Grèce

Pourquoi la Grèce explose

Athènes et plusieurs autres villes grecques s'enflamment depuis ce week-end. A l'origine des émeutes : un jeune de 15 ans tué par un policier. Mais une étudiante qui participe à la révolte nous explique que le mal est bien plus profond.

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Réagissez : ces émeutes sont-elles justifiées?

Athènes et plusieurs autres villes grecques s'enflamment depuis ce week-end. A l'origine des émeutes : un jeune de 15 ans tué par un policier. Mais une étudiante qui participe à la révolte nous explique que le mal est bien plus profond.

Un climat de guerre civile s'est installé depuis la mort d'Alexandros Grigoropoulos, un adolescent tué par la police. Sa mort, officiellement qualifiée "d'homicide volontaire", a provoqué une vague d'indignation dans la jeunesse. De multiples affrontements avec la police ont eut lieu depuis samedi soir dans plusieurs villes universitaires de Macédoine, de l'Epire et du Péloponnèse.

Mais la révolte couvait depuis un certain temps. Le pays a du mal à faire face à la crise économique et le gouvernement de droite de Costas Karamanlis est accusé de ne pas savoir réagir à cette urgence sociale.

A Salonique en Macédoine, trois jours de violence

Ces photos ont été postées sur Flickr par Teacher Dude.

Dans les rues d'Athènes hier, dimanche.

Ces photos nous ont été envoyées par Kristaq Vila.

 

 

 

 

Sur l'affiche est écrit "Dolo phonoi" : "Assassins".

"Du pain, de l'éducation et de la liberté !"

Zoé Kazakis, 22 ans, s'est retranchée dans sa faculté d'économie, à Athènes, après les affrontements du week-end avec la police. Elle joue un rôle de coordinatrice de la mobilisation entre sa faculté et les autres établissements mobilisés.

Je reviens de l'école polytechnique (université nationale polytechnique d'Athènes) où a démarré la mobilisation. Cette école, comme la nôtre, est toujours occupée. Ici, dans les locaux de la fac d'éco, on est une vingtaine à fabriquer des banderoles. On rejoindra les autres à l'Acropole à 18 heures. Cela va être incroyable. Il y a vraiment une atmosphère électrique. Les étudiants n'ont jamais été aussi mobilisés. Même ceux qui ne suivent pas d'habitude sont avec nous.

Tous les partis de gauche ont appelé à ces rassemblements en l'honneur du garçon décédé. Même les profs nous ont suivis. On va vers une grève générale.

Nous nous battons contre les privatisations depuis longtemps mais, là, les gens sympathisent de plus en plus avec nous. La crise touche tout le monde, mais le gouvernement est complètement absent. Ma mère par exemple, elle dirige un laboratoire médical, mais on doit vivre à crédit depuis plusieurs mois parce que l'organisme qui la paie n'a pas reçu d'argent de l'Etat. Le gouvernement se fout de nous. On voit défiler des milliards, mais la vie est de plus en plus chère ici, plus encore qu'à Paris.

C'est l'exaspération qui s'exprime. Les étudiants ont de moins en moins d'avantages. Avant, on avait des repas gratuits à la fac. Aujourd'hui, même à 30 ans, on doit vivre chez nos parents. Sans eux on est rien. Et puis il n'y a pas de boulot, sauf quand t'es pistonné. Si tu as 700 euros à la fin du mois après plusieurs années d'études, estime toi heureux. La mort de ce gamin, à cause d'un policier pas formé pour avoir un flingue, c'est la goutte qui a fait déborder le vase.

En 1973, c'était déjà de l'école polytechnique qu'était partie la révolte contre le régime des colonels. Nous, on réclame la même chose qu'eux "Du pain, de l'éducation et de la liberté"!

Ce soir on va être très nombreux. Alors si le gouvernement cherche à faire déraper les choses, ça dérapera. Hier soir vers minuit, j'ai vu des types qui avaient l'air de provocateurs [selon elle à la solde du gouvernement]. On verra ce soir."