UKRAINE

Les Ukrainiens frappés de plein fouet par la crise

Après avoir fragilisé les systèmes financiers d'Europe occidentale, la crise débarque en Europe de l'Est et contraint les Etats criblés de dettes, comme l'Ukraine, à se serrer la ceinture pour éviter l'effondrement. Lire la suite...

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 Les taux de change à Kiev. Photo : Olef Koens

Après avoir fragilisé les systèmes financiers d'Europe occidentale, la crise débarque en Europe de l'Est et contraint les Etats criblés de dettes, comme l'Ukraine, à se serrer la ceinture pour éviter l'effondrement.

L'ancienne République soviétique a déjà nationalisé deux de ses plus grandes banques et demandé près de 12 milliards d'euros au FMI pour renflouer ses caisses. Sur les dernières semaines, le hryvnia, la monnaie nationale, a perdu 12 % de sa valeur et les demandes en matières premières (charbon, gaz naturel), une des principales sources de revenus du pays, ne cessent de baisser. Des effets qui se font sentir jusque dans la rue puisque plusieurs banques ont plafonné les retraits aux distributeurs automatiques à 150 euros par jour.

L'effet de la crise est en outre renforcé par l'instabilité politique qui ronge le pays depuis la rupture entre le Premier ministre Ioulia Timochenko et le président Victor Iouchtchenko. Au bord du précipice, le chef de l'Etat a été contraint de rappeler le Parlement, qu'il avait dissous deux semaines auparavant, et de repousser les élections au 14 décembre prochain.

CORRECTION : La nationalisation de banques a été discutée en conseil des ministres, mais aucun établissement n'a en réalité été nationalisé. Une banque privée est bien passée sous le contrôle de la banque centrale, mais ce changement n'est semble-t-il pas lié à la crise financière.  Merci au commentaire ci-dessous qui nous a alerté sur cette erreur. ACTUALISATION : le FMI a accordé dimanche un prêt de 5,2 milliards d'euros à l'Ukraine.

"Si seulement les dirigeants mettaient un terme à leurs querelles politiciennes [...] l'Ukraine aurait un brillant avenir"

Olga Djellid travaille à Kiev.

L'Ukraine s'est beaucoup développée ces quatre dernières années [cela fait quatre ans que le président pro-occidental Iouchtchenko est au pouvoir], mais son essor a été freiné par la crise politique.

Il y a un vrai problème de répartition des richesses qui se traduit par un déséquilibre social et géographique. Le fossé qui existe entre la capitale et le reste du pays est énorme. Les inégalités sont aussi liées aux investissements étrangers qui se concentrent à 70 % sur Kiev et ses alentours. Les prix de l'immobilier dans la capitale sont incroyables. Avec le salaire moyen, qui est de 400 euros, comment réunir 150 000 dollars (120 000 euros) pour se payer un studio en banlieue, sans compter les intérêts bancaires de 15 % ?

J'ai mis mes économies à la banque, mais j'ai réparti les risques en achetant de l'or et des monnaies étrangères. J'envisageais d'investir sur les marchés, mais certainement pas dans la situation financière actuelle. Si seulement les dirigeants mettaient un terme à leurs querelles politiciennes et réfléchissaient intelligemment à faire du business plutôt qu'à servir leurs ambitions, l'Ukraine aurait un brillant avenir. Quand on aura trouvé davantage d'investisseurs étrangers, on pourra ouvrir le marché à tous et en finir avec cet accès discriminant aux richesses."

"Ma ville vit essentiellement de la sidérurgie et c'est ici qu'on ressent le plus sérieusement les effets de la crise"

Pavel Tytyuk est étudiant. Il a 21 ans et vient de Kryvoy Rig, une petite ville du sud-est de l'Ukraine.

Ma ville vit essentiellement de la sidérurgie et c'est ici qu'on ressent le plus sérieusement les effets de la crise internationale. Actuellement, environ 30 % des gens n'ont plus de travail et se retrouvent sans ressources. Moi, tout ce que j'ai est dans ma poche...

Je n'achèterai jamais quoi que ce soit à crédit. Mes parents ne l'ont jamais fait. Je trouve ça stupide de dépenser de l'argent qu'on n'a pas. Si j'avais beaucoup de sous je ne les mettrais pas à la banque. Ça pourrait disparaître en un rien de temps. J'investirais plutôt dans des projets Internet."

"Certains font même des réserves de nourriture pour l'hiver"

Nic Turchak, 25 ans, est entrepreneur à Kiev dans le secteur du Web 2.0. Il collabore par ailleurs à HomeMoney.com.ua, un site qui aide les particuliers à mieux gérer leurs dépenses.

On a noté une forte augmentation de la fréquentation de notre site depuis le début de la crise. Ces temps-ci, tout le monde s'inquiète pour ses finances. Beaucoup doivent recalculer leurs budgets. Le plus gros problème, c'est l'inflation. On la ressent tous les jours un peu plus. Certains font même des réserves de nourriture pour l'hiver.

Je ne fais pas confiance aux banques et cette crise me conforte dans cette idée. J'achète des parkings dans les quartiers très peuplés de Kiev. Ça, c'est un investissement intelligent."