Le voilier de l'ONG néerlandaise Women on Waves permet aux femmes d'avorter au large pour contourner les lois anti-IVG. A son arrivée à Valence, en Espagne, il est tombé sur un comité d'accueil particulièrement agressif.

"Aurora" était attendue en fin d'après-midi. Vers 17h30, le voilier de Women on Waves est bien entré dans le port de Valence. Mais l'ONG néerlandaise, qui navigue depuis des années pour proposer aux femmes des avortements sur sa "clinique flottante", a eu droit à un comité d'accueil du genre turbulent. Une centaine de militants anti-avortement de l'association Provida auraient scandé des "Fascistes!" et autres "Assassins!", tandis qu'un petit bateau à moteur tentait d'empêcher le navire d'accoster. Sur le quai également : des activistes pro-avortement, mais aussi un cordon de police pour séparer les deux groupes, et une flopée de journalistes.

Cette arrivée houleuse a fait les titres de la presse espagnole du week-end. Pendant ce temps, le voilier embarquait des femmes au-delà des eaux territoriales de l'Espagne pour y pratiquer des avortements dans le cadre de la loi néerlandaise. En Espagne, l'IVG est dépénalisée, mais seulement en cas de viol, de malformation du fœtus ou de "danger pour la santé physique ou psychique de la mère". "Aurora" devait définitivement larguer les amarres hier. Pour quelle destination ? Rebecca Gomperts, la fondatrice de l'ONG, ne sait pas encore... Women on Waves a déjà vogué au large de l'Irlande, de la Pologne, du Portugal et de l'Équateur.

 

L'arrivée du bateau dans le port de Valence :

Posté sur YouTube le 18 octobre par feraleyes13.

"Personnellement, je suis en désaccord avec l'action de Women on Waves"

Javier Mesa Reig est photographe et commente l'actualité de Valence sur son blog.

Sur le port, plusieurs groupes de personnes attendaient l'arrivée du bateau. D'un côté, les anti-avortements, sur le quai, sur les balcons. De l'autre, les pro-avortements, avec notamment Pilar Bardem, la mère de l'acteur Javier Bardem. Il devait y avoir environ 150 personnes de chaque bord. Il y a eu un peu de tension entre les deux groupes, avec des slogans, des applaudissements, quelques cris. Mais ça en est resté là, et les journaux ont un peu exagéré. Les journalistes étaient en effet très nombreux ce jour-là, et l'événement a été très médiatisé en Espagne.

En fait, le sujet de l'avortement ne fait pas souvent de remous en Espagne. La dernière fois qu'il y a vraiment eu débat, ça a été en 1985, au moment de l'adoption de la loi de dépénalisation. Disons qu'en gros, il y a d'une part les gens de gauche, qui sont plutôt en faveur de l'avortement, et d'autre part les conservateurs, qui sont contre. Le maire de Valence, qui est membre du Parti populaire, s'est d'ailleurs prononcé contre l'arrivée de Women on Waves.

Personnellement, je suis en désaccord avec l'action de Women on Waves. Je la trouve un peu trop radicale. C'est pour cela que j'ai titré mon post "Valence dit 'oui à la vie' face au bateau pro-avortement". Je ne pense pas que l'avortement soit synonyme de libération de la femme. D'ailleurs, l'organisation Women on Waves n'a pas obtenu les résultats qu'elle espérait à Valence."

"Celles qui ont choisi de venir avec nous sont très courageuses"

Rebecca Gomperts est médecin. Elle a fondé Women on Waves en 1999.

Nous ne nous attendions pas à ce que notre arrivée soit aussi mouvementée. Mais finalement, il n'y avait qu'une centaine de personnes qui manifestaient contre nous, alors qu'ils étaient 500 à nous soutenir. Quant au petit bateau qui a essayé de nous empêcher d'accoster, nous n'avons pas bien compris de qui il s'agissait. Nous avons cru qu'ils avaient reçu des instructions des autorités du port. Il semble finalement que ce ne soit pas le cas.

Dès le lendemain, le vendredi 17 octobre, nous avons navigué au-delà de la limite des eaux territoriales espagnoles, à environ 17 miles, avec trois femmes à bord. Ce matin, lundi, nous en avons emmené une seule. Ce n'est pas facile pour elles de faire la démarche de nous accompagner ; tout ce monde, c'est très intimidant. Celles qui ont choisi de venir sont très courageuses.

Notre but, pendant cette campagne, était d'aider les associations de femmes à se faire entendre et à faire des propositions pour changer la loi. Ce que nous voulons pour l'Espagne, c'est que l'avortement soit gratuit, que les femmes n'aient plus besoin de l'approbation d'un médecin, et surtout, qu'elles cessent d'être criminalisées pour leur choix."