ZIMBABWE

Un million de dollars la miche de pain

Au Zimbabwe, les prix doublent parfois d'une heure sur l'autre. L'un de nos Observateurs nous raconte que pour acheter une mobylette, il faut payer comptant dans les trente minutes qui suivent la négociation, sinon la vente est annulée.

Publicité

Au Zimbabwe, les prix doublent parfois d'une heure sur l'autre. L'un de nos Observateurs nous raconte que pour acheter une mobylette, il faut payer comptant dans les trente minutes qui suivent la négociation, sinon la vente est annulée.

"Utiliser uniquement du papier toilette. Pas de carton. Pas de vêtements. Pas de dollars zimbabwéens. Pas de journaux". Selon le blog Zimbabwe Absurdity, cette photo circule par mail au Zimbabwe. Le cliché aurait été pris dans les toilettes d'un poste frontière entre l'Afrique du Sud et le Zimbabwe.

"Parfois, les prix changent entre le moment où l'on prend le produit dans les rayons et celui où on arrive à la caisse"

Robb WJ Ellis, fils d'un médecin sud-africain qui s'est installé au Zimbabwe (le pays s'appelait alors la Rhodésie du Sud) dans les années 1960, a servi dans la police de la province du Matabeleland. Il a quitté le pays en 1998 et tient aujourd'hui un blog, "The bearded man", depuis Derby en Angleterre. Il a également écrit un livre, "Without Honour", où il raconte son expérience dans la police zimbabwéenne.

Hormis la Hongrie durant la Seconde Guerre mondiale, aucun pays au monde n'a connu un taux d'inflation aussi élevé. Je parle régulièrement avec des gens vivant dans le pays. Et l'un d'entre eux m'a dit que, parfois, les prix changent entre le moment où l'on prend le produit dans les rayons et celui où on arrive à la caisse.

La situation sanitaire est désastreuse. Selon le gouvernement, l'épidémie de choléra aurait tué 550 personnes. Mais mes contacts sur place disent que le bilan est bien plus élevé, ils parlent de plusieurs milliers. L'un d'entre eux m'a expliqué qu'il n'avait pu quitter le pays parce que le bureau des visas était fermé 'pour cause de choléra'. A mon avis, ce n'est qu'une excuse pour empêcher les gens de partir. Je pense d'ailleurs que si Robert Mugabe [le chef de l'Etat zimbabwéen] a qualifié le choléra d'‘urgence nationale', c'est parce qu'il compte bientôt déclarer l'Etat d'urgence, une mesure qui lui permettrait de s'affranchir de la Constitution et de s'octroyer les pleins pouvoirs. Il est même possible, selon moi, que les récentes émeutes de policiers qu'ont relayées les médias aient été orchestrées par le pouvoir pour montrer qu'il lui faut reprendre les choses en main.

Mugabe a saigné le pays et a fait marcher la planche à billet pour gonfler ses comptes en banque personnels. Toutefois, aujourd'hui, je pense que c'est le Joint Operation Command (JOC), le directoire regroupant les chefs des principaux services de sécurité, qui commande vraiment le pays. Mugabe aurait sûrement préféré partir après sa défaite contre Morgan Tsvangirai [le chef de l'opposition zimbabwéenne], mais les membres du JOC ne voient pas les choses de cette manière. Car si Mugabe partait, ils auraient à répondre des atrocités qu'ils ont commises.

Aujourd'hui les Zimbabwéens sont à bout de force. 90% de la population est au chômage et ils paient un million de dollars zimbabwéens pour une miche de pain rassis. La révolte gronde."

 

Des amis zimbabwéens lui ont ramené des liasses de billets du Zimbabwe. Des centaines de billets qui ne valent pas plus de quelques livres.