ISLANDE

Islande, une île qui coule

La crise financière touche presque tous les pays, mais pas de la même façon. L’Islande, qui se vantait d’avoir créé l’un des systèmes bancaires les plus internationalisés et les plus attractifs de la planète, est aujourd’hui au bord de la banqueroute.

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"Couronne ou Euro?". Photo postée sur Flickr par "Catenius".

La crise financière touche presque tous les pays, mais pas de la même façon. L’Islande, qui se vantait d’avoir créé l’un des systèmes bancaires les plus internationalisés et les plus attractifs de la planète, est aujourd’hui au bord de la banqueroute.

La couronne islandaise a perdu la moitié de sa valeur en octobre, et elle a dû être retirée des échanges internationaux. Le gouvernement a déjà nationalisé les principales banques du pays, au bord de la faillite, mais il se retrouve aujourd’hui avec des réserves en devises étrangères équivalentes à seulement neuf mois d’importation. Les prix grimpent (14 % en septembre), les banques commencent à licencier massivement, mais les Islandais tentent de garder leur calme.

"Les Islandais sont passés d'une nation qui prenait l'avion pour aller faire du shopping à Minneapolis (…) à une nation qui demande l'aide financière des autres pays"

Julien Oberlé est un Français expatrié à Reykjavík. Il est chef de projet pour une société informatique.

La vie au quotidien reste la même. Mais les Islandais vont sûrement renoncer au train de vie qu'ils avaient durant ces années fastueuses. Les médias annoncent déjà la réduction du nombre de voitures sur la route. Les supermarchés font la promotion de produits islandais qui avaient été délaissés, comme le "slátur" [boudin à base de foie]. Les bars et restaurants sont moins remplis. Le stade de foot n'était pas plein hier durant le match de qualification pour la Coupe du monde Islande-Macédoine, alors que les billets étaient bradés.

Du jour au lendemain, les Islandais sont passés d'une nation qui prenait l'avion pour aller faire du shopping à Minneapolis, Londres ou Copenhague à une nation qui demande l'aide financière des autres pays [l'Islande attend un prêt de la Russie]. Pour le moment, on peut s'attendre à ce que notre future monnaie ressemble à ça:

 

 

"Sur une population de 320 000 personnes, les répercussions sont énormes"

Kitty est anglaise. Elle vit et travaille comme productrice depuis deux ans à Reykjavik. Elle tient ce blog.

Nous vivons sur une île et notre agriculture est peu développée. Nous importons donc énormément et les prix sont en train d'exploser. La dégringolade de la couronne danoise a provoqué des licenciements massifs : 500 pour une seule banque. Sur une population de 320 000 personnes, les répercussions sont énormes. Personne ne sait ce qui va se passer le lendemain et quand tout cela va se calmer.

Je remercie ma bonne étoile de travailler dans une entreprise islandaise dont la plupart des revenus sont en dollars et en euros. Nous sommes un peu mieux lotis que les autres. Et puis comme beaucoup d'étrangers ici, je touche de l'argent dans d'autres monnaies. Ce que je reçois chaque mois du Royaume-Uni équivalait il y a deux ans à la moitié de mon loyer, aujourd'hui cette somme le paie largement.

Enfin, j'ai la chance de n'avoir ni hypothèque, ni bouches à nourrir. Ce qui n'est pas le cas de tout le monde. La crise a surtout mis les petites entreprises dans une situation très difficile. Il faut que les Islandais achètent dans des petits magasins locaux, à ceux qui ont travaillé durs pour rester indépendants et qui sont au bord de la banqueroute.

C'est dur aussi pour les Islandais qui ont emprunté de l'argent à l'étranger, ou pour ceux qui continuent de rembourser une dette dans leur pays d'origine. L'un de mes amis doit par exemple rembourser un prêt pour une maison à l'étranger : sa dette a triplé depuis le début de l'année. Enfin, on n'a plus le droit de transférer de l'argent à l'étranger, on ne peut donc plus payer nos factures.

Mais je trouve que les Islandais s'en sortent pourtant plutôt bien. Les gens ici sont chaleureux, comparé à Londres d'où je viens. Ça aide énormément en ces temps de crise. Les gens se soutiennent, partagent, plutôt que de s'affronter".

"Un bureau a même été ouvert pour que les gens appellent en cas de troubles psychologiques"

Reykjavik Harbor est une blogueuse américaine habitant en Islande depuis trois ans.

Il y a en ce moment une campagne de publicité pour expliquer aux gens que les meilleures choses de la vie n'ont pas de prix. Comme passer du temps avec sa famille, voir danser ses enfants, ce genre de choses un peu cliché. Un bureau a même été ouvert pour que les gens appellent en cas de troubles psychologiques, s'ils ont du mal à s'endormir, etc...

Les gens que je connais ne sont pas en train de faire d'énormes provisions ou de cacher leur cash sous le matelas. La plupart sont en mode "on attend de voir". Bien sûr, tout le monde connaît l'histoire de ce type imprudent qui a emprunté en monnaie étrangère pour acheter les actions d'une banque qui a fait faillite, et qui a ensuite perdu son travail parce qu'il travaillait dans cette même banque. Ou de cet autre qui avait mis les économies d'une vie dans une seule banque et qui s'est retrouvé sans le sou. On a aussi entendu que le taux de suicide sur le week-end dernier avait été énorme. On s'en est sorti par le passé sans l'aide des économistes, mais il est peut être temps d'être plus vigilant."