FRANCE

Vacances forcées chez Renault

A l'heure où l'industrie automobile subit de plein fouet le contrecoup de la crise économique, les ouvriers de Renault sont en repos forcé. Lire la suite...

Publicité

A l'heure où l'industrie automobile subit de plein fouet le contrecoup de la crise économique, à Flins, dans les Yvelines, l'usine Renault ferme ses portes pour réduire sa production. Pour l'heure, les ouvriers, qui sont invités à rester chez eux, ne sont pas au chômage technique, mais en repos forcé - leur employeur puise dans leurs congés - et gardent 100 % de leur salaire. Mais jusqu'à quand ?

"Je ne blâme pas les dirigeants, ils subissent aussi"

Aurélien Collerais, 28 ans, travaille chez Renault en tant que monteur.

Je suis au montage. Pour le moment, ça va. Je n'ai pas de perte de salaire sèche. Mais ce n'est que le début. Faudra voir sur le bulletin de paie de novembre. Mon salaire sera quand même indirectement touché car je ne percevrai pas les primes d'équipe.

Cela fait dix ans que je travaille ici et il faut savoir qu'entre novembre et décembre, c'est toujours une période creuse. Je pense que le pire est à venir, je ne suis pas très optimiste pour 2009, surtout vers mars-avril. Je ne blâme pas les dirigeants, ils subissent aussi. C'est la crise partout.

"C’est du chômage maquillé"

Henri, salarié chez Renault, préfère parler sous couvert d'anonymat. Nous avons modifié son prénom.

C'est du chômage maquillé. Pour l'instant, personne s'en rend compte mais en 2009, vous verrez, ça va s'empirer. Le pire est à venir. Le Titanic est en train de couler. La catastrophe va arriver l'année prochaine.

Je ne suis pas à plaindre, ma femme ne travaille pas chez Renault. Je bénéficie donc d'un filet de sécurité. Mais il y a beaucoup de couples qui travaillent ici. Et là, c'est très dur. Faut pas travailler en couple ici. Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les médias sont tous focalisés sur Renault. Il n'y a pas que nous dans la galère. Il y a aussi Peugeot et d'autres constructeurs mais les médias ne parlent que de nous. Ce n'est pas normal et ça finit par avoir un impact négatif sur la clientèle."

"Si les salariés voient leur salaire diminuer, ça va gueuler"

Jamaa Ourami travaille chez Renault depuis 35 ans.

Le problème c'est que Renault réduit sa production en nous mettant en repos forcé. On prend sur nos congés, que ce soit nos vacances, nos RTT [Réduction du temps de travail, ndlr] ou nos temps de formation. En novembre, j'ai travaillé six jours. En décembre, j'ai travaillé huit jours. Et en janvier, je ne travaillerai pas la première semaine. Certes, on est payé mais au bout d'un moment on n'aura plus de congés. On fera comment ?

C'est encore une fois les petits qui paient la crise ! Il ne faut pas oublier que les intérimaires et les sous-traitants sont encore plus mal lotis ! En revanche, quand ça va bien, personne ne vient nous chercher. J'ai commencé en étant ouvrier à la chaîne. Aujourd'hui, je suis technicien de maintenance. Entre 1973 et 1980, on comptait 22 000 salariés pour 1 900 voitures par jour. Actuellement, il y a 3 000 salariés pour 800 voitures par jour. Et aujourd'hui, Renault parle de rouler à 500 voitures par jour. Vous voyez ce que ça veut dire....

On demande à être au chômage technique, comme c'était le cas dans les années 1980, quand on montait la Super 5. La chaîne avait été arrêtée deux mois mais on percevait 90 % de notre salaire brut grâce aux aides de l'Etat. Si Renault ferme, la région est morte. Et si les salariés voient leur salaire diminuer, ça va gueuler comme à Sandouville. Sauf que Sandouville à la réputation d'être calme contrairement à nous. On peut occuper l'usine, l'autoroute..."