Yassine Belassal (à gauche) et son père Mohamed Belassal

Pour avoir écrit sur le tableau de sa classe "Dieu, la patrie et le Barça" au lieu de "Dieu, la patrie et le roi", un jeune lycéen marocain avait été condamné à 18 mois de prison. Contacté par les Observateurs, son père nous a annoncé que son fils sera mis en liberté provisoire dès ce soir, en attendant son procès en appel le 5 novembre.

Yassine Belassal risquait de payer cher sa passion pour le FC Barcelone. Ce lycéen marocain de 18 ans avait écrit sur le tableau noir de sa salle de classe : "Allah, al watan, Barça" ("Dieu, la patrie et le Barça"), réinterprétant à sa manière la devise du royaume chérifien "Allah, al watan, al malik" ("Dieu, la patrie et le roi). La plaisanterie n'avait pas été du goût de la direction de son établissement. Dénoncé puis arrêté, Yassine avait été condamné en première instance à 18 mois de prison ferme pour crime de lèse-majesté. Son père, Mohamed Belassal, nous a annoncé que son fils a bénéficié, aujourd'hui mercredi, d'une libération provisoire, qui devrait être effective ce soir même. Un jugement définitif sera rendu le 5 novembre prochain sur cette affaire qui a mobilisé la blogosphère marocaine."

"L’affaire Yassine Belassal (...) illustre parfaitement le non respect des libertés au Maroc"

Youssef Jebri est un écrivain marocain, auteur de nombreux ouvrages sur le Maroc. Il vit à Paris.

L'affaire Yassine Belassal est symbolique. Elle illustre parfaitement le non-respect des libertés fondamentales au Maroc. En tant qu'intellectuel, on ne peut pas passer sous silence ce genre d'abus. La condamnation expresse de Yassine est inique et ubuesque. Etre jeté en prison en 2008 pour une raison aussi futile, après avoir été molesté et dénoncé, est scandaleux. Ça prouve que l'on vit dans un régime où le culte de la personnalité et la dénonciation sont encouragés. Il y a eu un changement de roi au Maroc mais le régime et la Constitution sont restés les mêmes. La devise détournée par Yassine au profit du Barça touche aux trois tabous suprêmes du Maroc, soit Dieu, la patrie et le roi. Si vous remettez en question ces trois symboles vous irez en prison. J'espère que cette affaire connaîtra une fin heureuse, parce que la place de Yassine est sur les bancs de son lycée, pas en prison."

"Yassine sera libre dès ce soir"

Mohamed Belassal, le père de Yassine Belassal. Il vit à Aït Ourir, près de Marrakech.

Je ne suis pas encore tout à fait soulagé parce que le jugement définitif sera rendu le 5 novembre. Notre avocat a pointé du doigt les nombreuses incohérences du dossier et le comportement des gendarmes qui ont frappé mon fils au commissariat, peu après son arrestation. Yassine est un bon garçon, il doit préparer son bac ; son avenir est entre les mains de Dieu. Je suis quand même optimiste parce qu'il est innocent et parce que l'audience de ce matin au tribunal m'a rassuré sur l'état de la justice de mon pays."