France

Vidéo de violences policières en banlieue parisienne

Une vidéo montrant des brutalités commises par la police lors d'une intervention aux Bosquets, une cité de banlieue parisienne, a été publiée par le site d'information Rue89.

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Lire aussi le point de vue d'un policier sur cette "bavure"

Une vidéo montrant des brutalités commises par la police lors d'une intervention aux Bosquets, une cité de banlieue parisienne, a été publiée par le site d'information Rue89.

Posté par rue89. Violences policières autour de la 42e seconde.

Cette vidéo a été tournée le mardi 14 octobre dans la soirée par un habitant de l'immeuble, Ladj Ly, qui se trouve être également membre du collectif de vidéastes "kourtrajmé" (le même collectif qui avait réalisé le très polémique clip du groupe Justice, qui met en scène des jeunes de banlieue). Les forces de l'ordre interviennent rue Picasso, en plein cœur de la cité des Bosquets, à Montfermeil, pour interpeller Abdoulaye Fofana, 20 ans, soupçonné d'avoir participé, quelques heures plus tôt, au caillassage d'une voiture de police.

Sur ces images, on voit les policiers porter plusieurs coups au jeune homme. Selon Rue89, ce dernier avait été encore davantage tabassé avant qu'il n'apparaisse dans le hall de l'immeuble (Le récit complet de l'interpellation). Le procureur de la République de Bobigny a annoncé, dimanche, que le parquet avait saisi l'inspection générale des services (IGS) sur cette affaire.

Nous avons demandé à un spécialiste des politiques de la ville, qui travaille notamment aux Bosquets, de commenter cet incident.

ACTUALISATION (22.10.08 / 8h52 heure de Paris) : Un gardien de la paix et un sous-brigadier ont été interpellés mardi par l'IGS pour "violences illégitimes". Ces deux agents du commissariat de Gagny seraient les deux policiers casqués que l'on voit frapper le jeune homme à coups de crosse de flash ball et de matraque (tonfa).

La cité des Bosquets en images

Photos postées sur Flickr par Nicolas, étudiant en Master de génie urbain. Son commentaire pour Les Observateurs de France 24.

Si l'état des Bosquets et de la Forestière est désastreux, c'est parce que ce ne sont pas des HLM, mais des copropriétés privées. Elles sont endettées et donc ne peuvent pas payer les réparations.

C'est une spirale de dégradation. Je m'explique. Les promoteurs n'ont pas réussi a vendre tous les appartements, ce qui fait que les charges n'ont pas pu être divisées par le nombre initialement prévu d'habitants. Donc chaque habitant a eu des charges plus élevées, vu qu'ils sont moins nombreux à les payer... Au fur et à mesure, la population a également changé : les riches (souvent blancs) sont partis et une population d'immigrés, moins riches, dont la France avait besoin, est venue s'installer. Les gens étant moins riches, se sont mis à ne plus payer les charges,parce qu'elles étaient trop élevées pour eux. La copropriéte s'est donc endettée. Elle n'a plus eu d'argent pour payer lorsqu'un graffiti apparaissait sur un mur, ou lorsqu'un appartement brûlait. Ça fait 20 ans que ça dure, et ça donne le résultat qu'on a aujourd'hui.

 

 

 

 

 

 

 

"Vous n'avez pas idée des conditions de vie des habitants"

Michel Desdouets, 65 ans, est consultant en politique de la ville. Il travaille notamment pour l'agglomération de Montfermeil.

Je connais la rue Picasso, dans la cité des Bosquets, où s'est déroulée l'intervention policière. J'y vais parfois dans le cadre de mon travail. Il n'y a rien d'étonnant à ce que les policiers viennent à plusieurs. Ca n'est pas un coin où ils pourraient intervenir à deux... Ceci dit, il faut que les interventions soient proportionnées à la menace. Or ici, il s'agirait juste d'un pavé lancé sur une voiture de police ; il n'y a pas de menace terroriste qui mette en danger la population. A ce rythme là, on va bientôt envoyer les chars pour déloger un délinquant !

Cette cité n'est pas un espace de non droit, mais c'est bien sûr un endroit violent. Violent avant tout pour ceux qui y habitent. Vous n'avez pas idée des conditions de vie des habitants de Bosquets. Savez-vous quel est le principal problème sanitaire dans ce quartier ? Les rats. Il y en a partout. Et puis c'est une zone complètement enclavée. Pour aller à Paris, il faut prendre le RER, or le plus proche est à 10 km. N'oublions pas que la banlieue, à l'origine, c'est une zone "à un lieu du ban", c'est-à-dire de la magistrature. Donc une zone à la fois exclue, loin du centre, mais censée contrôlée par le pouvoir.

Il y a des programmes de réhabilitation en cours dans cette zone. Au bout de la rue Picasso, on construit des logements sociaux. Mais ces programmes prennent du temps. Et en attendant, les jeunes sont sans espoir. C'est une génération qui n'a aucun modèle de réussite, car le père n'a pas mieux réussi que le grand-père et eux-mêmes ne progressent pas.

Je ferais deux critiques aux médias quand il s'agit de parler de la banlieue. Primo, ils ne s'y intéressent que lorsque ça explose. Ils viennent au zoo, comme l'a fait Luc Besson pour son film [quelques jours avant l'incident filmé sur la vidéo, Luc Besson avait dû renoncer à tourner un film dans cette cité, après l'incendie de plusieurs de ses voitures de tournage ]. Secundo, ils ne parlent que des jeunes, alors qu'il y a d'autres tranches d'âge qui vivent dans ces quartiers. Comment vivent les parents, ou les grands-parents ? Il faudrait aussi s'intéresser à ces gens-là."