GUATEMALA

Cinq détenus décapités en prison dans une guerre des gangs

Des têtes qui gisent sur le sol d'une prison au Guatemala. Les victimes ont été décapitées par des codétenus le 22 novembre, au cours d'une violente bagarre entre deux gangs rivaux .

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Des têtes qui gisent sur le sol d'une prison au Guatemala. Les victimes ont été décapitées par des codétenus le 22 novembre, au cours d'une violente bagarre entre deux gangs rivaux .

La rixe a éclaté quand des membres des maras (ou gangs) Salvatrucha et Diez y Ocho ont été placés dans la même section de la prison de Pavoncito. La police guatémaltèque a mis plusieurs heures à reprendre le contrôle de la situation, alors qu'au même moment cinq prisonniers se faisaient décapités. La tête de l'une des victimes a été retrouvée empalée sur une pique. La violence et les guerres de gangs dans les prisons ne datent pas d'hier au Guatemala, un pays qui a connu une guerre civile entre 1960 et 1996. Sur place, notre observatrice nous a confié que la situation ne risquait pas de s'améliorer.

 

"C'est un message !", crie un détenu aux personnes postées à l'extérieur de la prison. Cette vidéo, tournée après le carnage, a été postée sur news.walla. Nous n'avons pas pu identifier l'auteur de la vidéo.

"C'est un héritage de la guerre civile"

Marcela Gereda est anthropologue. Elle étudie la culture des gangs au Guatemala. Elle écrit un livre sur la réhabilitation sociale des criminels issus des gangs.

Cette histoire est très brutale, mais ce n'est pas la première car il se passe beaucoup de choses de ce genre, mais personne n'en parle.

La barbarie de cet acte démontre que la violence des gangs ne connaît aucune limite. Ils n'ont plus aucune morale, ils ont coupé les liens avec la société, bien qu'aujourd'hui ils recherchent son attention. Ils sont en quête de reconnaissance. Ces gens-là n'ont pas eu d'éducation et ils sont sans travail. Les gangs recrutent des jeunes, parfois dès l'âge de onze ans, issus de banlieues défavorisées. La plupart ont été abandonnés par leur familles, certains ont même été abusés. La violence engendre la violence, c'est un héritage de la guerre civile.

Le gang des Salvatrucha, par exemple, s'est renforcé avec les immigrés qui avaient fui la guerre civile et qui sont rentrés au Guatemala, après avoir été expulsés des Etats-Unis. Cet afflux continu de nouveaux membres dans les gangs et de criminels a nourri la violence entre les différents groupes. C'était donc stupide de la part de la police de placer dans la même prison des membres du gang des Salvatrucha avec ceux du Diez y Ocho - le gang de la 18e rue, comme son nom l'indique. Ce sont les deux groupes les plus importants, et leur rivalité est connue.

Très peu d'entre-eux décident de quitter leur gang. Si vous demandez à un membre s'il a envie de laisser tomber son groupe, ils vous répondra non.

Faire de la prison leur importe peu. Ça fait partie de leur culture. Ils opèrent à l'intérieur et à l'extérieur de la prison. Ce qui sous-entend qu'ils ont des complices au sein de la police. S'ils arrivent à faire entrer des armes, ça veut dire qu'ils l'ont sans doute fait sous le regard des gardiens.

Confronté à cette violence, le gouvernement guatémaltèque a adopté une politique très répressive au lieu de privilégier l'éducation. Cette violence coûte de plus en plus cher. Le système carcéral devrait intégrer des programmes de formations et d'éducation. Nous n'avons aucune institution sociale digne de ce nom capable d'enrayer ce phénomène."