ETATS-UNIS - IRAN

Obama vu de Téhéran : "La haine des États-Unis est bien ancrée"

L'un de nos Observateurs était en voyage à Téhéran le jour de l'élection d'Obama. Il nous raconte comment la capitale iranienne a réagi à la victoire du candidat démocrate. Son témoignage, et les photos qu'il nous envoie, nous rappellent que le chemin vers la réconciliation est encore long. Lire la suite...

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Une peinture aux abords de l'ex-ambassade des Etats-Unis à Téhéran. Photo: Olaf Koens.

L'un de nos Observateurs était en voyage à Téhéran le jour de l'élection d'Obama. Il nous raconte comment la capitale iranienne a réagi à la victoire du candidat démocrate. Son témoignage, et les photos qu'il nous envoie, nous rappellent que le chemin vers la réconciliation est encore long.

Des peintures murales autour de l'ancienne ambassade des États-Unis à Téhéran

"Nous ne cèderons devant la dictature d'aucun gouvernement, même des Etats-Unis".

Peintures près de l'avenue Talegani où se situait l'ambassade des Etats-Unis avant la prise d'otage de 1979. Photos de Olaf Koens.

"Si l’Iran produit des missiles nucléaires, l’Amérique déclarera la guerre de toute façon"

Mohammed est ingénieur dans le secteur pétrolier à Téhéran et fan d'Obama.

Je suis pour Obama. Il est calme et très sympathique. Son élection est un moment historique. Je ne m'attendais pas à ce qu'il gagne. J'ai un peu l'impression que le monde est dirigé par un petit groupe de personnes et qu'ils ne laisseraient pas Obama devenir président.

J'ai de la famille dans le monde entier : en Allemagne, au Canada et aux Etats-Unis. Mon oncle enseigne à l'université de Stanford. Pourtant, moi, je ne voudrais pas aller vivre là-bas. Je ne veux pas laisser ma famille et ma copine seules à Téhéran. Peut-être que j'irai un peu pour mes études.

La vie est très chère ici. Si vous voulez subvenir aux besoins d'une famille, louer un appartement et avoir une voiture, vous avez besoin de 1 000 euros par mois. Mais même les meilleurs ingénieurs ne gagnent que 400 euros. Le gouvernement vient de faire la promesse de rendre l'eau et le gaz gratuits. Pourtant je continue de payer cher pour ces produits. La corruption est énorme ici. Quand je sors avec ma copine, il arrive que la police nous arrête et nous demande pourquoi nous ne sommes pas mariés. Alors pour éviter les problèmes, on leur graisse la patte.

Je suis vraiment convaincu que l'Iran a le droit d'avoir l'arme nucléaire. Mais j'ai peur de la guerre. Ce n'est pas si important que ça de savoir qui est à la Maison Blanche. Si l'Iran produit des missiles nucléaires, l'Amérique déclarera la guerre de toute façon."

"Les crises en Irak et en Afghanistan ne seront pas résolues sans l’Iran"

Olaf Koens, jeune blogueur néerlandais, était à Téhéran le jour de l'élection.

La nuit tombait sur Téhéran quand les bureaux du vote ont ouvert aux Etats-Unis. Les Iraniens ont attendu le lendemain matin pour avoir les résultats et très peu ont fait une nuit blanche. Mis à part le renvoi du ministre de l'Intérieur, Ali Kordan, c'est pourtant l'élection américaine qui dominait toutes les conversations, que ce soient dans les journaux ou dans la rue.

Le chef religieux du pays, Ali Khamenei, a déclaré la semaine dernière, devant un groupe d'étudiants, que la haine des Etats-Unis était bien ancrée dans le pays. 'Nous avons des problèmes plus graves que quelques soucis politiques', a-t-il ajouté, selon une agence de presse nationale. Les analystes ont interprété ce message sibyllin comme le signe que l'Iran ne cherchera pas à resserrer ses liens avec le Grand Satan et que les politiques ne devaient pas trop attendre d'Obama.

Le président Ahmadinejad a pourtant déjà félicité Obama pour sa victoire. 'J'espère que vous privilégierez l'intérêt public et la justice et que vous saisiriez la chance de servir votre peuple pour que, plus tard, on se rappelle de vous comme quelqu'un digne de respect', a-t-il clamé. Il a ajouté que la 'grande nation d'Iran attend des changements profonds et justes dans la politique étrangère américaine, notamment dans notre région'. Ahmadinejad espère par ailleurs que les Etats-Unis et ses dirigeants 'belliqueux' seront remplacés par des défenseurs de la justice, des droits de l'homme, de l'amitié et de la non-ingérence dans les affaires internes des autres Etats.

Avec cette victoire historique, il existe un faible espoir pour qu'un dialogue direct reprenne entre l'Iran et les Etats-Unis. Depuis la révolution de 1979 et l'occupation de l'ambassade américaine, les relations diplomatiques ont été rompues, même si la secrétaire d'Etat, Condoleezza Rice, a suggéré récemment que les deux pays renforcent leurs liens.

Les diplomates européens à Téhéran sont plutôt optimistes. La nouvelle administration pourrait réaliser que les crises en Irak et en Afghanistan ne seront pas résolues sans l'Iran. Barack 'Hussein' Obama impressionne le Moyen-Orient, ne serait-ce que par son nom. Non seulement parce que Hussein est une figure importante de la religion musulmane, mais aussi parce qu'en arabe et en farsi, il signifie 'celui qui est avec nous'.

L'Iran a été un sujet important pendant la campagne américaine. John McCain n'a cessé de critiquer Obama pour ses velléités de reprendre le dialogue avec Ahmadinejad. Obama avait en effet annoncé lors d'un débat qu'il croyait en une politique étrangère qui ouvrirait des négociations, tout en précisant que ce serait des négociations avec un 'ennemi'.

La République islamique d'Iran est en ce moment très perturbée. Avec la chute du prix du pétrole, le pays a du mal à boucler son budget. L'inflation est de plus en plus forte. La banque nationale l'a récemment estimée à 29 % par an."

 

La une d'un quotidien local ce mardi.

Portraits des candidats dans un journal iranien.