CHINE

Maman n'est pas mariée ? Pas d'école pour toi

"Je suis une enfant d'ici. J'ai aussi le droit à l'éducation obligatoire" La petite Xiao a été conçue hors mariage. Parce qu'elle est considérée illégitime par l'Etat, sa mère doit payer 900 euros pour l'inscrire à l'école. Impossible pour cette femme au chômage, qui fait campagne sur le Net contre cette injustice. Lire la suite...

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La petite Xiao a été conçue hors mariage. Parce qu'elle est considérée illégitime par l'Etat, sa mère doit payer 900 euros pour l'inscrire à l'école. Impossible pour cette femme au chômage, qui fait campagne sur le Net contre cette injustice.

En Chine, les parents d'enfants conçus hors mariage doivent payer une amende pour que leur progéniture soit considérée comme "légitime". Impossible d'obtenir une place à l'école si l'on ne s'est pas acquitté du "hukou", un permis délivré par le planning familial local et qui coûte 9 000 RMB (900 euros).

La mère de Xiao Qing est au chômage. Abandonnée par le père, elle n'a pas les moyens de s'acquitter du "hukou". Depuis des mois, elle faisait le siège des autorités locales pour que sa fille puisse être inscrite à l'école, mais sa requête restait sans réponse. Elle a donc décidé de placer Xiao devant une école primaire de sa ville avec une pancarte : "Je suis une enfant d'ici. J'ai aussi le droit à l'éducation obligatoire." Un journaliste local, So Han Tao, s'est ému du sort de cette femme, mais son journal a refusé l'article dans lequel il racontait son histoire. Il a alors décidé de le publier sur son blog, accompagné de photos. Face au succès remporté par son billet sur Internet, les autorités locales ont finalement décidé de lui délivrer le fameux "hukou". Mais l'école primaire refuse toujours de laisser Xiao s'assoir sur ses bancs.

Les photos publiées par le blogueur et journaliste Han Tao. Elles avaient été refusées par son journal.

"Je n’ai jamais acheté de vêtements à ma fille, même pas une chaussette"

La mère de Xiao Qing. Elle est actuellement au chômage.

Les autorités locales ont donné l'autorisation à ma fille d'aller à l'école grâce à l'intervention de Han Tao et à sa campagne. Mais lorsque nous nous sommes rendus à l'école avec notre permis, ils nous ont dit qu'il n'y avait plus de place.

Je n'ai pas de travail pour l'instant et je vis seule. Aucun de mes amis ne peut m'aider et ma famille, qui vit dans le Jiangxi (sud-ouest de Shangaï), ne me soutient pas. Je vais au marché et je ramasse les légumes jetés par les gens. On vit avec 10 à 20 RMB (1 à 2 euros) par semaine. Je n'ai jamais acheté de vêtements à ma fille, même pas une chaussette. Tout ce qu'elle a sur le dos, on me l'a donné.

Avant, je tenais une petite boutique. En économisant et en empruntant à ma famille, j'avais même réussi à acheter une petite maison. Mais, un jour, j'ai été tabassée et violée par plusieurs hommes dans mon magasin. Ils m'ont tellement frappé que j'en ai presque perdu l'usage d'une main. Après, j'avais trop peur de rester dans ma boutique et je suis parti. Je ne peux plus rembourser mon emprunt pour la maison, ni payer le "hukou".

En Chine, à cause de la politique de l'enfant unique, il faut vraiment attendre de trouver un homme bien avant de songer à faire un bébé. J'ai attendu jusqu'à 34 ans, mais je n'ai pas fait mon enfant avec un homme bien. Je ne l'ai plus vu depuis sept ans, je ne sais pas où il est et je m'en fiche.

Il y a six ans, j'ai reçu un courrier qui m'annonçait que je devais payer 50 000 RMB (5 000 euros) parce que j'avais eu un enfant hors mariage. Je n'aurais jamais pu payer, alors je me suis enfuie vers le village de mes parents."