BÉLARUS

Des élections truquées, mais avec des cookies et du champagne gratuit

La dernière grande dictature d'Europe, le Bélarus, avait promis à l'Union européenne d'organiser des élections libres. A la vue des résultats, et des vidéos du scrutin postées par les observateurs biélorusses, le doute est permis...

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Affiche dénonçant le musèlement de l'opposition au Bélarus. Postée sur Flickr par Kshysieq's

La dernière grande dictature d'Europe, le Bélarus, avait promis à l'Union européenne d'organiser des élections libres. A la vue des résultats, et des vidéos du scrutin postées par les observateurs biélorusses, le doute est permis...

Si elle acceptait d'organiser des élections démocratiques, l'Union européenne avait promis au Bélarus un soutien économique, une levée des restrictions pesant sur les déplacements de ses dirigeants et un assouplissement des sanctions imposées à ce pays. Le Bélarus a bien organisé des élections parlementaires ce dimanche, mais, au vu des résultats du scrutin, il semble que les incitations de l'Union européenne n'ont pas eu l'effet escompté : les 110 sièges à pourvoir sont une fois encore allés au parti du président Alexander Lukashenko, au pouvoir depuis 1994 et considéré comme le "dernier dictateur d'Europe" par les Etats-Unis.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), qui avait envoyé des observateurs sur place, a qualifié le scrutin de "non démocratique" et condamné le régime bélarusse pour son manque de transparence. Nos Observateurs confirment l'opacité complète du scrutin, mais aussi qu'on pouvait y boire de la vodka gratuitement.

"Il vend de belles pommes, mais avec des vers"

Ales a filmé ces images le jour de l'élection. Les manifestants scandent "Longue vie au Bélarus" et "Boycottons le dictateur" sur la place d'Octobre à Minsk. Voir aussi son billet de lundi ici.

 

Ales Bondar travaille pour Nasha Niva Online, une des rares sources d'informations indépendantes du Bélarus.

Il y a eu beaucoup de discussions à l'approche du scrutin et moins d'arrestations et de fouilles. En apparence, c'était donc différent. Mais au final, la situation est exactement la même qu'avant.

Le gouvernement voudrait s'offrir le soutien occidental pour pas cher. Il vend de belles pommes, mais avec des vers. Les deux côtés, l'occident et notre gouvernement, ont réalisé qu'aucun d'entre eux n'allait obtenir ce qu'il voulait rapidement. Alors chacun fait un petit pas et attend la réaction de l'autre. Cela dit, on voit d'un bon œil ces négociations, car il n'y a plus autant de répression qu'avant.

Pour être honnête, les manifestations [voir la vidéo] n'étaient pas si énormes que ça. Je pense que les gens sont frustrés et ne se font plus d'illusion sur le système. Une grande partie des Biélorusses ne se rend même pas aux urnes. Je pense que la participation a dû être très faible, bien plus que ce que le gouvernement a pu dire."

"J’ai vu des certaines personnes quitter le bureau de vote complètement saouls"

Musique dans un bureau de vote à Gomel, dans le sud-est du pays

Des gâteaux "maison" et des boissons vendus pas cher dans un autre bureau de vote de Gomel.

Jakub Gornicki est un journaliste polonais. Il s'est rendu au Bélarus pour couvrir les élections et a tourné ces images pour son blog.

Ces fêtes sont une tradition soviétique. Il y a des ballons, des bannières "Bienvenue à l'élection", de la nourriture bon marché, du champagne et de la vodka. Les membres du comité électoral local font des gâteaux et s'habillent pour l'occasion. J'ai vu des gens quitter le bureau de vote après quelques heures complètement saouls. Pour moi, c'était très particulier. En Pologne, on rentre, on met une croix à côté du nom du candidat et on repart.

Tout le monde a été très gentil, c'est étrange. Même si les agents des bureaux de vote palissaient en voyant arriver des observateurs étrangers dans l'isoloir, ils ont tous été très aimables cette année. On s'attendait à entendre qu'un journaliste ou un observateur avait été arrêté. Mais rien. La pire chose qui me soit arrivée, c'est que certains refusent de répondre à mes questions.

Pour ces élections, il n'y avait ni candidat, ni campagne, ni débat. Ces fêtes sont une combine pour que tout ait l'air de bien se passer. Mais comme on dit ici : 'On ne voit pas la merde, mais on la sent'."

Des observateurs empêchés d'observer

Postée par "Vladimir", le 29 septembre 2008.

"Vladimir" affirme que la personne que l'on voit s'énerver sur ce film est un observateur qui est empêché de s'approcher de la zone de dépouillement. Il explique avoir pu filmer ces images parce qu'il travaillait comme traducteur pour une ambassade.