Photo prise par Jangpura. Rond-point de Suzimi sur la route qui relie Cayenne à Kourou.

Le trafic routier en Guyane française était complètement bloqué depuis deux semaines par des manifestants qui protestaient contre le prix de l'essence incroyablement élevé pratiqué dans leur région. La situation vient juste d'être résolue, et le prix du litre va baissé de 50 centimes, mais notre Observateur sur place se demande toujours pourquoi on lui faisait payer si cher son essence.

Des rappeurs locaux en guerre contre l’essence chère

"Alors que le baril de pétrole n’arrêtait pas de baisser, nous ici, on voyait le prix de l’essence grimper"

Nadjib Beztout alias "Jangpura" est un Français de métropole installé depuis un an et demi en Guyane. Il travaille dans la maintenance informatique dans la région de Kourou.

Les barrages bloquaient toute l'activité économique depuis 15 jours. Moi-même je ne travaillais plus. Mais je comprends le mouvement de protestation, même si je n'y ai pas participé directement.

Nous payions le litre de sans plomb 95 1,77 euros, alors qu'il est à peu près de 1,15 euros en métropole. Alors que le baril de pétrole n'arrêtait pas de baisser, nous ici, on voyait le prix de l'essence grimper. Il n'y avait aucune transparence sur la répartition des bénéfices liés à l'essence.

Dès le début du mouvement, la Société anonyme de la raffinerie des Antilles (Sara), une filiale de Total qui approvisionne la Guyane, a annoncé qu'elle allait baisser son prix de 30 centimes d'euros. Une bonne nouvelle, mais on peut quand même se demander pourquoi ils n'avaient pas décidé cette baisse avant, si elle était possible ? Ils nous ont longtemps dit que c'était parce qu'il fallait rénover les infrastructures locales pour qu'elles soient aux normes. Mais depuis le temps qu'ils nous disent cela, ils ont certainement fait assez d'argent pour faire ces rénovations.

De toute façon, 30 centimes, ça ne faisait toujours pas le compte. Le trafic se débloque aujourd'hui parce que l'Etat - et non les collectivités locales - a accepté de sponsoriser l'essence et de faire baisser son prix de 20 centimes supplémentaires. Mais ce n'est qu'un accord provisoire. On ne sait toujours pas pourquoi notre essence était si chère et où allaient les bénéfices..."