoulés qui jettent des blocs de marbre sur les pompiers ?

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© MurpleJane sur Flickr

Depuis ce week-end les médias sont saturés d'images d'affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre. Pourtant les étudiants, à l'origine du mouvement, affirment ne pas être responsables de tous ces actes de vandalisme. Alors qui sont ces jeunes cagoulés qui jettent des blocs de marbre sur les pompiers ?

Depuis samedi, des cortèges de manifestants défilent dans plusieurs villes de Grèce en soutien à l'adolescent abattu par un policer. En queue de cortège, les mêmes scènes qui se répètent. Des petits groupes munis de battes de baseball et de cocktails Molotov se détachent de la masse et vandalisent tout ce qu'ils trouvent sur leur passage : voitures, magasins, banques, hall d'immeubles. Nos Observateurs nous expliquent qui sont, selon eux, ces casseurs...

"Leur comportement ressemble à celui des hooligans"

Dafni Anesti est photographe à Athènes.

J'étais dans la manifestation aujourd'hui avec des professeurs et des étudiants d'université. Tout s'est déroulé dans le calme. Les casseurs sortent surtout le soir. Je pense que la moitié d'entre eux sont des membres de mouvements anarchistes et l'autre moitié des flics sous couverture. Ils sont là pour faire déraper les choses et ensuite justifier la radicalisation des représailles policières.

Les anarchistes en Grèce sont assez structurés. Ils ont par exemple leur propre site. L'objectif de ces groupuscules est de s'attaquer à l'Etat et à tout ce qui représente le "capital", comme les banques où les concessionnaires automobile. Leur comportement ressemble à celui de hooligans. Mais ils ne s'attaquent pas aux étudiants. Ils se placent aux extrémités ou sur les côtés du cortège pour en découdre avec la police."

"Nous sommes débordés par des gens bizarres"

Zoé Kazakis, 22 ans, est étudiante en économie à Athènes. Elle joue un rôle de coordinatrice de la mobilisation entre sa faculté et d'autres établissements du pays. Elle avait déjà témoigné hier.

Nous sommes débordés par des gens bizarres. Des types qui ne sont pas des étudiants et qui sont très violents lors des manifestations. Ce sont eux qui envoient des blocs de marbre sur les policiers et les pompiers. Ce matin, je me suis rendu à la faculté de Polytechnique, où le mouvement a commencé. Il n'y avait plus d'étudiants, mais plein de gars étranges qui faisaient des feux. Quand je leur ai demandé qui ils étaient, ils m'ont dit de dégager. Je me demande vraiment qui sont ces casseurs. Selon moi, il est possible qu'ils soient manipulés par les autorités pour faire dégénérer les manifestations. Car les étudiants sont pacifiques. Nous manifestons avec les profs. Même mes parents et mes grands-parents seront dans la rue demain à l'occasion de la grève générale."

"Des gosses qui imitent ce qui se passe à Athènes"

Greg Manset est le responsable du portail Internet www.categorynet.com. Il est belge mais vit en Crète depuis quelques années.

Les émeutes se sont propagées dans tout le pays. J'ai passé la nuit d'hier avec des casseurs à La Canée, une petite ville de Crète. Ici, ce ne sont pas des étudiants. Ce sont des gosses qui imitent ce qui se passe à Athènes, et quelques adultes des milieux défavorisés. J'ai par exemple rencontré un ouvrier qui participait aux émeutes pour piquer quelques babioles.

Je n'ai pas vu un policier de toute la nuit, sauf quand les casseurs ont mis le feu au Palais de justice. Les émeutiers ont saccagé toutes les banques, ainsi que des magasins. Ils ne cherchaient pas particulièrement à piller, juste à détruire.

Les médias étrangers semblent croire que c'est un incident isolé. Mais en Grèce, un pays qui souffre particulièrement de la crise, les mouvements sociaux sont monnaie courante. Il n'y a pas une semaine sans qu'une grève soit déclarée."

"Ces groupes sont infiltrés par des flics"

Craig Wherlock est professeur d'anglais à Salonique. Il écrit et publie ses photos sur le blog Teacher Dude.

Il y a cinq ou six squats de groupes autonomistes dans la ville de Salonique. Ils sont très actifs. Dans les manifs on retrouve les plus extrêmistes comme les Black Bloc [des activistes libertaires qui organisent des marches en marge de manifestations conventionnelles], mais aussi d'autres factions de gauche plus ou moins violentes. Aujourd'hui, ils ont tous marché ensemble, mais souvent certaines factions se désolidarisent car elles ne veulent pas participer aux affrontements et à la casse.

Les cibles des anarchistes sont clairement les banques et les établissements de service publique. Au moins une quinzaine de banques ont été saccagées, mais ils ne s'attaquent pas encore aux petits commerces.

Je sais que ces groupes sont infiltrés par les flics. En 2007, j'ai moi-même photographié des policiers infiltrés dans une manifestation pacifiste. Mais ils s'en foutent d'être infiltrés. Cela ne les empêche pas de faire ce qu'ils ont envie de faire."

"Cette mouvance est hétérogène : il y a des trotskistes, des maoïstes et mêmes des fondamentalistes religieux"

Georges Prevelakis estprofesseur de géopolitique de l'Europe et de la Méditerranée orientale à la Sorbonne.

La mouvance anarchiste n'est pas si importante que ça en Grèce. A la base de ces mouvements, il y a le mythe de la Révolution de 1973 lancée par des activistes à l'Ecole polytechnique d'Athènes. Mais aujourd'hui cette mouvance est hétérogène : il y a des trotskistes, des maoïstes et mêmes des fondamentalistes religieux.

Je faisais partie des étudiants de 1973 qui se sont révoltés pour demander la démocratisation et l'accès à l'éducation. Mais, aujourd'hui, ce mouvement a été récupéré par des organisations - comme cela s'était passé à l'époque avec le mouvement terroriste du 17 novembre - qui s'appuient sur une base idéologique floue et violente.

Aujourd'hui, les groupuscules anarchistes sont solides car ils sont très bien implantés dans certaines parties de la ville. Ils sont établis autour de l'Ecole polytechnique et il suffit qu'une voiture de police passe dans ce coin pour que des violences éclatent (jets de pierre, etc.). En période d'affrontement ouvert, ils se réfugient dans la fac puis repartent à l'attaque. Le quartier est une zone de non-droit pour la police, ce n'est pas nouveau."

Photos postées sur Indymedia. A Iraklio, en Crète.

Photos postées sur Indymedia. A Iraklio, en Crète.

© MurpleJane sur Flickr. A Athènes, ce week-end.

© MurpleJane sur Flickr. A Athènes, ce week-end.

© Greg Manset. A La Canée, une petite ville de Crète, hier soir.

© Greg Manset. A La Canée, une petite ville de Crète, hier soir.