CHINE

Scandale du lait contaminé, les internautes mènent l’enquête

Les suspects arrêtés par la police. Photo postée sur le site La blogosphère chinoise s'affole autour du scandale du lait contaminé qui a déjà causé la mort de trois enfants et provoqué l'hospitalisation de plus de 6 000 autres. Les internautes s'interrogent sur la responsabilité des autorités locales et mettent en doute la thèse officielle qui fait porter le chapeau aux seuls fermiers fournisseurs des grandes entreprises laitières.

Publicité

La blogosphère chinoise s'affole autour du scandale du lait contaminé qui a déjà causé la mort de trois enfants et provoqué l'hospitalisation de plus de 6 000 autres. Les internautes s'interrogent sur la responsabilité des autorités locales et mettent en doute la thèse officielle qui fait porter le chapeau aux seuls fermiers fournisseurs des grandes entreprises laitières.

Selon l'enquête lancée par les autorités chinoises la semaine dernière, 22 entreprises ont commercialisé un lait infantile en poudre auquel aurait été ajouté un produit chimique toxique, la mélamine, afin d'augmenter sa teneur en protéines.

Le blog Zonaeuropa rapporte que la police du Hebei, région où le scandale a éclaté, a arrêté deux fermiers suspectés d'avoir fourni du lait frelaté aux entreprises laitières.

Les fermiers arrêtés par la police. Photo postée sur le site China.com

L'intérieur de la ferme des suspects. Photo postée sur le site China.com.

Les netizens chinois ont ensuite retrouvé sur le site officiel de l'inspection qualité chinois un message posté par un pédiatre urologue qui faisait le lien, dès le 31 juillet, entre le lait infantile et une maladie de rein dont était victime l'un de ses patients. Le médecin s'était alors simplement vu répondre "Contactez le département de la santé".

Le message d'alerte posté le 31 juillet par un pédiatre urologue sur ce blog.

Les internautes s'interrogent par ailleurs sur la réaction tardive des autorités pour demander le rappel des produits dangereux - cette décision n'est intervenue que le 12 septembre. Ils commentent notamment une déclaration d'officiels néo-zélandais - l'une des entreprises chinoises incriminée est en partie détenue par un groupe néo-zélandais - qui affirment que les autorités chinoises étaient au courant du problème depuis des semaines, mais qu'elles n'ont réagi qu'à la suite de leur intervention.

Un autre blogueur, cité par Global Voices, s'indigne d'une censure dont il dit avoir été victime. William long affirme qu'il lui a été demandé d'effacer un billet dans lequel il abordait cette affaire et en particulier la responsabilité de Sanlu, la première entreprise touchée par le scandale. Le blog China Smack aborde également le rôle de la censure d'Internet dans cette crise. Il publie notamment une lettre, prétendument envoyée par Teller, l'entreprise qui gère les relations presse de Sanlu, dans laquelle il est conseillé à la société laitière de payer le principal moteur de recherche chinois, Baidu, pour qu'il supprime les pages Web faisant référence à ce scandale. Teller affirme que ce document est un faux, et Baidu déclare n'avoir jamais passé d'accord de ce type avec Sanlu. Mais dénégations n'empêchent pas la rumeur d'enfler sur le Web chinois.

Un internaute chinois résume l’affaire par ce photomontage

La présidente de Sanlu : "Je suis innocente, j'ai acheté le lait à des fermiers."

 

 

 

Le fermier : "C'est pas moi, c'est la vache."

 

 

 

La vache : "C'est pas de ma faute, j'ai juste mangé de l'herbe."

 

 

 

L'herbe : "C'est pas moi, c'est ma mère."

 

 

 

La police locale explique en conférence de presse : "Nous avons identifié le criminel, c'est la mère de l'herbe."

 

 

 

Les bébés : "Qui est la mère de l'herbe ?"

"L'un des moyens les plus efficaces (...) est de contrôler la comptabilité des entreprises"

Jean-Loup Allain est le secrétaire général du syndicat français des aliments de l'enfance.

Tout d'abord, je voudrais préciser qu'aucun lait chinois n'entre dans la fabrication de produits français destinés aux enfants.

Ce scandale montre que la Chine n'a pas assez développé ses systèmes de contrôle qualité. On s'en est déjà rendu compte avec d'autres produits (des lampes, etc.).

En droit européen, l'entreprise qui commercialise un aliment pour enfants est responsable de la qualité de ses produits. Elle peut se retourner ensuite contre ses fournisseurs, mais c'est elle qui est en première ligne juridiquement.

De toute façon, ce scénario chinois est impossible en France tant les contrôles sont importants. Il n'existe qu'un nombre limité de fournisseurs agréés "enfance". Ces derniers sont audités et doivent respecter un cahier des charges pour obtenir ce label. L'un des moyens les plus efficaces utilisé pour repérer les fraudes - je ne sais pas si les Chinois y ont recours - est de contrôler la comptabilité des entreprises pour repérer l'achat de substances qui n'ont rien à faire dans des aliments pour bébé."