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La crise financière, ça vous fait peur ?

"Savez-vous à quel point vous êtes fauchés aujourd'hui ?". Graffe sur un distributeur de billet à San Francisco. Posté sur Flickr par Nous avons demandé à nos Observateurs, de Cotonou à Melbourne, s’ils se sentaient concernés par la crise financière qui affole les Bourses de la planète. Vous aussi, envoyez-nous votre commentaire.

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"Savez-vous à quel point vous êtes fauchés aujourd'hui ?".Graffe sur un distributeur de billet à San Francisco. Posté sur Flickr par Quandaries

Nous avons demandé à nos Observateurs, de Cotonou à Melbourne, s'ils se sentaient concernés par la crise financière qui affole les Bourses de la planète.

Racontez-nous comment cette crise est perçue dans votre pays

A LIRE AUSSI : "La crise racontée par les Islandais", dont l'Etat est au bord de la banqueroute. 

"Ce n'est pas notre crise !"

Bertrand Kpogo, 31 ans, est administrateur informatique à Cotonou au Bénin.

A l'occasion de la dernière assemblée générale de l'ONU, le président du Bénin, Yayi Boni, a fait savoir au président Bush qu'il ne trouvait pas normal de débloquer autant de milliards pour cette crise. Beaucoup de Béninois pensent que cet argent pourrait nous aider à sortir de la crise alimentaire.

Car la crise financière, ce n'est pas notre crise ! La crise des subprimes non plus n'était pas de notre monde. Nous, nous sortons tout juste de la crise alimentaire, elle a été très dure et elle est encore dans tous les esprits. Nous n'avons pas ici, en Afrique de l'Ouest, la culture de la Bourse. Peu de Béninois ou de Togolais achètent des actions ou effectuent des transactions financières, ce qui explique que si les Bourses se sont affolées au Ghana, par exemple, où il y a beaucoup d'expatriés étrangers, ou à Abidjian, ça n'a pas été le cas à Cotonou. Nous n'avons pas non plus noté d'augmentation des prix ces derniers temps.

En Afrique, nous sommes davantage sensibles aux crises pétrolières, parce que nous importons beaucoup et que lorsque le prix du baril augmente, les secteurs qui importent sont paralysés."

"Nous ne sommes pas autorisés à entrer dans ces négociations"

Daudi Were habite à Nairobi au Kenya. Il dirige une petite entreprise qui aide les ONG kényanes et est-africaines à s'implanter.

On commence vraiment à être tendus. Bien que la crise ne nous ait pas encore affecté, nous savons que les prochains mois vont être très difficiles. Les banquiers sont plus réticents quand il s'agit de prêter de l'argent. C'était déjà tellement difficile d'obtenir un prêt au Kenya en temps de prospérité ! Les gens vont commencer à se mettre en colère s'ils se rendent compte que ça les affecte directement.

Quoi qu'il arrive, cette crise souligne le besoin d'une coopération mondiale. En tant qu'Africains, on a l'impression que les décisions prises nous affecteront directement, et pourtant il n'y a rien que l'on puisse faire. Nous ne sommes pas autorisés à entrer dans ces négociations. On n'a donc pas beaucoup de d'espoir."

"Les clients n'achètent plus les produits chers"

Awab Alvi est dentiste à son compte à Karachi au Pakistan.

La crise économique a sans aucun doute eu un effet sur mon affaire. Je l'ai remarqué et je me suis serré la ceinture en conséquence. On voit que les clients n'achètent plus les produits chers, alors que c'est ce qui fait toute la différence dans les bénéfices. Ceux qui se faisaient blanchir les dents considèrent maintenant que ce n'est plus nécessaire. De la même manière, il y a de moins en moins de personnes qui portent des bagues. Dans mon secteur, les choses vont très vite s'empirer."

"Les gens auront toujours dix dollars à dépenser pour une gaufre"

Marc est commerçant à Melbourne en Australie. Il tient le "Waffle On", un magasin de gaufres et de sandwichs.

Mon affaire n'est pas (encore) affectée par la crise. La Bourse a été touchée, mais l'Australie a une telle relation avec la Chine que tant que les Chinois consomment, nous sommes protégés.

Les grands restaurants sont sûrement les premiers touchés, mais les gens auront toujours dix dollars [dix dollars australiens = 5 €] à dépenser pour une gaufre. C'est un petit extra qui ne casse pas le porte monnaie ! Ce qui se passe aux Etats-Unis m'amuse : c'est la plus grande économie libérale au monde, mais ce qui se passe en ce moment prouve que l'intervention de l'Etat est parfois bien utile...

En 1986, j'étais aux Etats-Unis, à Dallas, et le restaurant français dans lequel je travaillais avait dû mettre la clé sous la porte. J'ai donc une pensée toute particulière pour les personnes qui peuvent être dans cette situation en ce moment."

"Les gens se ruent pour acheter des dollars"

Cristina Civale est écrivain et journaliste à Buenos Aires en Argentine.

La crise financière fait la une de tous les journaux du pays. Même le journal "Critica de la Argentina" [Journal argentin connu pour ses critiques acerbes de la gestion économique du pays] aujourd'hui [mardi] a titré "Lundi noir". Le gouvernement, un peu en retard, commence à réfléchir et à prendre des mesures. Ils sont en train d'évaluer une éventuelle ‘dollarisation' de tous les dépôts bancaires.

Au quotidien, les gens s'inquiètent de la valeur du peso argentin. C'est assez incroyable, ils se ruent pour acheter des dollars pour protéger leurs économies.

Pour le reste, nos problèmes économiques sont tellement profonds que la crise est permanente ici. Un peu plus ou un peu moins, qu'est ce que ça peut nous faire ?

On souffre déjà d'une inflation déraisonnée et d'une dévaluation de nos salaires. L'Argentine a toujours eu un modèle économique en crise, on l'a déjà vécu et on le vit tous les jours.

Les gens s'inquiètent aussi, malgré tout, de la façon dont cette crise là va frapper notre pays. Comme on n'a pas de réponse, on reprend nos réflexes du passé : on retire l'argent des banques, on achète du dollar et on continue à travailler en attendant que ça s'améliore."

"J’ai confiance en l’économie indonésienne"

J’ai entendu parler de la crise par les médias il y a 2 jours . La semaine dernière, la Bourse de Djakarta était fermée en raison des célébrations de la fin du Ramadan. Donc, cette crise est plus "récente" ici en quelques sortes. Bien sûr, c’est un peu angoissant, surtout parce que j’ai une famille. Et parce que mon mari et moi avons fait un emprunt à la banque pour notre maison. Mais j’ai confiance en l’économie indonésienne. Notre Président affirme que nous ne revivrons pas le cauchemar de la crise financière asiatique de 98 et la plupart des gens pensent que c’est vrai."